‹ Du traitement moral de la folieChapitre 26 sur 80 · M. FOVILLE. TRAITEMENT MORAL, ETC · texte numérisé non relu

M. FOVILLE. TRAITEMENT MORAL, ETC

corrompu ses propres enfans; je le vois encore, sombre, fuyant toute société, le teint hâve, le corps maigre comme un squelette, laissant de temps à autre, échapper de sa poitrine, un profond soupir; ne voulant accepter, pour nourriture, que du pain et de l’eau, jusqu’à ce qu’il se fût justifié, et restant sourd à toute consolation, à toute prière. Insensible à ce qui se passait autour de lui , il se consumait dans l’affreuse pensée du crime que, dans son délire, chacun lui reprochait. Si, par des sarcasmes ou une amère raillerie , j’avais pu l’enlever à ses préoccupations; si, par une injustice, j’avais excité sa colère ou sa haine, dès ce moment il eût été à moi; j’aurais jeté dans son esprit, des pensées nouvelles , douloureuses sans doute, mais moins douloureuses que les siennes, et qui, en se multipliant chaque jour, eussent étouffé ses pensées délirantes. Je ne l’ai pas fait, je ne l’ai pas même entrepris ; j’en gémis maintenant, car le malade est mort dans sa douleur.

Le conseil que donne M. Foville de chercher à faire oublier aux aliénés, leurs idées dominantes, en arrêtant leur esprit sur un objet déterminé, est donc borné à l’emploi des distractions et des douces émotions; mais, d’après M. Foville luimême, ces moyens réussissent seulement lorsque les malades , déjà moins égarés , sentent le

SALPÉTRI RE. M. PARISET.

besoin de s’occuper, pour faire diversion à leur délire.» On verra plus tard combien le traitement que je propose est différent du sien.

§ IX. Les bases du traitement des aliènes sont, diaprés M.Pariset, la justice, la bonté et la recomposition du cerveau ,

M. Pariset ayant eu l’occasion de s’expliquer devant l’Académie royale de médecine, sur le traitement des aliénés, s’exprimait ainsi, dans un rapport signé de lui et de M. Esquirol (i). « A défaut d’une doctrine proprement dite , il est, dans le traitement des aliénés, deux choses que l’on ne doit jamais perdre de vue , je veux dire un précepte et une maxime. Le précepte est de favoriser le renouvellement de l’organisation, en tenant ouverts tous les pores excrétionnels, et en portant dans 1 économie, des matériaux appropriés de composition; précepte dont les développemens seraient immenses et feraient trop voir dans quel dénûment se trouve, à cet égard, la médecine des hôpitaux. La maxime est de vous faire, sur vos malades, la seule autorité qui soit digne d’eux et de vous, la seule à laquelle ils se livrent d’eux-mêmes, parce que cet abandon de leur être est le fruit de leur confiance et du

(0 Bulletin de f Académie royale de médecine, Paris, i83q tom, iv, pag. 79. 1 1 V3

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respect que vous leur inspirez. Mais cette autorité, mais cette confiance et ce respect, vous ne l’obtiendrez que par la justice et la bonté : la justice, dont le sentiment ne meurt jamais dans le cœurdes aliénés, et sur laquelle ils jugent vos moindres actions, avec une finesse et une sûreté merveilleuse ; la bonté qui n’est encore que la justice, et qui doit respirer dans tout ce que vous faites, dans tout ce que vous dites, dans les traits même de votre physionomie , et jusque dans vos rudesses, dans vos sévérités; de telle sorte que, quels que soient vos rapports avec eux, les aliénés ne sentent, ne voient jamais que le tendre intérêt que vous prenez à leur situation.»

Je ne comprends ni la nécessité, ni le mode d’accomplissement du précepte donné par M. Pariset, et j’ai plus d’une objection à présenter sur sa maxime. A quoi l’ouverture de tous les pores excrétionnels, pourrait-elle servir au renouvellement de l’organisation? Les organes malades sont-ils donc susceptibles de se décomposer, de passer par les émonctoires, et de faire place à des organes nouveaux, dont les élémens seraient fournis par àes matériaux appropriés de composition? Si c’est là, comme je le crois, la pensée deM. Pariset, je comprends qu’il accuse la médecine des hôpitaux, d’être dans un grand dénûment, à cet égard;

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