LE CERVEAU DES ALIÉNÉS
l’autre cas. S’il existe des symptômes physiques, n’excitons pas le cerveau ; si nous avons à faire à un paralytique ou à un maniaque, prenons de leur cerveau un soin tout particulier, les excitations morales pourraient leur être nuisibles et meme funestes. Mais aux monomaniaques, dont le cerveau ne nous présente aucune altération, que ferons-nous? Les laisserons-nous dans le repos? Leur intelligence s’y perdra.
Tel aliéné, dites-vous, absorbé dans ses révélations, ne prêtera aucune attention à vos paroles? N’avez-vous donc que des paroles à lui dire? Est-ce là le seul moyen de tirer un aliéné du monde chimérique , pour le rappeler au monde réel? La source de toutes ses idées estelle tarie? et, à défaut d’idées, n’avez-vous pas les sensations?
Tel autre , plus irritable, vous en voudra, croyant que vous vous opposez à ses desseins ? Eh bien ! qu’il vous en veuille ! Est-ce donc pour votre satisfaction personnelle que vous soignez des aliénés? est-ce pour être toujours accueilli par un sourire de reconnaissance ou d’amitié? Alors laissez là la médecine mentale, car vous y trouverez de continuels mécomptes. Mais si vous n’envisagez que le but à atteindre, la guérison du malade , excitez sa colère , si sa colère peut faire diversion à son délire; donnez-lui, s’il le faut,
M. GUISLALN VEUT QU’ûH LAISSE KEEOSEK
des sujets réels de se plaindre de quelqu’un, et même de vous; car une passion bien sentie, et bien motivée, est souvent le meilleur auxiliaire que vous puissiez appeler à votre aide.
Vous dites qu’il faut éviter tout travail intellectuel aux aliénés, et, pour prouver que le raisonnement n’agit pas sur eux, vous demandez quelle force la raison peut avoir sur un homme passionné. La raison a de la force sur les passions ; si ce n’est pas de suite, c’est avec de la patience et du temps. Et si la raison ne peut rien, qui vous empêche d’avoir recours à quelque stratagème propre à appeler et à fixer l’attention de votre malade, sur quelque chose de réel. Pour suivre votre comparaison, prenez un homme en proie à une douleur profonde, causée par la perte d’un ami; l’abandonnerez-vous à lui-même? laisserezvous reposer son cerveau , préoccupé de la perte qu’il a faite ? isolerez-vous cet infortuné, pour que rien ne puisse l’arracher à son chagrin? Non; vous ferez tous vos efforts pour le consoler, le distraire, pour appeler son attention sur d’autres sujets. Et si la faim le presse, s’il a besoin de son travail pour gagner de quoi se nourrir, si on lui intente un procès dont la défense exige tous ses instans, vous verrez sa douleur diminuer, au fur et à mesure que son attention sera plus fortement et plus long-temps