‹ Du traitement moral de la folieChapitre 25 sur 80 · M. EOVILLE. LE TRAITEMENT MORAL CONVIENT · texte numérisé non relu

M. EOVILLE. LE TRAITEMENT MORAL CONVIENT

blent l’imagination des aliénés, c’est une sorte d’encouragement donné à ces malades pour en parler toujours, et c’est en même temps une fatigue excessivement pénible et souvent dangereuse pour le médecin. J’ai adopté, sur ce point, un précepte diamétralement opposé à celui de M. Foville, et je le fais suivre à mes malades , aussi exactement que je le puis. Moins un monomaniaque a l’occasion de parler des idées qui le préoccupent, et mieux il vaut; le médecin lui rendrait donc un très mauvais service en l’écoutant. Chaque fois qu’on le peut, il faut imposer silence au malade, sur le sujet de son délire, et l’occuper d’autre chose, à moins toutefois qu’on n’ait résolu de lutter contre lui et de le vaincre , ce qui doit se faire promptement et brusquement.

Etre juste avec les aliénés, chercher à leur inspirer de la confiance, ne pas les plaisanter sur les idées fausses qui les tourmentent, tout cela peut être bon, dans certaines circonstances, mais non dans toutes. Si, pour détourner l’attention d’un monomaniaque en proie à des idées qui le préoccupent sans cesse, les moyens de douceur et de patience sont inutiles , faudra-t-il continuer de les employer, plutôt que de recourir à l’ironie, et même aux injustices et aux querelles? Que m’importe donc qu’un aliéné m’aime

ou me déteste, qu’il me désire ou me craigne, qu’il me croie son ami ou son persécuteur, pourvu que je rompe la chaîne de ses idées vicieuses , que je lui inspire des passions capables de le distraire de ses passions. Mon but n’est pas de le guérir par un moyen déterminé, mais par tous les moyens possibles; et si, pour l’émouvoir, il me faut paraître dur et même injuste envers lui, pourquoi reculerais-je devant l’emploi d’un semblable moyen? Craindrai -je de lui faire éprouver de la douleur? singulière pitié! Liez donc les bras du chirurgien prêt à entreprendre une opération indispensable pour sauver la vie de son malade, car cette opération ne se fera pas sans douleur. Un homme a la pierre; gorgez-le d’eau de guimauve, entourez-le de cataplasmes, au lieu de lui enlever, par une opération douloureuse , la cause de tous ses maux. Les consolations à certains monomaniaques, c’est de l’eau de guimauve , et des cataplasmes aux calculeux.

Pour qui sait combien certains aliénés souffrent de leur délire, la crainte devrait être , non pas de leur donner une douleur nouvelle, mais de n’en pouvoir trouver une capable de les distraire de celle qu’ils éprouvent. J’ai connu, d y a peu d’années, un savant distingué et de mœurs pures, qui se croyait accusé d’avoir

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