‹ Du traitement moral de la folieChapitre 42 sur 80 · ÉCOLE POUR LES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

ÉCOLE POUR LES ALIÉNÉS

senti à apprendre l’écriture et l’orthographe.

J’ai commencé, pour l’un et pour l’autre, par leur faire copier ce que je voulais leur faire lire, ils l’ont copié; ce que l’on a écrit, il n’en coûte pas beaucoup de le lire; ils l’ont lu, non sans quelque hésitation, de la part de l’halluciné surtout. Ce qu’on peut lire, on peut l’apprendre par cœur; ils l’apprennent.

Quand on se trouve en présence de beaucoup de monde, il en coûte de paraître très engourdi, très maussade; on ne peut pas , non plus, quand on a dans la bouche des paroles spirituelles, ironiques, passionnées, conserver toujours le ton languissant d’une complainte; on s’anime donc, on s’identifie avec son rôle, et l’on finit par avoir soi-même de l’esprit, de l’ironie, de la passion. Le temps consacré à l’étude , celui pendant lequel on récite ce que l’on a appris, est enlevé à la maladie. On contracte, peu-à-peu, l’habitude de se délivrer des préoccupations maladives auxquelles on est en proie, et ces préoccupations, si le médecin est assez longtemps maître de son malade, finissent par se dissiper. On verra, dans le chapitre suivant, des cas de guérison , dans lesquels l’exercice de la mémoire a contribué puissamment au retour de la raison, ce qui du reste avait déjà été signalé par les anciens auteurs, et notamment parCelse. Nos

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deux lecteurs commencent à éprouver l’heureux effet du travail auquel ils se livrent : celui qui parlait bas s’habitue à élever la voix et à prendre quelques bonnes intonations; l’autre, l’halluciné, met à ce qu’il dit le ton qui convient, et j’espère que bientôt il fera de nouveaux progrès.

Nous avons déjà répété quelques pièces; celle des Plaideurs, celle de Bruéis et Palaprat, etc.; j’ai soin de choisir les pièces et les acteurs; les pièces gaies sont celles que je préfère. Je ne veux rien de dramatique, et j’ai soin de repousser tout ce qui prêterait à faire quelques allusions inconvenantes. Quant aux acteurs, je ne prends pas ceux qui peuvent le mieux réciter leur rôle, mais ceux auxquels le rôle doit être le plus utile; ainsi les apathiques et les lypémaniaques sont ceux que je m’efforce le plus de mettre en avant, car mon but est, on le comprend bien sans qu’il soit besoin de le dire, non pas de faire jouer la comédie, mais de guérir mes malades.

J’ai voulu aussi essayer de la musique et du chant. Il est peu de médecins d’aliénés qui n’aient eu recours à ces moyens de distraction, soit parmi les anciens , soit parmi les modernes. Les tentatives qui ont été faites, dans ce genre, m’ont paru néanmoins trop incomplètes , pour résoudre la question de l’efficacité qu’elles peuvent avoir dans le traitement de la folie, et j’a-

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dresserai à ceux qui ont fait ces tentatives un reproche , celui de les avoir trop promptement abandonnées.

Comme je n’avais à ma disposition, ni chanteur, ni musicien , il m’a fallu en chercher parmi les aliénés. J’avais un malade, ancien ménétrier, dont jusqu’alors je n’avais pu rien tirer. Il se croyait poursuivi par la police, et n’osait ou ne voulait pas bouger. Pour le faire lever, le faire marcher, pour le nourrir, il fallait recourir aux instances et même à la contrainte. Je ne savais plus guère comment m’y prendre, afin d’agir sur lui, quand je songeai au violon. Je conduisis le malade dans la salle de bains, je fis couler la douche devant lui, et je lui présentai, en même temps, unviolon: il devait choisir. J’avais une grande peur qu’il ne choisît la douche. Il hésita quelque temps, mais enfinlesouvenir de sa profession l’emporta ; il prit le violon et joua un air, celui qu’il voulut; la Marseillaise. 11 fallait vite obtenir quelque chose de plus. Je le conduisis à l’école, quelques malades s’y trouvaient que j’engageai à chanter, mon ménétrier les accompagna. Ce n’est pas ici le lieu de raconter l’histoire de cet homme; j’en parlerai plus loin, avec tous les détails nécessaires ; j’ajouterai seulement, ici, que deux mois environ après avoir repris son instrument, il est sorti guéri, pour continuer l’exercice de sa profession, et que

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pour tout traitement, j’ai exigé qu’il fit de la musique.

Un musicien trouvé, des chanteurs se présentèrent, et, en peu de jours, on fut en état de chanter avec ensemble et harmonie. Maintenant, après nos séances de lecture, on égaie la matinée par quelques chansons, aux choix desquelles j’apporte une assez grande sévérité, et j’ai la satisfaction, en quittant mes malades, de leur laisser quelques idées et quelques sensations douces qui, se multipliant chaque jour, chez ceux qui sont curables, ne peuvent manquer de favoriser leur retour à la raison.

Deux fois par semaine, nos réunions, plus solennelles que celles des autres jours, ont pour but de chanter en musique; si le temps est mauvais, nous restons dans la salle de l’école; s’il fait beau , nous nous rendons dans un grand jardin attenant à l’hospice, et là, tous nos malades rangés avec ordre autour des musiciens et des chanteurs, assistent à une sorte de concert, auquel un certain nombre d’entre eux ne manque jamais de prendre part. Les musiciens sont pris parmi les aveugles de l’hospice; les chanteurs parmi les aliénés.

Cette institution se perfectionnera, je l’espère; plusieurs membres du conseil, parmi lesquels je ne puis m’empêcher de citer avec reconnaissance

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MM. Hervé de Rergorlay et Cochin, en ont suivi et secondé les progrès. M. Wilhem, qui a si heureusement institué des écoles de chant, dans tous les quartiers de Paris , m’a offert le secours de soh expérience, et , témoin de nos premiers essais, il a conçu un projet d’éducation musicale adapté à l’état intellectuel de nos malades, projet que j’espère pouvoir bientôt mettre à exécution.

Toutes les fois que le temps le permet* les malades, qui sont en état de marcher, et qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas travailler, sont réunis dans les cours de l’hospice et exercés à la marche comme les soldats à l’exercice. L’imitation est un lévier si puissant, même sur les hommes les plus paresseux et les plus obstinés, que j’en ai vu plusieurs, parmi ces derniers, qui, se refusant d’abord à tbut, ont cependant consenti à marcher. C.’est ün comme nceriient d’action méthodique, régulière, raisonnable, et cette action conduit à d’autres.

Un halluciné, que dans sa thèse inaugurale, M. Àubanel, ancien élève de Bicêtre, aujourd’hui médecin de l’hospice des aliénés de Marseille, à désigné sous le nom de Rochat , se prétendait incapable de faire un pas, d’aller au réfectoire, de manger aussi vite que les autres; et, si on voulait le contraindre à quelque chose,

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il se laissait tombera terre lourdement, à plat, comme tomberait un linge mouillé. Son inaction, la vie retirée qu’il menait, lui avaient déjà donné une affection scorbutique mal guérie, quoique longuement traitée, et dont je craignais le retour. J’ai entrepris de le faire marcher avec les autres malades ; il a fallu, les trois premiers jours, l’y porter et le soutenir par-dessous les bras. Il s’est lassé de son manège, quand il a vu que je persistais à vouloir qu’il obéît; il a marché comme tout le monde, son appétit est revenu, il mange au réfectoire et chaque jour, il part, dès six heures et demie du matin, pour aller travailler dans les champs.

Un autre malade, qui maintenant est un de mes meilleurs chanteurs , est dans une situation analogue : ce qu’il a fait d’abord , c’est de marcher; maintenant il marche et il chante ; si je parviens à lui faire accepter un grade, à lé mettre dans le cas de commander et qu’il s’en acquitte bien, dès ce moment je regarderai sa guérison comme à-peu-près certaine.

Pour commander les marches et les évolutions, je n’emploie jamais aucun surveillant > mais seulement des malades.Ceux qui, parmi les malades, font preuve de plus d’intelligence et de bonne volonté que les autres, j’en fais des chefs qui sont en outre l’objet de quelques faveurs,

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afin d’appeler l’attention sur eux et d’encourager les malades qui voudraient les imiter. A l’aide de cette organisation quelque peu militaire, la visite des malades, qu’elle se fasse dans les salles ou dans les cours, devient facile, et je puis, chaque jour, donner au moins un eoup-d’œil aux aliénés incurables, réservant la plus grande partie de mon temps, pour les aliénés soumis à un traitement actif. Je m’assure si ces pauvres incurables jouissent d’une bonne santé physique, si on les habille convenablement, s’ils se nourrissent bien , s’ils ont quelque réclamation à faire ; enfin, parmi eux, quand j’en aperçois qui ont quelque retour à la raison, je les étudie et je cherche à seconder les efforts de la nature.

TJn commencement de bibliothèque ayant été mis à la disposition de l’instituteur chargé de l’école , les aliénés instruits peuvent, le soir et dans les momens de repos du travail manuel , s’adonner à la lecture ; mais ce n’est là qu’une distraction sur laquelle je compte peu; je conseille plus volontiers aux aliénés instruits, d’aider le professeur, en donnant eux-mêmes des leçons aux ignorans; de cette façon, le maître et l’élève travaillent, en même temps, à la guérison l’un de l’autre. Jusqu’alors les aliénés se couchaient à la nuit tombante, ce qui chagrinait plusieurs d’entre eux et ce qui nuisait au rétablis-

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sèment d’un grand nombre, car les longues nuits d’hiver pendant lesquelles ils avaient le temps de délirer à leur aise, et de s’occuper de leurs chimères, devenues plus courtes, à cause de la veillée du soir, sont, au moins en plus grande partie, employées au sommeil. Faites en sorte qu’un aliéné soit si bien occupé, qu’il ne puisse pas songer à ce qui fait l’objet de son délire ; que le reste du temps soit donné au sommeil, et la guérison ne se fera pas attendre. Fixer l’attention des aliénés, c’est là un précepte fondamental pour le traitement de ces malades, précepte donné au moins depuis trente ans, par M. Esquirol , mais trop rarement mis en pratique.

Les travaux que l’on peut faire exécuter aux femmes aliénées, sont en général moins propres au rétablissement de leur santé, que ceux auxquels se livrent les hommes. Ce sont pour les femmes, des travaux sédentaires qui , la plupart du temps favorisent, plus qu’ils n’empêchent les préoccupations maladives; aussi malgré le zèle des médecins et des administrateurs, les femmes de la Salpétrière sont-elles sous le rapport du travail, moins bien partagées que les hommes de Bicêtre.

A Charenton on n’a pas encore eu recours au travail, si ce n’est pour les femmes. Les hommes n’ont rien autre chose à faire, que de se promener et de jouer. Quelques-uns mangent à la table du

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directeur, mais ce n’est pas une récompense accordée aux plus sages; c’est un droit appartenant à ceux qui paient une plus forte pension que les autres. Les malades de Charenton, nés , pour la plupart dans les classes aisées de la société , ne voudraient pas , assure-t-on, s’assujettir à un travail régulier, et leurs familles qui les placent à l’hospice, pour qu’on les guérisse et non pour qu’on les emploie à des travaux manuels, ne consentiraient pas à ce que l’on fît, dans cette maison de santé , ce que l’on fait à Bicêtre. Ces objections me paraissent plus spécieuses que réelles. La volonté des aliénés ne doit pas servir de règle au médecin chargé de les guérir ; leurs répugnances méritent qu’on en tienne compte, mais non pas qu’on y cède. Organisez des travaux , préparez des ateliers et avec un peu d’adresse et de persévérance, il ne sera pas difficile d’y envoyer tous ou presque tous les aliénés valides. Quelques légères privations pour ceux qui n’iraient pas, quelques faveurs à ceux qui s’y rendraient exactement, auraient bientôt peuplé vos ateliers.

J’ai été chargé, momentanément, de donner des soins à un hypocondriaque qui avait jusquelà été maître de toutes ses actions et qui, par caprice , avait souvent injurié et battu son domestique : malgré les plus instantes prières, on n’a-

travaux manuels.

vait pu obtenir de lui qu’il fit de l’exercice. Pour qu’il sortît de sa chambre , il fallait le prendre par les épaules et le mettre dehors, mais on n’osait pas se permettre de recommencer chaque jour cette action que, dans toute autre circonstance on qualifieraitdebrutale.Une vexation très légère me réussit mieux que l’emploi de la force. Un domestique prit un fauteuil, vint s’asseoir en face du malade et se mit à le regarder fixement. Le malade, impatienté, lui demanda ce qu’il venait faire là et s’il comptait y rester. » Je resterai ainsi auprès de monsieur, chaque fois qu’il gardera la chambre, répondit le domestique, c’est M. Leuret qui me l’a ordonné. » IS’y pouvant plus tenir, le malade sortit, et regarda la permission de se promener comme une véritable faveur. Une autre fois, se promenant avec moi, il m’accablait d’injures, voulant me dégoûter de lui donner des soins, et pensant que s’il arrivait là, il pourrait rester seul et croupir dans l’indolence. Je ne me fâchai pas, je lui répondis par quelques bonnes paroles , mais, à la promenade suivante, je le fis accompagner par un domestique. Cette compagnie lui fut désagréable et il revint à moi, me priant de lui permettre de me suivre quand j’aurais à sortir : je n’eus pas besoin d’exiger de lui, la promesse d’être poli, la leçon avait été suffisante. Quelques

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moyens de cette nature, employés avec discernement, et autant de fois qu’il en serait besoin , décideraient la plupart des malades au travail, et le bien-être qu’ils trouveraient à s’occuper, ne tarderait pas à les rendre, sur ce point, aussi dociles à Charenton qu’ils le sont à Bicêtre.

Quant à la répugnance des parens, elle cessei’ait bientôt, je n’en doute pas, devant les avantages que leurs malades retireraient d’une vie occupée à des travaux utiles , et cette répugnance dut-elle persister, chez quelques-uns, l’administration n’en devrait pas moins poursuivre son but, assurée qu’elle serait d’accomplir un important devoir.

Mais il est un obstacle insurmontable dans l’état actuel d’organisation des hospices et des grandes maisons d’aliénés, à ce que les mesures que je propose soient suivies de manière à être aussi utiles qu’elles peuvent le devenir. Cet obstacle vient du trop grand nombre de malades réunis dans un même lieu, et confiés à la direction d’un seul médecin. Si la folie est une maladie curable par des remèdes physiques, il est déjà impossible d’appliquer ces remèdes à quelques centaines de malades à-la-fois; l’attention même la plus soutenue, le zèle le plus actif ne peuvent suffire à observer les phases de la maladie , à saisir les indications et à prescrire les

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remèdes convenables. Combien cette tâche ne devient-elle pas encore plus impossible, si les moyens moraux doivent être mis en usage; s’il faut diriger l’intelligence des aliénés et exciter, en eux, des passions capables de faire diversion à leur délire? On s’effraie devant une pareille tâche, et on y renonce avant même de l’avoir entreprise, car il n’est pas de courage d’homme qui ose s’y aventurer. Tenter de le faire, ce serait presque avoir soi-même perdu la raison. Dans un établissement d’aliénés que je pourrais désigner, le nombre des malades est tel que, dans le cours de toute une année, le médecin en chef ne peut donner à chaque malade, que trentesept minutes, et dans un autre, où le nombre des malades est encore plus considérable, déduction faite des jours de repos et des vacances, chaque malade n’a droit, dans un an , qu’à dixhuit minutes du temps du médecin en chef. Il est vrai que dans ces deux établissemens, il y a beaucoup d’incurables; mais parmi ces incurables, n’en est-il pas qui sont devenus tels, seulement parce qu’on ne leur donne aucun soin? C’est ce qu’il est permis à chacun de supposer, et je ne crains pas d’affirmer qu’il en est ainsi. Quand on sentira bien l’importance du traitement moral, on sera frappé, plus qu’on ne peut l’être maintenant, des vices d’un pareil ordre

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de choses et l’on ne pourra que s’empresser d’y remédier.

Passons maintenant aux observations particulières, rapportons des exemples de l’application du traitement moral, chez des aliénés qui ne présentaient aucune altération de la santé physique. Les malades, dont j’ai l’intention de parler, étaient ;

iü Des hallucinés;

i° Des individus déraisonnant par suite d’hallucinations qu’ils avaient éprouvées auparavant ;

3° Des lypémaniaques , avec ou sans hallucinations;

4° De simples particuliers voulant épouser des princesses ;

5° Des civilisateurs du monde ;

6° Des porteurs de titres et de dignités imaginaires.

§ I. Hallucinés.

Les hallucinations sont pour celui qui les éprouve les équivalens des sensations. Quant à leur traitement, il a été jusqu’ici, presque nul.

« Les folies entretenues par des hallucinations, dit M. Esquirol (i), sont très difficiles à guérir. N’étaut qu’un symptôme du délire, pou-

(0 Op. cit. 1. 1, pag. n5.et 201.

TRAITEMENT RES HARLUCfïîATIOÎSiS. 187

vaut convenir à plusieurs maladies de l’entendement, soit aiguës, soit chroniques, elles n’exigent pas un traitement particulier. »

Pendant long-temps , j’ai pensé, avec M. Esquirol, que les hallucinations n’exigent pas un traitement particulier; je ne croyais pas qu’on pût les attaquer, ni par le raisonnement, ni par les passions; et je savais que les remèdes physiques n’ont aucune action sur elles. Toutefois, en réfléchissant que toutes les idées, les sensations, et même les douleurs peuvent disparaître, au moi ns momentanément, par l’effet d’une forte impression morale, j’ai pensé qu’il pourrait en être de même des hallucinations; j’ai donc es* sayé, et le succès a été conforme à mes espérances, ainsi que le prouve l’observation suivante, recueillie et rédigée par MM. Aubanel et Orliac, alors élèves internes du service de Bicêtre , et maintenant docteurs en médecine.

Ire OBSERVATION.

Hérédité et ivrognerie. — Hallucinations de l’ouïe et de la vue; idées érotiques et ambitieuses. — Traitement physique sans action sur le délire. — Traitement moral immédiatement suivi de guérison. — Durée de la maladie : trois mois.

« Le nommé A. âgé de 4 a ans, charpentier, non marié, né à Paris, est entré à Bicêtre le 18 juin

« D’un tempérament nervoso - sanguin , A

faisait un grand usage des boissons alcooliques: son père, dit-il, buvait beaucoup aussi, ce qui occasiona, à plusieurs reprises, un dérangement dans ses facultés intellectuelles. A.... d’un caractère vif, impatient, se mettait facilement en colère. Lorsqu’il travaillait de son état, avec plusieurs camarades, il ne pouvait supporter de ceux-ci les moindres plaisanteries. Cependant il n’avait jamais donné de signes de folie, lorsque (i5 jours avant son admission à Bicêtre) son sommeil commença à être troublé, il n’eut plus de repos.

Alors A éprouva des hallucinations. Use croyait

poursuivi par des mouchards, desvoix qu’il entendait l’appelaient de ce nom. A cette même époque, il se mit dans la tête que son maître de chantier avait résolu de lui acheter une boutique de marchand de vins. C’était celle d’un marchand placé à côté du chantier où il travaillait.

18 juin. « Le jour de son entrée, A n’est

pas très agité. Il raconte que, depuis un mois, il est en butte à bien des tourmens et des persécutions. Trois personnes, surtout, ne cessaient de le poursuivre, le marchand de vin était de ce nombre; il le traitait de mouchard et de voleur. De là une dispute très vive et une demande en réparation d’honneur portés , par le malade, à 5oo francs. — Il parle aussi de son propriétaire

traitement des iiai.mjctnations. 189

qui lui a fait beaucoup de promesses. Celui-ci l’aimait beaucoup et sa femme lui faisait mille

agaceries, à tous les instans de la journée. A

entendait aussi très souvent la voix de ses ennemis qui parlaient de lui; de plus il se figurait qu’il était riche, et que les plus belles choses étaient à son service.

« En racontant ce qui précède, A n’était pas

exalté. Mais il y avait assez de mobilité dans ses paroles qui toutefois roulaient presque exclusivement , sur ce que ses hallucinations lui faisaient éprouver. On remarquait un peu d’étonnement sur sa physionomie, presque pas d’incohérence. 11 avait conscience de la translation qu’il venait de subir, seulement, il soutenait qu’il était venu à Bicêtre, pour se promener et non comme malade. Il paraissait être toujours en proie à ses hallucinations.il entendait en ce moment la voix de ses parens et il était persuadé qu’ils étaient à l’attendre, près de la grille de la division où il se trouvait.

«La circulation est un peu active; le visage rouge et animé naturellement, la teinte rouge de la face est un peu foncée. La langue est chargée et blanchâtre. — Bain avec affusion. — Pediluves. — Limonade. — V crmicelle et bouillon. — Quatre ventouses à la nuque.

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