‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 20 sur 45 · DES MALADIES COMPARÉES AUX PEINES DE L'ENFER · texte numérisé non relu

DES MALADIES COMPARÉES AUX PEINES DE L'ENFER

Des châtiments temporels nous pouvons passer aux peines éternelles, que Dieu proportionne, tant pour le nombre que pour le poids et la mesure, à la quantité et à la multitude des crimes; peines qui sont si grandes que toutes les souffrances qu'entraînent les maladies, n'en approchent pas. Voyons la différence : comparons le nombre avec le nombre, le poids avec le poids, la mesure avec la mesure. De cette comparaison nous tirerons des motifs de joie, de reconnaissance et d'amour pour Dieu, et d'autres sentiments, qui seront d'une grande consolation et d'un grand profit pour nos âmes.

Premier Point.

Je comparerai les nombres.

En enfer, il y a deux nombres : celui des peines et celui des années que dure chacune d'elles. Les peines et les années ne se peuvent compter ; du moins le nombre des peines n'est connu que de Dieu seul.

C'est vainement, en effet, que je voudrais savoir le nombre des peines, combien de sortes il y en a. Pour m'en former quelque idée, j imaginerai toutes les espèces de maladies et de misères qui se rencontrent dans tous les hôpitaux du monde entier; tous ces maux se trouvent en enfer, où chaque partie du corps, chaque sens, chaque puissance de lame a son tourment. Ainsi les maux de tête, d'yeux, doreilles, de dents ; les douleurs de la pierre et de la goutte ; la faim et la soif ; le froid et le chaud ; les frissons^ les claquements de dents ; l'absence de tout repos; la mélancolie, la tristesse, le désespoir, etc.. tous ces maux se trouvent réunis en enfer. Les misères de ce monde se déchargent, pour ainsi dire, dans cet abime, comme les rivières se rendant à la mer joignent leurs eaux douces aux eaux salées et amères de celle-ci ; car les misères de cette vie sont douces en comparaison de celles de l'autre vie ; et les peines de l'enfer sont innombrables, et elles peuvent être comparées à un océan d'amertume.

Mais que dire de la durée de ces peines ! Le nombre des années en est infini. Dieu même n'en connaît pas la dernière, puisqu'elle ne viendra jamais et que les années se succéderont éternellement les unes aux

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autres. Si je comple des millions d'années, il en restera plus à compter ; et quand ce temps sera écoulé, je ne ferai que commencer. Depuis environ cinq mille ans que Gain est en enfer, il n'est pas plus avancé que s'il y était entré aujourd'hui; et dans des millions d'années, il sera au même point.

Si je conçois et si je crois cette vérité, ne dois-je pas pleurer de douleur et de joie ? De douleur et de tristesse, à cause de mes péchés, qui m'ont mis dans un si manifeste danger de périr ; de joie et de reconnaissance, pour la bonté de Dieu qui m'a acquitté de ces peines innombrables et éternelles et s'est contenté de celles que je souflre, peines infiniment moindres et pour le nombre et pour la durée. Si un juge pouvant justem.ent condamner un criminel aux galères pour toute sa vie, ou à l'échafaud, ne le condamnait qu'à huit jours de prison ou de travaux, cet homme ne se réjouirait-il pas d'une sentence aussi favorable ? Quelle reconnaissance je dois donc à Dieu qui, pouvant justement me condamner aux tourments éternels de l'enfer, se contente de me punir par cette maladie, qui, si elle est violente, ne saurait être longue !

Pour me consoler, il me suffit de penser qu'elle ne sera pas éternelle, comme celle que je méritais ; et qu'un jour viendra, où je pourrai dire : Nous avons passé par le feu et par Veau ; et vous nous en avez tirés pour nous mettre dans un lieu de rafraîchissement [i). Je devais passer par le feu et par l'eau, selon ce qui

(1) Transivimus per ignem et aquam et eduxisti nos in refrigerium. (Ps. lxv, 12.)

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est écrit des damnés : D'un feu ardent ils passent dans des eaux froides comme la neige (1).

Mais le doux rafraîchissement ne se donne pas aux impies, dont les tourments n'ont pas de fin ; il est le prix de la patience des justes ; et si étant éprouvé en cette vie par le feu et par l'eau, j'endure tout avec patience, j>n tirerai de grands avantages pour mon âme, qui, délivrée enfin de toute sorte de maux, entrera dans le royaume éternel.

Second Point.

Je comparerai ensuite un poids avec Tautre.

Considérant le poids de tous les tourments des damnés, celui de chacun d'eux en particulier, je trouverai qu'il surpasse tout ce qu'on peut dire et penser, puisque, selon l'apôtre saint Pierre, les anges Apostats, quelque forts quils soient, ne peuvent soutenir le rigoureux jugement de Dieu [2) dans Ténfer ; et que \es géants si puissants que la main de Dieu a précipités dans Tabime, gémissent éternellement sous les eaux (3). Tout ce que Ton souffre sur la terre est peu de chose, comparé aux peines éternelles ; parce que celles-ci sont extrêmes, sans qu'il s'y mêle la moindre douceur. Si un damné pouvait revenir en ce monde et que, pour être à jamais heureux, il n'eut à souffrir

vlj Ad iiimiuiii caloreiu transeat ab aquis niviuin et iisque ad inferos peccatum illius. (Job. xxiv. 19.)

(2) Ubi Angeli, fortitudine et virtute ciini sint majores, non .portant adversum se execrabile judicium. (II Petr. ii. 11.)

(3) Ecce gigantes gemiint sub aquis et qui habitant cum ei-.

(Jol). XXVI. .J.)

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que nos peines, il les compterait pour rien et rendrait de continuelles actions de grâces à Dieu, qui aurait changé son enfer en un si doux purgatoire. Pourquoi donc me plaindre ? Pourquoi ne pas remercier le Seigneur de m'avoir délivré de ces peines épouvantables ?

Quand la fièvre me fera sentir ses plus violents accès, je me mettrai devant les yeux le feu éternel dans lequel je devrais être plongé, en compagnie du mauvais riche. Quand je serai pressé par la soif, je songerai à celle dont souffrait cruellement ce malheureux ; il demandait une goutte d'eau et il ne put Tobtenir ; il la demande depuis son entrée en enfer ; il la demandera toujours, sans qu'il se trouve personne qui veuille la lui donner. Quand viendra l'insomnie qui fait paraître les nuits si longues, je me figurerai ces ténèbres éternelles où les méchants sont ensevelis sans espérance de revoir le jour ; et les nuits me sembleront courtes. Si, quoique mollement couché, je suis ennuyé de rester au lit, je me représenterai le lit des damnés et j'entendrai Isaïe me dire : Tu auras pour lillapourriLure et pour couverture desvers[i)^ qui te rongeront les entrailles, sans trêve ni merci

Je pourrai considérer encore les autres peines des damnés qui ont quelque rapport avec celles que je souffre, afin de trouver celles-ci douces et légères. Le Seigneur a promis de ne pas envoyer au pécheur deux sortes de peines (2) pour la même faute : il ne punira

(1) Subter te sternetur tiiiea et operiinentum tuiim eiiint xevmes. (Is. XIV, 11.)

(2) Non consurget duplex triLulatio. Nahum, i, 9.)

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pas dans réternité celui qui prend en patience les misères de celle vie.

Nous lisons dans le Vénérable Bède, qu'un homme élant tombé dangereusement malade, Dieu lui fit voir en esprit tous les tourments des damnés. Quand il fut revenu à lui, il demeura si épouvanté que, après ■sa guérisou; il ne cessa plus de pratiquer de très grandes pénitences. En hiver, il se jetait dans des rivières glacées ; au milieu de l'été, il s'exposait aux plus violentes ardeurs du soleil ; et si on voulait l'en empêcher, il répondait : « J'ai vu bien d'autres froids et d'autres chaleurs en enfer ; celles-ci ne sont rien en comparaison. »

Oui, si dans la maladie je descendais par la pensée au fond de l'abîme pour y contempler des yeux de la foi les supplices des damnés, je n'aurais plus de peine à supporter patiemment ce qui me semble insupportable.

Troisième Point.

Je comprendrai mieux ce qui précède, si je compare une mesure avec l'autre ; si je considère la différence infinie qu'il y a entre le calice qu'on boit en enfer et celui que je bois maintenant.

Le Prophète parle du premier, lorsqu'il dit : Le Seigneur tient à la main une coupe pleine d'un vin jjur et mêlé ; il en verse, tantôt à l'un, tantôt à Vautre ; mais la lie est encore au fond et il en fera boire à tous les pécheurs de la terre (1).

(1) Qui.i calix in manu Domini vini meri pleniis misto. Et inclinavit ex hoc in hoc ; verumtamen fœx ejus non est exinaiiita : hibent omncs pcccatores terrée. (Ps. lxxiv, 9.j

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Je verrai donc Dieu Notre-Seigneur, le Souverain Juge, tenant une coupe d'une prodigieuse grandeur, pleine d un vin qui est tout ensemble pur et mêlé : pur, pour marquer que les châtiments de Dieu sont très justes ; mêlé, parce que les différentes peines y sont mêlées, comme lorsqu'on fait un mélange de diverses sortes de vins. Mais rien n'est plus dégoûtant que la lie qui est au fond. Il faut néanmoins que tous les pécheurs boivent cette lie ; la justice divine les y contraint. Ce qui les afflige et les désespère, c'est qu'ils en boivent tous les jours et qu'il en reste assez pour en boire e'ternellement.

Voilà ce calice si amer que j'aurais bu pour mes péchés, si la divine Miséricorde ne me les eût pardonnés.

Elle me présente à sa place un autre calice fort petit, dont elle a ôté la lie. C'est la maladie dont je souffre : maladie bien adoucie par les remèdes, par les soulagements qu'on me donne, surtout par l'espérance d'éviter les supplices éternels.

Puis-je ne pas accepter ce calice salutaire de la main de Dieu, qui me l'offre pour éloigner de moi l'amer calice des damnés ? Oh ! c'est avec un profond sentiment de reconnaissance, avec une joie sincère que je répéterai ces paroles de David : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il m'a faits, et pour tous les maux dont il m'a préservés ? Je veux au moins recevoir ce calice de salut (1). Je le recevrai de sa

(1) Quid retribuam Domino pro omnibus qiue retribuit mihi ? Ciiicem salutaris accipiam. (Ps. cxv, 1-2-13.)

main ; je le boirai volontiers, en entier, puisque sa Miséricorde m"a délivré du calice de sa colère, que je devais boire jusqu'à la lie pendant l'éternité.

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