‹ Du travail intellectuel en FranceChapitre 18 sur 22 · L ABBÉ DE LAMENNAIS ET SES OUVRAGES. Q · texte numérisé non relu

L ABBÉ DE LAMENNAIS ET SES OUVRAGES. Q

énorme clans sa vie, eut des motifs peul-elre qui ne sont pas sans noblesse.

Hélas ! s'est-il aveuglé au point de croire qu'il avait une mission au-dessus de celle du Saint-Siège, lui, le profond admirateur des jugements de Rome, le contempteur dédaioneux de la raison individuelle?... Dieu seul peut juger ces choses mystérieuses qui se passent au fond des consciences.

Mais oublions que M. de Lamennais a été condamné par Rome , oublions qu'il est prêtre catholique ; supposons qu'il ait commencé sa carrière par les articles de \ A^'enir, nous trouverons alors que ses écrits doivent améliorer la démocratie française. Ils sont certes un grand progrès dans son sein , et elle admire trop M. de Lamennais aujourd'hui pour ne pas se pénétrer de quelques unes de ses idées. Or ce qui manquait le plus à la démocratie française , c'était l'esprit religieux, c'était cette grande pensée de Dieu , sans laquelle aucune organisation sociale n'est possible. La démocratie française n'a été jusqu'à présent qu'un instrument de destruction, elle n'arrivera à l'harmonie , à l'association bienfaisante, que par la religion. M. de Lamennais semble dans le Lwre du peuple, avoir compris que les Paroles duii Croyant renfermaient trop de colère , trop d'éléments destructeurs. Dans ce dernier opuscule , quoique l'on entende encore le lion rugir sourdement, l'amour domine tout l'ensemble,, l'idée du devoir est plus apparente que celle du droit. Il y a sous ce rapport un progrès sensible.

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Joseph (le Maislrc. — I.e Livre du Pape.

L'année 1817 vit paraître presque en même temps le premier volume de l'Essai sur t indifférence et le livre du Pape^ de Joseph de Maistre. Le premier fut adopté avec enthousiasme par le public , le second se borna à agiter les intelligences sérieuses; mais il conquit une place bien haute dans leur estime. M. de Bonald a dit que les rois devraient avoir toujours ce livre sur leur Ijureau. M. de Maistre semble annoncer dans sa préface le second volume de \ Essai qui souleva tant d'orages dans le monde religieux et philosophique. « L'analogie des dogmes et des usages catholiques avec les croyances , les traditions et les pratiques de tout l'univers ( si ce sujet est traité avec l'étendue convenable) , produirait un ouvrage de controverse d'un nouveau genre, et qui ne serait pas des moins convaincants. Il saperait surtout par les fondements la grande accusation des protestants, tirée des imitations-païennes qu'ils nous ont reprochées. On verrait que Midleton et d'autres ont usé leurs plumes pour établir en dernier résultat que l'antiquité païenne présente des traces nombrcuse^7 de ces mêmes vérités que

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nous enseignons , ou des cérémonies dont nous faisons usage. Tout catholique instruit ne manquera pas de les remercier : Sahitem ex inimicis nostris. 3Iais ce n'est point ici le lieu d'une dissertation sur ce vaste sujet : c'est assez d'o])server que Tertullien, en disant que l'homme est naturellement chrétien, a dit certainement bien plus qu'il ne croyait dire. »

Je ne sais quel ellet ont eu ces lignes sur M. de Lamennais , mais elles contiennent sa grande théorie du consentement universel des peuples , sur laquelle nous donnons nos idées dans ce livre.

Le traité du Pape renferme des assertions très glorieuses pour notre France. J'aime à les remettre sous ses yeux ; car je pense que rien n'est aussi utile à un peuple que la conviction de sa grandeur , et de l'immensité de la tache qu'il doit accomplir dans l'histoire du monde ! Écoutons donc l'illustre étranger, qui s'est si brillamment nationalisé parmi nous , parler de notre patrie. « L'élément teu tonique est à peine sensible dans la langue française ; considérée en masse , elle est celtique et romaine. Il n'y a rien de si grand dans le monde. Cicéron disait : Flattons-nous tant qu'il nous plaira , nous ne surpasserons ni les Gaulois en valeur , ni les Espagnols en nombre , ni les Grecs en talents , etc. ; mais c'est par la religion et la crainte des dieux que nous surpassons toutes les nations de l'univers.

» Cet élément romain, naturalisé dans les Gaules, s'accorda fort bien avec le druidismc que le chris-

tianisme dépouilla de ses erreurs et de sa férocité, en laissant subsister une certaine racine qui était bonne; et, de tous ces éléments , il résulta une nation extraordinaire , destinée à jouer un rôle étonnant parmi les autres , et surtout à se retrouver à la tête du système religieux de l'Europe.

» Le christianisme pénétra de bonne heure les Français avec une facilité qui ne pouvait être que le résultat d'une affinité particulière. L'Église gallicane n'eut presque pas d'enfance ; pour ainsi dire en naissant , elle se trouva la première des Églises nationales et le plus ferme appui de l'unité.

» Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez glorieux , celui d'avoir constitué ( humainement) l'Église catholique dans le monde , en élevant son auguste chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines , et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople , déplorable jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans.

» Charlemagne , le trismégiste moderne, éleva ou fit reconnaître ce trône , fait pour ennoblir et consolider tous les autres. Comme il n'y a pas eu de plus grande institution dans l'univers , il n'y en a pas , sans le moindre doute , où la main de la Providence se soit montrée d'une manière plus sensible ; mais il est beau d'avoir été choisi par elle pour être l'instrument éclairé de cette merveille unique.

» Lorsque dans le moyen âge nous allâmes en Asie, l'épée à la main, pour essayer de briser sur

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