SUITE DU MAGNÉTISME ANIMAL
de vous parler, ne cessaient de me dire qu’il fallait que je fisse un vœu de pauvreté, de jeune et d’abnégation; j’ai lutté long-temps contre leurs sollicitations, mais je craignais leurs châtimens, qui consistaient à faire dégager autour de moi, des exhalaisons fétides; la sueur de mon corps et de mes pieds prenait une odeur repoussante. Je me suis décidé, à la fin, de faire ce qu’ils me commandaient. Je me suis couvert de haillons, j’ai demandé l’aumône, je me suis soumis docilement à ces humiliations, et j’ai commencé un jeûne qui devait avoir une durée indéterminée. Mais malgré toute mabonne volonté, il m’a été impossible de le prolonger au-delà de treize jours : la privation de la boisson me faisait le plus souffrir. Hier, pour la première fois, je me suis décidé à boire et à manger quelque chose ; vous ne sauriez croire le plaisir que j’ai éprouvé, en avalant les premières gouttes d’eau. Je suis résolu à recommencer un jour mon jeûne et à me soumettre à tous les ordres que je recevrai, car je regarde ces esprits comme des envoyés de Dieu. Voilà à-peu près mon histoire, je ne m’occupais plus que de cela, je travaillais peu, et mon plus grand 1 P^a*sir était de m’abandonner à ces sortes d’idées • mais malheureusement pour moi, je n’étais entouré que de personnes qui n’entendaient rien aux hautes questions de philosophie, c’étaient
HALLUCINATIONS
des gens d’un esprit très rétréci; mon père, d’une intelligence peu cultivée, était le premier à ne me pas comprendre, et à penser que tout ce que je disais était l’effet d’un dérangement de l’esprit : on me prenait pour fou, et ce sont mes parens qui m’ont amené ici, comme si j’étais aliéné. »
Après avoir écouté le récit du malade et avoir provoqué la plupart des détails qui précèdent, je prends un air sévère, et m’adressant aux personnes qui m’accompagnent, je leur dis : «Vous avez entendu, messieurs, les extravagances que cet homme vient de nous raconter ; vous jugez comme moi qu’il a perdu l’usage de la raison, et tout ce qu’il nous a dit nous confirme dans cette pensée ». Alors je disserte, le malade présent, sur les symptômes de sa maladie, puis j’ajoute : « Je vais le conduire au bain, et si le bain ne suffit pas pour le guérir, j’emploierai la douche, moyen douloureux, il est vrai, mais tellement efficace que, dans les cas de ce genre, je n’hésite jamais à y recourir. »
Le malade surpris et offensé de ce que je dis de lui , s’écrie avec force , qu’il n’est pas fou ou que s’il l’est, les magnétiseurs, et M. Oeggerle sont également; que je me trompe gravement en le jugeant comme je fais, et que ses communications avec les êtres spirituels sont une faveur