JOURNAUX POLITIQUES
jugés stupides de l'esprit de parti, s'uniront pour instruire la nation et améliorer le sort des pauvres. Alors, espérons-le, naîtra une presse quotidienne qui ne sera ni hostile ni inféodée au pouvoir, qui discutera consciencieusement ses actes , approuvera et blâmera tour à tour. Alors nous n'aurons plus ce triste spectacle d'écrivains jouant un rôle qu'ils se sont imposé d'avance.
Un autre grand malheur de la presse quotidienne, c'est que non seulement chaque journal sert un parti, mais quelques hommes influents qu'il veut porter au pouvoir ; de sorte que leurs discussions naissent le plus souvent de ce que les patrons veulent arriver au pouvoir, ou craignent d'en tomber. Alors on persuade à la France que si M. Guizot succédait à M. Thiers, elle serait fort à plaindre ; on lui crie que si M. Thiers succédait à M. Guizot, elle serait plus à plaindre encore ; d'autres lui disent qu'elle serait sauvée ; que M. Odilon-Barrot ferait son bonheur; une autre voix s'élève, et dit que tout serait perdu par le parti que représente cet orateur. Tout ceci est pitoyable; la France irait à peu près comme elle va sous l'un ou l'autre de ces orateurs. Mais il est difficile de se débarrasser de l'ambition personnelle , et il y aurait un peu de candeur à s'imaginer qu'elle disparaîtra de la terre. Cependant quand la presse sera entrée dans des voies plus larges, lorsque ses discussions seront sérieuses et fécondes , il restera nécessairement moins de place
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pour ces petites rivalités. Nous y gagnerons de toutes manières.
Que les jeunes gens qui se destinent à la profession de journaliste se persuadent donc bien que la politique n'est pas un assaut d'esprit; qu'ils ne croient pas qu'il suffît pour s'y mêler de pouvoir produire chaque semaine quelques colonnes d'aimable frivolité; qu'ils soient convaincus que la politique exige des études profondes : depuis les plus hautes questions métaphysiques jusqu'aux plus minutieux détails administratifs, elle comprend tout.
Nous venons de traverser des époques d'étourdissement et de malheurs : Dieu veuille nous donner des jours plus calmes et plus propres à l'étude consciencieuse !