TRAITEMENT PHYSIQUE
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seul jour, une seule nuit, un instant, excepté ceux du sommeil, qui sont rares et fort courts, sans être tourmenté de ces perceptions. Il y croit fermement , bien qu’il soit tenté de regarder les êtres qui le persécutent ainsi, comme d’une nature autre que la sienne, et ayant, entre autres facultés, celle de se transporter, sans être vus, avec la rapidité de l’éclair, d’un lieu, dans un autre. Il croit qu’on peut le délivrer d’un semblable état et m’en fait la demande formelle
« 3r juillet. Depuis plusieurs jours, je n’ai cessé de lui faire entendre que je m’occupe des moyens de le délivrer des importuns qui le tourmentent, et il a en moi la plus grande confiance à cet égard ; aussi ses perceptions de l’ouïe se rapportent-elles à nos conversations sur ce sujet. Ses persécuteurs lui disent, dans le moment même où je lui parle, que j’aurai beau faire, que je ne viendrai pas à bout de mon dessein, qu’il faudra qu’il vienne, avec eux, se ranger à l’obéissance du diable. Quelquefois, cependant, durant nos conversations, les voix ne se font pas entendre à G...; les êtres auxquels ils appartiennent croient dit-il, au Très-Haut, mais ils nient la divinité de Jésus-Christ, et telle paraît être en efiet la croyance de G...
« 2 septembre. A cinq heures du soir, je fais
UES HALLUCINATIONS
dans les deux oreilles de G... des injections avec de l’eau liède simple, en lui disant que c’est dans l’intention de le soulager et de le délivrer de ses persécutions. Pendant et immédiatement après ces injections, il entend ses voix qui lui disent que je le guérirai, et qu’alors elles seront forcées de s’en aller.
<( Le 3. G... a moins dormi que jamais.
« Du 3 au io. Les hallucinations deviennent de plus en plus fortes et l’insomnie plus considérable; les injections ne sont pas continuées.
« Le io. Injection d'extrait de belladone (12 grains dans deux onces d’eau) dans les deux oreilles. Immédiatement après les injections, les fausses perceptions de l’ouïe ont lieu, la nuit se passe presque sans sommeil.
« Le 11. Nouvelle injection d’extrait de belladone. Il n’y a, dans la nuit, qu’une heure d’insomnie. k huit heures du matin, j’interroge le malade, et les fausses perceptions de l’ouïe ont lieu pendant même que je lui parle.
« Le 12. G... étant depuis plusieurs années affecté d’un rhumatisme lombaire, on croit saisir une indication en appliquant 60 sangsues sur les lombes.
« Le i3. Dans la nuit, et ce matin même, les fausses perceptions continuent avec la même force. Une goutte d’huile de croton, dans une cuil-
traitement physique
leree d’eaui àiète délayante. Dans la journée, le malade va huit ou dix fois à la garde- robe.
« De t La nuit a été assez calme, le malade se trouve bien, il semble concevoir beaucoup d’espérance, les fausses perceptions ont néanmoins toujours lieu. Sain tiède.
« Le 1 5 et le 16. Les hallucinations ont lieu avec plus de force que jamais. Les deux nuits dernieres ont été extrêmement mauvaises et àpeu-près, sans sommeil. Sain tiède.
« Le J 7. 3o sangsues à l anus ; boissons délayantes.
« Le 19. Vésicatoire au cou.
« Le 21. L état d hallucination est le même : pilules avec un demi-grain d'extrait aqueux d’opium.
« Le 22. Depuis sept heures du soir jusqu’à onze heures de la nuit d’hier, les hallucinations ont eu une force qu elles n’avaient presque jamais eues. Sommeil de onze heures à trois. Limonade citrique y pilule dun demi-grain d’extrait aqueux d’opium, pour la nuit.
« Le a3. Il n y a eu qu’une heure de sommeil , cette nuit; le reste du temps, le malade a été en proie a ses hallucinations de l’ouïe. TJndemi-gi'ain d’extrait aqueux d’ opium , pour le matin; limonade citrique.
« Le il\. Cette nuit, le malade n’a pas reposé
DES HALLUCIfiATlOWS.
une minute : ■pilule d’un grain d’extrait aqueux d'opium, soir et matin, limonade citrique.
«Le a5. Une heure ou deux de sommeil, seulement; 1 état d’hallucination est le même : Même prescription que la veille.
« Le 26. Cinq heures de sommeil cette nuit. Le reste du temps, le malade a été tourmenté par ses hallucinations : même prescription.
« Du 27 septembre au 2 octobre, on continue le même traitement; les hallucinations diminuent d’intensité.
« Le 3 octobre. Les perceptions de l’ouïe ont, été cette nuit et sont encore ce matin, plus fortes et plus continues que jamais. Le malade n’a pas dormi un seul instant. La face est altérée, découragement : Le vésicatoire de la nuque suppure toujours, un grain d'opium soir et matin , limonade citrique, demi-portion d'alimens, sans vin. Hier , la première pilule d’opium a été prise à six heures du soir, la seconde à minuit : elles n’ont l’une et l’autre produit aucun effet.
« Le 4- Quatre à cinq heures de sommeil cette nuit, moins de découragement : même prescription.
« Le 5. La nuit dernière a été presque sans sommeil : les perceptions de l’ouïe sont plus fortes que jamais. G... s’imagine que cette nuit, les diablotins, ses persécuteurs, l’ont jeté en bas
TRAITEMENT l'HYSIQUE
fie son lit, et, dans le fait, il est tombé dans sa ruelle. Meme prescription.
« Du 6 au 10, pas de changement notable. Le 10 , on cesse V usage de l'opium.
« Les îi , 12 et 1 3. Il est plein de courage et d’espoir. Il dit n’entendre plus rien ou presque plus rien. Limonade citrique.
« Le i/j- Le malade me dit ce matin, d’un air désespéré, que le mieux dont il me parlait ces jours derniers, n’est que mensonge de sa part : que, depuis dix-sept mois, il ne cesse d’étre tourmenté, et me prie en grâce de le débarrasser de ses persécuteurs.
« Le 1 5 et le 1 6 , même état. Pendant la première quinzaine d’octobre, on renonce à tout traitement et on abandonne G.... à un état qui paraît irrémédiable : cet état se continue sans aucun changement pendant les deux derniers mois de 1828 et pendant toute l’année 1829. Dans les premiers jours de janvier i83o,G... est pris d’une pleuro-pneumonie aiguë, à laquelle il succombe le 1 1 de ce mois. Des circonstances indépendantes de ma volonté m’ont empêché, ajoute M. Lélut, de faire l’examen anatomique de son cadavre. »
M. Lélut rapporte encore cinq autres cas de malades atteints d’hallucinations, et qui tous,
des hallucinations.
ont été traités sans succès, par des médications physiques; puis il ajoute :
« Il semblait que l’on pût tenter de combattre une folie aussi bornée, aussi exclusive, par l’emploi des moyens pharmaceutiques : les raisonne mens , les impressions morales devant être et ayant été, en effet, complètement inutiles contre des perceptions plus représentatives que les sensations mêmes les plus réelles et les plus fortes. Si l’on se détermina d’abord à agir sur les enveloppes des sens de l’ouïe, par des injections stupéfiantes, ce n était point dans le but de faire cesser, dans ce sens, un état maladif qui n’y existait pas, mais on cherchait à agir sur le cerveau considéré dans son action sensoriale, par l’intermédiaire même de la surface sensitive à laquelle se rapportaient plus spécialement les fausses perceptions du maniaque. L’emploi de ce moyen ne produisit absolument aucun effet, et dans beaucoup de cas de ce genre, je n’ai jamais vu qu’il en ait été autrement. »
Dans chacune des six observations de folie sensoriale rapportées par M. Lélut, la folie consistait seulement dans des hallucinations, aucun autre symptôme de délire ne les accompagnait; le traitement devait donc être dirigé exclusivement contre elles: or, d’après la maxime posée par M. Esquirol , savoir, que les hallucinations
n’exigent aucun traitement particulier, il est évident que, dans chacun de ces cas, il fallait ou bien abandonner les hallucinés aux seules ressources de la nature, ou bien les traiter par les moyens conseillés dans la folie en général. Les abandonner aux seules ressources de la nature, c’était, selon toute apparence, laisser leurs hallucinations se prolonger indéfiniment; les traiter par les moyens ordinaires, physiques ou moraux, on l’a fait sans aucun résultat. « Le raisonnement et les impressions morales, dit M. Lélut, ont été et devaient être chez G... complètement inutiles ». Le raisonnement est complètement inutile en pareil cas, je l’accorde sans peine: quant aux autres moyens moraux, je l’accorde également, s’il s’agit des moyens moraux ordinairement mis en usage; mais s’il s’agissait de révulsions énergiques, de sensations fortes ou d’impressions soutenues, il en est autrement : l’observation d’A... en est la preuve. Je le répète, contre les hallucinations, les médications pharmaceutiques ou chirurgicales et tous les moyens physiques sont de nul effet; les moyens moraux, au contraire, ceux surtout dont l’action est durable, réveillent l’attention et sont de véritables agens curatifs. Il y a donc un traitement à opposer aux hallucinations, et Ton doit y recourir avec d’autant plus d’empressement , que les hal-
làcinations peuvent disparaître sans trop de difficulté et très vite, quand elles sont attaquées dès les premiers momens de leur apparition.
Après avoir exposé les moyens propres à guérir les individus atteints d’hallucinations, je vais parler du traitement qu’il convient d’appliquer à ceux qui, ayant été hallucinés, délirent en conséquence de ces hallucinations. On comprend que si les hallucinations, convenablement traitées, sont susceptibles de cesser pour ne plus revenir, le souvenir qu’elles ont laissé dans l’esprit doit disparaître encore avec plus de facilité.
§ II. Individus qui déraisonnent en conséquence d’hallucinations anciennes.
Le souvenir laissé par les hallucinations fait délirer, comme les hallucinations elles-mêmes. Quand on a senti, entendu ou vu, on raisonne conformément aux sensations que l’on a éprouvées: quand on a cru sentir, entendre, voir, etc., on raisonne comme si on avait éprouvé de véritables sensations. Ce genre de délire ne saurait être appelé un déraisonnement, car il est logique que l’on croie et que l’on agisse en conséquence de ce que l’on a senti ou cru sentir. Si l’objet des hallucinations répugne trop à la raison, le redressement de l’esprit n’est pas ordinairement