THÉORIES DU GOLVERNEMENT ACTUEL
naturelle des intérêts divers à régler, un certain ensemble enfin de facultés , de connaissances et de moyens d'action qui embrassent tout l'homme, et décident bien plus sûrement que son esprit seul de sa conduite et de l'usage qu'il fera du pouvoir.
)^0ù se réunissent ces conditions, là réside la capacité politique : où manque la capacité, le droit n'est point. »
On ne saurait plus adroitement justifier le droit électoral actuel. M. Guizot, en fondant d'abord la société surlaraison, sur l'intelligence, condamnai! sans pitié la loi française qui régit l'élection aujourd'hui; car enfin personne ne niera qu'il v ait en dehors des électeurs à 200 fr. une foule de capacités supérieures à celle de beaucoup de ces électeurs. M. Guizot a trop de sagacité pour ne s'être pas aperçu de ce résultat. Aussitôt il commente sa pensée, et fait de la capacité Mnjait complexe et profond. Ce fait est tellement profond chez un grand nombre de nos oligarques à deux cents francs , qu'il frise vraiment l'incompréhensible. Je pense que si j'avais l'honneur de causer avec M. Guizot, et qu'il y mît de la franchise , il ne pourrait s'empêcher de rire des quarante pièces de cinq francs qui sont l'unique base intellectuelle de la capacité électorale en France. Mais passons.
Après avoir avancé que le suffrage universel ne convient qu'aux crises sociales , qu'il n'est bon qu'à détruire le pouvoir . lorsqu'il devient un domina-
leur absolu et tyraiinique : « Œuvre terrible , mais qui a ses heures marquées dans les décrets de Dieu, » M. Guizot pense qu'il faut se hâter d'abandonner ce redoutable moyen dès que la destruction est consommée.
« Les vraies conquêtes de la démocratie moderne, la limitation de tous les pouvoirs par le régime représentatif, l'égalité civile, l'égale admissibilité de tous aux fonctions publiques (i), l'extension des libertés individuelles , ont besoin pour leur propre compte du retour aux vrais principes , aux principes conservateurs de l'ordre social.
» Que la démocratie nouvelle comprenne donc son ancienne histoire et son nouvel état.
» Elle a été une guerre , une guerre de bas en haut, du grand nombre contre le petit nombre , des petits contre les grands.
» Dans cette guerre , elle a soutenu des maximes, déployé des passions , élevé des prétentions , écouté des préventions bonnes pour la guerre , puissantes contre une société à renverser , funestes à la paix , destructives de toute société à fonder.
» Aujourd'hui , grâce à la victoire de la bonne cause, et à Dieu qui nous l'a donnée, les situations et les intérêts sont changés.
(Ij si c'est réellement là une conquête de la démocratie moderne, elle use singulièrement de son droit, [luisqu'il n'y a d'admissibles aux fonctions publiques les pins importantes de l'État, celles de députés, que les citoyens qui paient 500 fr. d'imposilions.