‹ Du traitement moral de la folieChapitre 36 sur 80 · UU »I. JIORISON. TRAITEMENT PHYSIQUE · texte numérisé non relu

UU »I. JIORISON. TRAITEMENT PHYSIQUE

« Prescription : Camphre , 5 grains; jusquiame, idem ; trois pilules semblables chaque jour.

i'r février. Les mêmes hallucinations et les mêmes violences continuent. »

Là se termine cette observation de M. Morison( i ) ; elle est donnée, comme on le voit, avec une crudité thérapeutique remarquable. Le malade qui en fait le sujet croit voir des esprits; pour l’empécher d’en voir , on lui donne des pilules de jalap et de calomel; des bains, de la jusquiame et de l’opium. Il croit être Dieu; on supprime les bains et les pilules. Il devient dangereux; on l’enferme et on lui met des ventouses scarifiées. Il casse les fenêtres; on lui donne un scrupule d’ipécacuanha. Le même état persiste; on administre le camphre et la jusquiame. Rien, dans ce traitement, n’indique l’influence des idées de la philosophie abstraite condamnée par M. Cameil, c’est le traitement purement physique tel que je l’ai vu souvent administrer, dans les grands hospices d’aliénés, et même dans certains établissemens formés sur une petite échelle, mais dirigés par des médecins qui savent en quoi consiste la lésion cérébrale productrice de la folie, et qui poursuivent cette lésion, par des remèdes appropriés.

(l) Op. cit. p. 69.

M. MOBISON. TRAITEMENT PHYSIQUE. 1^)5

Je pourrais citer plusieurs médecins anglais, italiens ou américains, qui traitent leurs malades à la manière de M. Morison , manière qui diffère peu de celle qui est usitée en France ; je crois inutile de le faire, parce que ce ne sont pas les hommes que je combats, mais leurs doctrines, et qu’il me suffit de mont rer à quel genre de pratique, arrivent ceux qui connaissent la nature de l’altération du cerveau, de laquelle émanent les symptômes du délire.

Les objections que j’ai opposées aux auteurs dont la thérapeutique repose sur la prétendue connaissance d’une altération qui serait la cause immédiate de la folie, ont-elles pour but et auront-elles pour résultat, de placer les dérangemens de la raison en dehors de toute influence matérielle? Ici s’élève une question qui est du ressort de la philosophie et de la morale', plus encore que de la médecine, celle du spiritualisme; elle peut se formuler ainsi: La folie est-elle une maladie de l’âme, ou une maladie du corps? La plupart des médecins dont j’ai parlé jusqu’ici , ceux qui croient pouvoir expliquer les dérangemens de la raison par une maladie du cerveau, n’ont pas eu besoin de traiter cette question , car, dans leur hypothèse, il était même inutile de la soulever. Mais cette hypothèse n’ayant aucun fondement réel, et la cause

OPINION

immédiate de la folie n’étant pas encore dévoilée, il convient d’examiner l’hypothèse contraire qui a trouvé, en Allemagne, plus d’un chaud partisan.

§ XIV. Quelques spiritualistes allemands , regardent la folie comme une maladie de l'âme , et la traitent par les châtimens y d' autres placent son siège dans le cerveau et la traitent surtout par des moyens physiques.

« La folie est, pour M. Heinroth (i) la perte delà liberté morale ; elle ne dépend jamais d’une cause physique , elle n’est pas une maladie du corps, mais une maladie de l’esprit, un péché. Elle n’est pas, et elle ne peut pas être héréditaire, parce que le moi pensant, l’âme, n’est pas héré^ ditaire. Ce qu’il y a de transmissible par voie de génération, ce sont le tempérament et la constitution, contre lesquels celui qui a des parens aliénés, doit réagir, pour ne pas devenir fou. L’homme qui a , pendant toute sa vie , devant les yeux et dans son cœur, l’image de Dieu, n’a pas à craindre de jamais perdre la raison. Il est

{ s ) y. la traduction allemande des œuvres de M. Esquirol, par M. Hille, de Dresde, avec des notes de M. Heinroth, Leips. 1837. Y. aussi du même auteur : De v oluniatc medici, mcdicarnento insuniœ , hypothesis Lip. 1818.

DE QUELQUES SPIRITUALISTES ALLEMANDS. \l\ 7

clair comme la lumière du jour, que les tourmens des malheureux désignés sous le nom d’ensorcelés et de possédés , sont la conséquence de l’exaltation de leurs remords de conscience. L’homme n’a pas seulement reçu la raison en partageai a, de plus, une certaine puissance morale qui ne peut être vaincue par aucune puissance physique, et qui ne succombe jamais que sous le poids de ses propres fautes. »

Ce passage tiré de M. Heinroth , contient autant d’erreurs que de phrases. Dire que l’homme ne deviendra jamais aliéné, s’il a toute sa vie, dans son cœur, l’image de Dieu, c’est méconnaître les innombrables cas de folies engendrées par la vie ascétique et par la superstition ; imputer les tour* mens des ensorcelés et des possédés du démon , aux remords de leur conscience, c’est calomnier des malheureux qui n’ont souvent d’autres torts que d’exagérer leurs fautes, ou même de s’en attribuer qu’ils n’ont jamais commises; avancer que l’homme a une puissance morale qui ne peut être vaincue par aucune puissance physique, c’est ignorer l’influence qu’exercent, sur la production de la folie , les blessures à la tête , l’ingestion de certaines substances vénéneuses , l’inflammation des méninges, etc., etc. Se refuser à admettre que la folie soit transmissible, par voie de génération, c’est se refuser à l’é-

OPINION

vidence , et nier ce que l’on voit tous les jours.

Vous accusez le tempérament, la constitution d’être transmissibles? Soit, mais tous les tempéramens , toutes les constitutions se rencontrent dans une maison d’aliénés. La folie n’est pas héréditaire, parce que l’âme n’est pas héréditaire ! Belle raison ! que savez-vous sur l’âme et qn’avez-vous besoin de faire intervenir ici , les croyances religieuses? Observez la nature, méditez sur les faits qu’elle vous présente , et vous repousserez ces doctrines, au lieu de les soutenir par des argumens dont la fausseté saute à tous les yeux.

Bêveries analogues, et de plus, phrases complètement vides de sens, chez un autre professeur allemand, M. Eschenmayer (t). « Toutes les lésions de l’âme, dit ce professeur, viennent de ce que les facultés inférieures entrent dans le domaine des facultés supérieures , et s’approprient la personnalité. La loi de la raison reste toujours pure et intègre et ne peut jamais être lésée dans sa nature intime, par les agens extérieurs; mais il arrive que les facultés secondaires se révoltent contre elle et tombent ensuite dans l’anarchie : c’est ce qui a lieu dans l’aliénation mentale. »

Les auteurs qui ont localisé la folie ont ordi-

(i)V. Elèmens de psychiatrie thèorèliquc. ctprnliquc. ( Jahr bûcher fiir Anlropololoyie. Lips. i85o.)

de quelques spiritualistes allemands. 149

nairement le mérite de se faire comprendre; tandis que ceux qui l’ont spiritualisée , sont souvent inintelligibles, (i)

D’autres auteurs allemands, ne voulant pas que l’esprit pût jamais être malade, ni dans ses facultés supérieures , ni dans ses facultés inférieures, ont regardé l’instrument de l’intelligence, le cerveau , comme l’unique cause de la folie (2).

(1) Tous les spiritualistes, même parmi les Allemands, n’ont pas l’obscurité de M. Eschenmayer, il en est qui ont émis sur le traitement de la folie , des opinions très fondées. Y. à ce sujet, Yagnitz, Rhapsodies sur V application du traitement psychique de la manie , Halle , i8o3 ; Holmann, Diss. centuria observationum de animi affeclibus et alienationibus per impetum in animum sensusque direction, curatis, Bonn. 1828 , etc., etc.

(2) M.Pitschaft ( Pensées détachées suri’ aliénation mentale , sur la théosophie et sur l’esprit purement chrétien, dans V art de guérir, Mém. inséré dans les Ann. anirop. , Leips. i83o) dit que la cause la plus immédiate des dérangemens de l'âme, est toute corporelle, et il apporte quelques exemples en faveur de cette assertion. M. Amelung a publié (dans le même recueil , même année) des faits tendant à prouver que « les causes matérielles des dérangemens de l’àme, consistent dans un excès d’activité des vaisseaux sanguins du cerveau, et il rapporte l’histoire de quatre aliénés qui ont succombé, et dont il a ouvert le corps. De ces quatre individus, l’un était atteint de paralysie générale , le second était épileptique et paralytique, le troisième était apoplectique , et le quatrième idiot; et comme tous quatre avaient le cœur hypertrophié, M. Amelung en conclut que la folie résulte d’une maladie du système sanguin! M. Nasse admet également que la folie est toujours dépendante d’une maladie du cerveau, tantôt idiopathique, tantôt symptomatique. Cet auteur n’aurait-il donc jamaia rencontré d’aliénés qui, après avoir joui d’une bonne

OPINION

Ainsi Hartmann dit : « La nature des maladies psychiques, dans le sens rigoureux du mot, consiste dans la faiblesse ou la perturbation de l’intelligence, dans les déterminations erronées et les actions déraisonnables. Mais la liberté de l’esprit, pour employer, suivant l’ordre normal, chacune de ses facultés, est enchaînée par l’action maladive des organes qui concourent au travail de la pensée. Il résulte de là que la raison de tous les phépomènes qui indiquent l’altération de l’esprit, n’est pas dans le sujet intelligent, mais dans l’action anormale de l’organe de l’intelligence, c’est-à-dire du cerveau. »

La distinction de Hartmann est subtile, elle place la folie dans le cerveau et livre , par conséquent, l’aliéné au médecin, tandis que M. Heinroth et M. Eschenmayer le soumettent au joug du moraliste; mais ne peut-on pas faire à M. Hartmann une sérieuse objection ? Si les phénomènes qui indiquent le dérangement de l’esprit sont dus à l’action anormale de l’organe de 1 intelligence , à quoi faudra-t-il attribuer les passions, par exemple, qui souvent sont poussées jusqu’au délire, sans rien perdre de leur caractère? Une

santé physique pendant long-temps , ont succombé sans qu’on ait pu découvrir aucune altération dans leur cerveau? Les laits de ce genre sont tellement nombreux, que pour en voir, il n’est pas même nécessaire d’en chercher.

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