VOULANT ÉPOUSER DES PRINCESSES. 3Q
des conditions très différentes. L’un d’eux, pau- 'ie ien,ier, sous 1 empire , était épris de Marie- Louise; la restauration arrivée, il fut épris de la duchesse d’Angoulême, puis de la duchesse de Berry. Toujours habillé proprement quand il jouissait de sa liberté , il ne sortait guère sans avoir dans sa poche, une déclaration d’amour ou un paquet contenant avec une lettre passionnée ou obscene , quelque cadeau plus qu’inconvenant. Toujours au courant des sorties et du lieu de passage des princesses qu’il aimait , il se tenait autant que possible, dans les groupes de curieux accourus sur leur passage, et ordinairement sans être aperçu, il jetait dans la voiture sa lettre ou son paquet. Arrêté plusieurs ois pour ce fait, et pris en flagrant délit, il protestait de son innocence, criait à l’arbitraire et demandantes juges. On le conduisait dans une ma, son d’aliénés. Ses discours y étaient mesurés, sa conduite sans reproche ; on le laissait sortir « des le jour même, il était aux Tuileries, sous les fenetres ou au passage de la princesse dont il était épris.
Cet amour , tout ridicule et changeant qu’il
! "e ,pré6enteit Pas cependant un caractère ev.de., t de fohe ; mais il n’en était pas de même de ses lettres qui, pour la plupart, étaient d’une obscénité révoltante. J’ai connu cet homme peu-
dant plusieurs années, et il avait reçu une bonne éducation , se présentait bien , était toujours très réservé dans ses propos, et, à part sa correspondance, on ne pouvait lui reprocher aucun acte déraisonnable ou immoral.
Depuis la révolution de juillet , j’ai vu plus de douze individus qui sont allés aux Tuileries pour demander au roi, une de ses filles en mariage. L’un est venu tout exprès de la Normandie où il était garçon boulanger , dans l’intention d’épouser une princesse; il s’est présenté aux Tuileries, il a dit aux domestiques du château quel était l’objet de son voyage : envoyé à la préfecture de police, on l’a conduit à Bicêtre , où il est mort atteint de démence. Un second, exerçant la profession de serrurier , paresseux et buveur , est venu pour le même motif de l’Auvergne à Paris, et après avoir rôdé pendant plusieurs jours autour du château , il a fini par se présenter au factionnaire qui Ta arrêté. Plus heureux que le précédent, après être resté pendant quelque temps encore amoureux de l’une des princesses qu’il avait seulement entrevue, il a guéri et s’en est allé chez ses parens , exercer de nouveau son état de serrurier. L’histoire de tous ces amoureux serait trop longue; j’en rapporterai seulement deux. Les malades qui en font le sujet , corrigés de leurs pré*
VOULANT Él'OUSEK UES PRINCESSES .
tentions, ne sont plus considérés comme aliénés, cependant la bizarrerie native de leur nature, ne permet pas de les placer tout-à-fait ail niveau des personnes raisonnables.
XIIe OBSERVATION.
Vanité et amour. — Demande en mariage d’une princesse : trouble de l’intelligence porté jusqu’à la mauie. — Traitement moral ; guérison. — Durée de la maladie, huit mois au moins.
Félix C. âgé de 37 ans, commis-négociant, fils d’un ancien général de l’empereur, célibataire, après avoir passé plus de quinze années consécutives dans une maison de draperies, et s’y être fait remarquer par son zèle et son activité, devint, il n’a pas voulu dire à quelle occasion, amoureux de l’une des filles du roi. Bientôt il
négligea les devoirs de sa profession , dépensa une grande partie de ses économies, en objets de toilette, et cherchant à se rapprocher autant que possible de son idole, il s’adressa au roi et à la plupart des personnes qu’il croyait puissantes à la cour, pour obtenir un emploi dans l’administration de la liste civile. La famille royale et tous ceux qui en approchaient, devinrent pour lui l’objet d’une sorte de culte, il les poursuivit de ses sollicitations, et ne vit plus rien qui fût au dessus d’une place à la cour. Les fonctions les plus in-
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fîmes dans le château, lui parurent dès-lors infiniment supérieures à quoi que ce fût ; et les mânes de son père, ancien général de l'empereur, devaient s’enorgueillir de lui, s’il était admis dans la domesticité du roi. La princesse qu’il s’était choisie, était de sa part, l’objet de poursuites assidues; il lui adressait lettres sur lettres et courait après sa voiture, partout où il le pouvait. Il lui envoyait même des cadeaux , une boîte de gants, par exemple , et d’autres objets de toilette, qu’on lui rapportait aussitôt, en lui enjoignant de ne plus écrire; mais il ne tenait aucun compte de ces injonctions et il n’en continuait pas moins ses poursuites. C’était de sa part, une véritable obsession , et si la personne qui en était l’objet, connaissait ses démarches, ce devait être pour elle, un horrible supplice.
Pendant l’été de i83q , il suivit la famille royale, jusqu’à la ville d’Eu, et y obtint une audience du général Athalin qui l’engagea à retourner immédiatement à Paris; mais en faisant le trajet, il perdit complètement la raison, soit par l’effet de l’exagération de son amour, soit par suite de l’insolation , comme il l’a prétendu plus tard. Revenu à Paris, et tout-à-fait incapable de reprendre aucune occupation , on le voyait à chaque instant, tomber à genoux et