‹ Du Traitement Thyroïdien et de la Sclérodermie en PlaquesChapitre 5 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique.

La connaissance de la sclérodermie est relativement récente : elle date du milieu du xrx° siècle ; et sa rareté fait de son étude un des problèmes des plus difficiles.

Nous n’avons pas l'intention de refaire ici l’historique complet de la question, et nous renvoyons le lecteur, désireux de se documenter à ce sujet, aux travaux de Gintrac, de Ravel et de Bouttier. Nous esquisserons simplement les différentes étapes de l’histoire de cette affection : à peine entrevue dans l’antiquité, la sclérodermie, bien décrite vers le milieu du xix° siècle, devient l’objet de tentatives d'interprétations vraiment scientifiques à partir de

Période ancienne, — On a voulu voir dans

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quelques pages du Traité des Epidémies d'Hippocrate, la description de la sclérodermie. On a cru également la retrouver dans le Traité de Thérapeutique de Galien et dans les Œuvres de Paul d’Egine, Aribase, Arétius et Avicenne. Mais ce n’est guère qu'au xvrr° siècle que Zacutus Lusicatus rapporte une observation nette de sclérodermie. Il s’agit d’une malade « affectée d’obstruction squirrheuse des viscères, qui fut subitement atteinte d’un endurcissement de la peau, laquelle prit par sa dureté et son épaisseur l'aspect d’un cuir de bœuf ou d’une écorce d'arbre. Cette femme était contrainte de rester au lit, ne pouvant remuer ni pieds, ni mains ».

En 1660; nous devons à Diœmerbach l'observation d'« une femme, pouvant remuer un peu ses membres ; mais sa peau tout entière était tendue comme la peau d’un tambour ; elle était froide et insensible, au point que, piquée ou brülée, cela ne donnait lieu à aucune sensation douloureuse ; mais si l’aiguille pénétrait plus profondément et allait jusqu aux muscles, la douleur se faisait sentir ».

Helvétius, Halbrate rapportent également des descriptions d’indurations partielle ou totale de la peau, que nous pouvons rattacher sans conteste à la sclérodermie.

Le grand recueil du PAilosophical-Transactions en contient deux cas : «le premier, dû à J. Machin, rappelle vaguement l’homme momie de Grasset ; l’autre, de Vater, rappelle la sclérodactylie.

En 1755, Curzio adresse à l’abbé Nollet, de l’Académie royale des Sciences de Paris, une lettre dans

laquelle il raconte l’histoire d’une jeune fille de dix-sept ans, qu'il avait soignée trois ans auparavant pour une induration et un resserrement extrême de toute l'enveloppe cutanée. Cette induration avait frappé aussi la langue et les lèvres.

Lorry (1776), Heuke (1809), Stombio (1817) et Alibert (1817). (Scrofule Momie), publrent des observations plus ou moins exactes.

Il. Période d'observations précises. — C’est la période la plus fertile de l’histoire de la sclérodermie ; elle s'étend de 1845 à 1871 ; la moisson des faits étant particulièrement abondante de 1845 à 1861.

En 1845, Thirial attire le premier l'attention des cliniciens sur un cas de sclérodermie dont il publie la description détaillée. 1l en fait le sclérème des. adultes.

En 1847, Grisolles publie deux nouvelles observations ; il ne voit aucune ressemblance entre sa malade et les deux cas de Thirial.

Forget, de Strasbourg, rapproche les observations de Thirial et Grisolles de l’histoire d’une de ses malades, il croit le chorion seul atteint et donne à l'affection le nom de « chorionitis ».

Toujours la même année, Gintrac, de Bordeaux, fait paraître dans la Revue Chirurgicale une « Note sur la Sclérodermie », dans laquelle il rapporte quatre observations et donne pour la première fois son nom à l'affection que nous étudions.

Pierquin, Petegenat, Bouchut, Brück, publient à la même époque, sur la question.

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En 1848, Rüillet décrit la sclérodermie chez les enfants.

C’est également en 1848, que Ravel passe en revue

les diverses observations et s’efforce de démontrer

que la sclérodermie est une maladie distincte de tout autre état morbide, qu’elle n’est jamais symptomatique d'aucune autre affection ; en un mot, qu’elle a son individualité propre. Il rapporte les observations de Salpart, Van der Weil, Stambio.

En 1854, Gillette publie, dans les Archives de Médecine, un mémoire remarquable, qui résume et condense tous les travaux parus jusqu'alors. — Ce travail attire l'attention des médecins étrangers, qui jusque là ignoraïient complètement la sclérodermie.

La même année, paraît en Angleterre le travail de Thomas Addison «On the Keloïd of Alibert, and truc Keloïd ». Il décrit une forme de sclérodermie localisée, caractérisée au début par une zone rouge vif. Se En 1861, Lasègue, dans un travail intitulé Revue Critique, réunit les cas publiés à l'étranger, critique les idées de Gilette relatives à l’origine rhumatismale de la maladie, et réagit contre l'identification qu'on avait établi jusqu'alors entre la sclérémie des nouveaux-nés et la sclérémie des adultes.

On voit déjà paraître quelques essais timides d’interprétation : pour Bazin, la sclérodermie n’est qu'une forme de chéloïde ; pour Auspitz l'affection serait due à l’hypertrophie du tissu conjonctif causant la stase des capillaires du derme.

Dès 1865, dans la thèse remarquable d'Horteloup,

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nous trouvons pour la première fois une théorie nerveuse de la sclérodermie.

Pour cet auteur, l'affection est due à un spasme des faisceaux musculaires du derme, spasme déterminé par une lésion des centres nerveux ou des ganglions sympathiques.

En 1866, Le Breton étudie les lésions anatomiques de la maladie.

En 1867, paraît en Angleterre le mémoire d’'Hilton Fagges, qui décrit un type morbide distinct de la sclérodermie sous lenom de («morphea alba plana ».

En 1868, Pauliki en Allemagne, Rasmussen en Danemark, font paraître deux travaux importants. Le premier, s'appuyant sur une observation, divise l’évolution de la maladie en deux périodes : l’une d'infiltration, l’autre de rétraction. Il admet de plus deux formes : l’une localisée, l’autre généralisée. Rasmussen, dans son mémoire, cherche à établir l'identité qui existe entre la sclérodérmie et l’elephantiasis, et propose de donner à l'affection le nom d’«elephantiasis sclerosa ».

En 1870, Georges Maracci, en Italie, publie un travail d'ensemble dans lequel il reconnnaît trois périodes à l’évolution de la sclérodermie : une période de début, caractérisée par du prurit; une période œdémateuse ou d'infiltration ; une période de rétraction ou d’atrophie.

ll. Période d'interprétations. — A partir de 1871, la pathogénie de l'affection devient l’objet d'études vraiment scientifiques. Comme le fait remarquer Lafond, c'est la période vraiment intéres-

sante de l’histoire de cette maladie, bien que, aujourd’hui encore, la lumière soit loin d’être faite sur la question.

En 1871, Ball décrit une forme particulière de la sclérodermie, caractérisée par une déformation assez irrégulière des doigts ; il en fait la sclérodactylie.

La même année, Fabre présente une thèse dans laquelle il relate plusieurs observations de sclérodermie avec pigmentation.

Hallopeau présente un cas de sclérose de la peau, compliquée d’hémiatrophie faciale, avec lésions des muscles et des os. Il voit dans cette affection une tropho-névrose. Avec Hallopeau, Ball, Charcot, Laborde, Liouville, apportent chacun le contingent de leurs idées personnelles sur la pathogénie de la sclé- . rodermie (Société de Biologie, 1861-72).

En 1873, autre observation de sclérodermie avec hémiatrophie faciale, publiée par Lépine.

En 1874, Lagrange, dans sa thèse, donne desdétails très importants sur l’anatomie pathologique, réagit contre les théories nerveuses qui sont en vogue à son époque, et semble admettre l'origine rhumatismale, soutenue éloquemment par Verneuil.

En 1878, Gaskoin publie une observation très intéressante pour nous. Il s’agit d’une malade atteinte de sclérodermie en plaques : dans la suite les plaques sont devenues confluentes au point de se fusionner. La maladie à été ainsi transformée en sclérodermie généralisée.

La même année, Armaingaud voit rétrocéder les

lésions d’un malade traité par les courants continus. PA

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A Vienne, Mader, s'appuyant sur un cas de forme généralisée, fait remonter l’origine de la maladie à une lésion des nerfs trophiques. -

En 1880, Favierétudie dans sa thèse les rapports de la sclérodermie et de la gangrène des extrémités.

En 1880 également, deux observations intéressantes de sclérodermie en plaques sont publiées. L'une de Jamieso avec alopécie en aire ; l’autre de Streatfield, où la sclérodermie en plaques était unilatérale, avec opacité de la cornée et exostoses nombreuses.

En 1883, Nicolisch junior, de Trieste, écrit l'histoire de la sclérodermie.

A Lille, Leroy, dans sa thèse d’agrégation, admet une lésion centrale primitive. Wert, Meller, Sénator, Shutz viennent à l'appui de cette théorie.

En 1884, thèse de Maritoux sur la Morphée.

En 1885, Eloy étudie la question au point de vue pathogénique.

En 1886, « Besnier fait entrer dans l’étiologie et la pathogénie de l'affection un élément un peu nouveau l’arthritisme, et sans rejeter les lésions nerveuses auxquelles il accorde une influence égale, il crée le neuro-arthritisme ». Chauffard, dans sa thèse d'agrégation, montre lui aussi l'influence des lésions nerveuses de nature rhumatismale. Bouttier, dans un travail remarqué, classe catégoriquement la sclérodermie dans le cadre des maladies nerveuses.

En 1887, Meyer et Goldsmith décrivent les lésions d'endo-périarterite des petits vaisseaux du derme et des divers organes (foie, rein, cœur),

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Pour Félice Lussano, qui publie une observation intéressante, la sclérodermie et le myxœdème reconnaissent pour cause un trouble dystrophique, présentant dans les deux cas de nombreuses analogies : ils ne forment qu’une seule et même maladie. C’est la première fois que nous voyons affirmer avec cette netteté les analogies cliniques et pathogéniques de la sclérodermie et du myxœdème. Graham continue à rapporter la sclérose du derme à la diathèse rhumatismale ; et Hutchinson fait ressortir ses analogies avec le zona.

Mery, dans sa thèse, combat les théories nerveuses et rhumatismales de la sclérodermie ; il se rattache aux idées de Vidal qui admet une pathogénie vasculaire.

Thibierge, en 1890, montre que la sclérose loin de se limiter à la peau, peut envahir le muscle; il insiste sur l’atrophie musculaire, qu’il croit secondaire à une lésion médullaire. |

Arnozan (Congrès de dermatologie, 1890), puis Jacquet et de Saint-Germain (1892), montrent des pièces anatomiques avec lésions médullaires très nettes.

En 1893, Zambacco identifie la sclérodermie à la lèpre.

La théorie nerveuse prend de plus en plus d’extension sous l'influence du rapport de Janselme, au Congrès pour l’avancement des sciences (1894). Cet auteur étudie à fond les rapports de la sclérodermie avec certaines autres affections nerveuses ; le goître exophtalmique, le myxœdème et la syringomyélie.

Le professeur Raymond, les professeurs Grasset et Brissaud insistent longuement, dans leurs cliniques, sur ces relations plus qu’évidentes, et la sclérodermie est définitivement rangée dans le cadre des maladies nerveuses.

En 1895, paraît en Allemagne le Mémoire de Georges Lewin et Jullius Heller ; travail considérable.

Chauffard, dans le Bulletin et Mémoire de la Société nationale des Hôpitaux, publie une observation de sclérodermie avec hémiatrophie faciale, ayant débuté par le syndrome de la maladie de Raynaud.

En 1896, Thibierge publie un cas de périphlébite en plaques simulant la sclérodermie. Marianelli rapporte six observations avec trois examens histologiques. Grasset étudie l’homme-momie. Jackinoff, Darier, Gastou observent de nouveaux cas.

En 1897, thèse de Marty à Toulouse, sur l’amélioration de la sclérodermie par l’iodure de potassium à haute dose. Matchou voit dans la sclérodermie une tropho-névrose et Brissaud une manifestation d’un trouble du sympathique. La même année, Strumpel, à l’occasion de l’acromégalie, attribue au corps pituitaire le plus grand rôle dans l’origine de la sclérodermie. Toujours à cette époque, paraît la thèse de Samouilson sur la sclérodermie et les altérations du corps thyroïde.

En 1898, observation de Gibney, Pringle, Pery Anderson, Macguire ; thèse de Drouin, sur la sclérodermie en bandes métamériques. La même année, Brocq, dans les Annales de Dermatologie, publie

neuf observations de malades traités avec succès par l’électrolyse. Lerrede et Thomas publient une observation suivie d’une intéressante discussion pathogénique.

En 1901 : Mémoire de Kassirer en Allemagne.

En 1902 : thèse de Lafond, sur l’origine pituitaire de l'affection.

En 1904 : Thibierge fait une étude d’ensemble assez complète de la sclérodermie, dans la pratique dermatologique. Notons également l’article d’Alaquier sur la nature de la sclérodermie (Gazette des Hôpitaux) et la thèse de Payot (Zurich).

En 1906, paraît le travail de Touchard, sur la sclérodermie généralisée : l’auteur défend la pathogénie surrénale de l'affection.

En 1910, un article très documenté de Roques, dans les Annales de Dermatologie, résume l’état de la thérapeutique thyroïdienne dans la sclérodermie.

La même année, MM. Nicolas et Moutot publient une observation démontrant le succès de ce traitement dans la sclérodermie en plaques (Lyon médical). Dansles Annales de Dermatologie de juin 1912, les auteurs commentent cette observation double au point de vue thérapeutique et clinique.

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