DU CERVEAU
vice versa. A la tristesse peut succéder la gaîté, etc.» Ainsi, d’après Broussais, un aliéné est-il triste? irritation. Est-il gai? irritation. Loquace? irritation. Taciturne? irritation. Les changëmens du Protée ne sont rien en comparaison de l’irritation de Broussais: malgré' ses transformations, le Protée, être matériel, reste matériel, tandis que l’irritation, phénomène physiologique, devient amour, haine, fureur; il passé dans le monde des idées, et disparaît avec elles, sans laisser au cerveau aucune trace de son existence! En fait de raisonnemens singuliers , sur la causé de l’aliénation mentale, les matérialistes ne le cèdent en rien aux spiritualistes.
§ XII. M. Guislain recommande de laisser reposer le cerveau des aliénés } sans faire d exception pour les monomaniaques .
Un auteur belge, M. Guislain (i), praticien distingué, partage la manière de voir, généralement adoptée parmi nos compatriotes , sur la nature et le traitement de la folie. « Aux yeux de tout le monde, dit M. Guislain, les argumentations, les preuves logiques, paraissent des moyens d’autant plus sûrs, que l’aliéné paraît doué d’intelli- (*)
(*) Traité sur les phrènopathies ou doctrine nouvelle des maladies mentales ; Bruxelles, i833. in-8, pag. 373.
M. GUISLAl» VEUT Qu’OJN LAISSE REPOSER
gence et d’un reste de raisonnement. Le repos de l’organe malade avant tout : dans les affections pulmonaires, n’évite-t-on pas toute question superflue , pour prévenir les efforts de la respiration et l’irritation des poumons? N’est-il donc pas prouvé qu’il faut de même , dans les maladies mentales, éviter tout travail intellectuel? Vous aurez beau démontrer aux aliénés que leurs conceptions sont erronées; les uns, absorbés dans leurs révélations, ne prêteront pas attention à vos paroles; les autres, plus irritables, vous en voudront, croyant que vous vous opposez à leurs desseins, et tous souffriront de la contention à laquelle vous les soumettez. D’ailleurs, ajoute M. Guislain (i), ne cherchons pas nos preuves dans les maladies. Prenons l’état physiologique; voyons l’homme dominé par quelque passion, quelle force la raison exerce-telle sur lui? Calmerons-nous son moral, irrité, par le raisonnement? La volonté a-t-elle un empire réel sur les sentimens? »
Distinguons d’abord, ainsi que je ne cesse de le répéter, les cas de délire, qui s’accompagnent de symptômes physiques, des cas où il n’existe que des symptômes psychiques, et gardons-nous d’appliquer le même traitement dans l’un et dans
(i) Op. cit. pag. 376,