SUITE 1)U MAGNÉTISME ANIMAL
et non pas une maladie. Conduit au bain, où il reçoit à plusieurs reprises de l’eau froide sur la tète, il fait peu-à-peu et non sans difficulté, toutes les concessions que je lui impose. D abord, il est raisonnable, et s’il ne s’accorde pas avec tout le monde, c’est parce qu’il émet des idées qu’on ne saurait comprendre ; il soutient que l’on peut voir des âmes et d’autres choses invisibles , au
moyen de la vue spirituelle ; puis, que s’il a parlé d’âmes , d’esprit , de magnétisme , de mortifications , c’est parce qu’on l’y a provoqué ; puis , qu’il ne sait pas, si d’en parler comme il l’a fait, c’est de la folie ou de la raison ; enfin , qu’il n’en a pas vu, qu’on n’en peut jamais voir, et que ceux qui en parlent sérieusement sout des fous.
Pendant la soirée, le lendemain et les jours suivans, Antoine continue de paraître raisonnable et je le crois guéri. Cependant il lui reste de la tristesse, il cherche à vivre seul et demande à travailler, mais j’entrevois que c’est pour éviter ma rencontre ou celle des élèves , et non par amour du travail. Après avoir observé le silence sur ses idées folles , il finit par éclater et me déclare qu’il entend toujours ses esprits, qu’il y croit et qu’il est disposé à leur obéir. Depuis lors il lui est arrivé plusieurs fois de vouloir faire pénitence, de refuser toute espèce d’alimens, mais nous l’avons toujours forcé de se nourrir.
HALLUCINATIONS
Je me fais peut-être illusion, mais je crois que j’aurais obtenu un succès durable, si, immédiatement après avoir obtenu d’Antoine la rétractation de toutes ses folies, au lieu de l’avoir occupé à des travaux manuels, je l’avais distrait par quelques exercices de l’intelligence; si son esprit avait été constamment tenu en échec, il ne serait, je crois, pas retombé dans ses hallucinations. Mais à l’époque où Antoine est entré à l’hospice, l’école que le conseil général a instituée dans le service des aliénés n’existait pas encore, et j’avais par conséquent moins de ressources qu’aujourd’hui pour occuper les malades. On verra , dans une des observations qui vont suivre, celle de M. Théodore, combien l’étude et la culture de la mémoire m’ont été utiles, pour réveiller l’attention et la fixer sur des choses raisonnables, et l’on regrettera qu’Antoine n’ait pas été soumis à ce genre de traitement. Je m’efforce maintenant de réparer l’omission que j’ai commise. Mais j’éprouve à le détromper une difficulté d’autant plus grande, que sa croyance aux esprits capables de se loger dans le corps de l’homme, n’est pas exclusive aux aliénés.
Voyons quelle est , dans les cas analogues à ceux que je viens de citer, la pratique généralement suivie. J’ai dit plus haut que M. Esquirol n’admet pas qu’il y ait un traitement particu-