CHANSONS POLITIQUES DE DÉRANGER
Il serait aussi ennuyeux qu'inutile de placer ici une liste des mille brochures qui ont paru en France depuis 181 5. Aucune d'ailleurs n'a résisté au temps comme celles de Paul Louis-Courier. Benjamin Conslant a sans doute un nom populaire comme écrivain et comme tribun surtout. Eli bien, parcourez les divers traités qu'il a réunis sous le titre de Cours de politique constitutionnelle, et vous verrez que l'intérêt qu'ils excitaient n'existe plus. Ils ont éclairé les esprits, préparé et aidé les travaux parlementaires ; mais la société a fait un pas , elle s'est avancée au-delà des questions controversées alors. Ce n'est certes pas le fond des pamphlets de Paul-Louis Courier qui les fait vivre, car sous ce rapport ils sont tout aussi vieux que les brochures de Benjamin Constant, que celles de M. Cottu, et de tant d'autres ; c'est le style , c'est l'art qui donne encore de la vie aux pages du vigneron.
Depuis la révolution de i83o la brochure a bien perdu de son influence; celles de MM. de Chateaubriand , Thiers , de Salvandy, Cormenin, et d'autres encore ont eu cependant d'éclatants succès. Chacun des écrivains a été exalté par son parti ; mais les partis s'étant divisés en plusieurs fractions , l'effet général est nécessairement diminué. Sous la Bestauration , surtout dans les dix premières années , deux grands partis se partageaient la France : une brochure parlait à des millions de lecteurs. Depuis, M. de Chateaubriand s'est vu rejeté par un grand
170 PREMIÈRE l'ARTIE. POLITIOIE.
nombre de ceux dont il plaidait la cause avec une éloquence incontestée; dans ces derniers temps MM, Guizot et Cormenin sont presque aussi loin l'un de l'autre dans l'opinion publique, que l'étaient il y a dix ans MM. de Villèle et Casimir Périer. Aussi leurs brochures, colportées et louées avec enthousiasme par une fraction des anciens libéraux , sont abandonnées ou maudites par l'autre.
Les Paroles d'un Croyant , par le délire d'admiration et de haine qu'elles ont excité, occupent une place isolée dans ces dernières années. Nous en reparlerons ailleurs.