‹ Du traitement moral de la folieChapitre 20 sur 80 · SALPÉTRIÈRE. GEORGET · texte numérisé non relu

SALPÉTRIÈRE. GEORGET

Il y a pour l’accomplissement de ce projet de grandes difficultés; car les aliénés restent pour la plupart inaccessibles aux moyens que l’on emploie, ordinairement, pour les distraire. Partout où ils vont, ou plutôt partout où on les fait aller, ils emportent avec eux leurs idées prédominantes, et le silence que l’on garde envers eux, sur ces idées, ou l’opposition trop faible qu’on dirige contre elles , est souvent pris par les aliénés, pour une espèce de consentement tacite, qui les fortifie dans leurs convictions délirantes.

Le point de départ de Georget, est le même que celui de tous les anatomo-pathologistes, c’est la maladie de l’organe de la pensée. Mais cette maladie est-elle réelle ? J’ai démontré qu’elle n’est rien moins que prouvée. Est-elle nécessaire? Elle n’est pas même nécessaire dans le cas où l’on admettrait que la pensée soit un phénomène cérébral. Combien de pensées diverses, les unes grandes, belles, sublimes; les autres, triviales, bizarres, ridicules, se présentent à l’esprit de l’homme, sans que nous puissions les expliquer par un changement organique survenu dans le cerveau! Si pour les pensées folles que l’on a souvent tant de peine à ne pas confondre avec les pensées raisonnables, il faut une altération du cerveau , il en faudra, au même titre,

SALPÉTHIÈBE. SI. FALHET.

pour chaque phénomène psychique, intellectuel ou moraj. Il en faudra pour les rêves, qui sont la fojie des gens endormis, comme la manie et la monomanie sont la folie des gens éveillés.

Se passe-t-il dans chacun de ces cas, quelque phénomène organique? cela est possible; cependant j’ignore s’il en est ainsi , et je ne pense pas que personne ait, là-dessus, plus de certitude que je n’en ai. Mais que cette présomption devienne la règle de la conduite à tenir dans le traitement des aliénés, c’est là une faute grave et dont l’expérience démontre toute l’étendue. Elle s’oppose au traitement des passions par les passions, à l’emploi des diversions intellectuelles et morales énergiques qui, dans bien des cas, peuvent seules vaincre l’obstination des aliénés, et les forcer à repousser eux-mêmes les erreurs qui obscurcissent leur raison.

§ VI. Les découvertes annoncées ■par M. Falret , sur la cause prochaine de la folie, auraient pour résultat , si elles étaient faites , de rendre presque inutile toute espèçe de traitement moral.

En assurant que le cerveau des aliénés doit être toujours malade, Georget avançait un fait qu’il avouait pourtant ne pouvoir pas démon-

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