QUE SA JUSTICE
Premier Point.
Bien que Dieu envoie certaines maladies dans le seul dessein den tirer sa gloire, j'ai sujet de craindre que la mienne ne soit une juste punition de mes péchés; tant de ceux que je connais, car je sais bien que j'ai offensé Dieu, que de ceux que je ne connais pas, mais qui ne sont pas inconnus au souverain Juge qui me punit.
Les grands sainte, dit saint Dorothée, ne sont soumis à ces épreuves que pour glorifier Dieu, parce qu'ils ont vécu dans l'innocence et qu'ils sont libres de fautes graves. Mais moi, ajoute-t-il, j'avoue que je les mérite et qu'à mon égard ce sont de vrais châtiments, parce que je suis un misérable pécheur et que c'est en mui que s'accomplit cette parole de David : SeignPAir, vous avez châtié l'homme à cause ie son iniquité et vous avez fait que sa vie s'est desséchée comme Varaignée (1).
Considérant ce que je souffre dans mon corps amaigri par la maladie, j'y vois une image de l'état présent de mon âme. Mon âme n'est-elle pas comme une araignée pleine de venin, qui s'épuise à faire des
(1) Propter iniquitatem corripuisti hominem, et tabescere e<:i?tisicut arancam animam ejui^. (Ps. xxxviii. 12-13.)
toiles que le vent emporte et qui est toujours en embuscade pour se jeter sur sa proie ? Ses pensées sont vaines, malignes et sanguinaires ; elle ne songe qu'à tendre des pièges au prochain, à lui ûter ou son bien, ou sa réputation, ou sa vie.
Quant à mon cœur, quoi de plus sec ? Au lieu d'être l'abeille qui voltige sur les fleurs pour en recueillir le miel, il ressemblée l'araignée ; il est desséché et sans aucun suc de dévotion.
11 est juste que Dieu châtie une âme si lâche en lui donnant un corps faible et languissant. Je n'ai que ce que je mérite.
Je réfléchirai aussi sur ce qu'ajoute le Prophète : Çest en vain que V homme se trouble (1 ). Car pourquoi l'homme se trouble-t-il quand il est malade ou affligé, puisque c'est lui qui s'attire un châtiment ?
Je me jetterai donc entre vos bras, ô mon Dieu et vous supplierai d'écouter ma prière, d'entendre mes gémissements, de mettre fin à mes maux.
Second Point.
J'entrer li plus avant dans la considération des j ustes jugements de lieu sur moi. Je lui dirai avec David : Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont équitables (2) ; ou avec un autre prophète : Je porterai tout le poids de la col-'-re de Dieu, parce que je l'ai
(1) Verumtamen vaiie coiiturbatur omnis homo. (Ps. xxxviii, d2.)
(2) Justus es, Domine, et rectum juJicimn tuum. (Ps. cxviii, 137.)
offensé (1). Il est juste qu'ayant abusé de la santé, je sois puni par la maladie et que des douleurs très sensibles soient le châtiment des plaisirs auxquels j'ai livré messens. La justice divine m"a attaché à cette croix, je dirai comme le bon larron : J'ai ce que ??îes cri7?îes o?îf ?ïieVî7e (:2) ; j'accepte cette juste punition. Et comme la justice de Dieu est aussi bonne et aussi sainte que sa miséricorde, puisque les perfections divines sont une même chose, j'adore, je révère et j'aime aussi cette justice, qui est si essentielle à Dieu, que si elle lui manquait, il cesserait d'être Dieu. Il faut qu'il l'exerce sur les pécheurs, je me réjouis donc de ce qu'il l'exerce sur moi en cette vie, afin que je n'aie plus autant à expier dans l'autre.
Toutefois, je n'envisagerai pas la justice de Dieu toute seule , car cette considération ne ferait que me remplir de terreur. Mais je dirai avec David : Seigneur^ ne me reprenez pas dans voire fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère (3), si elle n'est adoucie par votre miséricorde. Je considérerai donc votre justice, 6 mon Dieu, comme toujours unie à votre sagesse et à votre charité, à votre miséricorde et à votre clémence, à votre patience et à votre longanimité et à toutes vos autres perfections, qui en tempèrent la rigueur et qui font que les actes de votre justice sont exécutés
yï) Jivim Domini portabù, ({Uuniain peccavi ei. dunec causain meam judicet (Mich. vu. 9.)
i2) Et nos qiiidem juste, nam digna factis recipimus. (Luc. XXIII, 41.)
(3) Domine, ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me. (Ps. vi, 1.)
DANS LtS MALADIES ET LES AFFLICTIONS ol
avec nombre, poids et mesure et avec une compassion très sensible à nos misères.
Pressé par la douleur, je me plaindrai de moimême, j'accuserai les dérèglements de ma vie ; puis je me tairai à l'imitation du saint roi David, qui disait à Dieu : Je suis devenu muet, je n'ai pas ouvert la bouche ^'parce que c' est vous ^Seigneur, qui m'avez frappé. Eloignez de moi vos châtiments (1). Je suis muet, non pour laire mes fautes ; je m'en accuse au contraire; mais pour ne pas murmurer des maux que j'endure et que j'accepte, comme les effets de votre justice.
Je vous supplie cependant d'éloigner de moi vos châtiments ^ oubliez mes offenses ; pardonnez tout le passé; déUvrez moi, afin que je puisse mieux vous servir à l'avenir.
Troisième Point.
Pour me consoler dans cette maladie, je considérerai combien la miséricorde de Dieu adoucit les peines dont sa justice punit nos iniquités. Elle le8> modère de telle sorte que jamais le châtiment n'égale la faute. Je ne dirai donc pas, comme le bon Larron : Je reçois la punition que j'ai méritée; mais avec Job : J'ai péché, je suis véritablement coupable et je suis traité avec moins de rigueur que je ne mérite (2).
Oh ! si je pouvais comprendre quelle peine mérite celui qui commet un péché mortel, à cause de Tinjure
(1) Obmutui et non aperui os meum, quoniam tu fecisti ; amove a me plagas tuas. (Ps, xxxviii, 10.)
(-2) Peccavi et vere deliqui; et ut eram di^^nus, non recepi. (Job. XXXIII, 27.)
52 TRÉSOR CACQÉ
faite à une Majesté iiifiaie, au Créateur, au Rédempteur et au Souverain Bienfaiteur du monde 1 Je confesserais que si j'avais à soutTrir toutes les maladies et les douleurs qui ont été souffertes ou que l'on souffrira encore, je ne recevrais pas le châtiment que méritent mes péchés.
Au lieu de considérer combien de peines Dieu m'envoie, je verrai combien il m'en remet ; et cette dernière vue me causera plus de joie que la première ne me cause de tristesse. Je rendrai grâces à Dieu pour les maux infiniment longs et infiniment grands dont il m'exempte, au lieu de me plaindre des maux très courts et très légers dont il m'afflige. Je recevrai humblement et volontiers, comme de sa main, un châtiment si doux et si court ; et je me tiendrai disposé à le soutïrir autant de temps qu'il le voudra, jusqu'à l'entière expiation de mes péchés.
Je me souviendrai de ce qui arriva dans le désert^ à la sœur de Moïse, Marie, qui avait murmuré contre son frère. Elle fut frappée de lèpre ; et bien que Moïse obtînt du ciel qu'elle n'en mourût pas, il n'eut pas assez de crédit pour obtenir qu'elle fût guérie aussitôt ; car Dieu lui dit : Si son père lui avait craché au visage, n eût-elle pas dû en être pour le moins sept jours couverte de honte. Quon la chasse donc hors du camp et qu'elle ait la confusion d^y demeurer sept jours séparée des autres ; ensuite, on la rappellera (1). L'arrêt fut
(1) Clamavitque Moyses ad Dominum, dicens : Deus obsecro, sana eaiii. Gui respondit Dominus : Si pater ejus spuisset ia facieiii illius, nonne deberet saltem septem diebus rubore suffundi ? Separetur <eptem diebus extra castra et postea revocabitur.(Xum. xii, 13-14.)
exécuté, sans que les prières de Thomme de Dieu pussent abréger d'un seul moment la punition de sa sœur.
Je vois aussi, par ce passage de la sainte Ecriture, que la maladie que Dieu envoie au pécheur, est comme de la salive dont il couvre le visage de celui-ci pour l'humilier, le corriger paternellement et guérir son âme. Mais cette guérison n'est pas Taffaire d'un moment, ni d'un jour. Il faut sept jours, c'est-à-dire tout le temps nécessaire pour expier la faute commise.
S'il en est ainsi, 6 mon Dieu, j'accepte avec joie la maladie comme venant de votre main. Faites-la durer tant qu'il vous plaira, pourvu que vous me pardonniez mes péchés.