L ABBE DE LAMENNAIS ET SES OUVRAGES. 20J
cartes par exemple. Né sur les rochers de notre poétique province de Bretagne, pendant de longues années son àme ardente a dévoré ses rêves de jeunesse en face de TOcéan, et l'harmonieux murmure de ses vagues n'est pas étranger à l'harmonie du style de M. de Lamennais. C'est après les fatigues diiae jeunesse fébrile que, dégoûté du monde, et ne trouvant nulle part à assouvir les désirs immenses de son cœur, M. de Lamennais se jeta dans les bras de Dieu , et se fît prêtre. Depuis le Génie du Christianisme , nul livre n'eut autant d'éclat que le premier volume de \ Essai sur V indifférence en matière de religion. Je sortais à peine de l'enfance lorsqu'il parut; mais je me rappelle encore l'effet prodigieux qu'il produisit. Comme je l'ai dit plus haut , ce n'était pas là une forme purement philosophique : la poésie s'y mêlait abondamment. L'introduction surtout frappait par la musique de sa parole. J'ai connu des jeunes gens qui savaient ce morceau par cœur comme un récit poétique. La critique ne manqua pas plus à X Essai qu'au Génie du Christianisme. J'ai eu dans les mains un volume entier d'agréables plaisanteries sur le mauvais style de M. de Lamennais. L'ingénieux auteur avait compté le nombre de fois que le mot cadavre se présentait dans le volume ; il s'était livré à cent autres espiègleries de cette nature. Cela n'empêcha pas de M. de Lamennais de s'asseoir immédiatement parmi les grands écrivains de notre patrie.
Je viens de relire après vingt ans ce volume qui