‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 21 sur 45 · QUATRIEME MEDITATION · texte numérisé non relu

QUATRIEME MEDITATION

LES MALADIES NOUS TIENNENT LIEU DE PURGATOIRE ET NOUS DONNENT OCCASION DE PRATIQUER BEAUCOUP DE VERTUS.

Premier Point.

Les peines de Tenfer étant changées par la pénitence en des peines beaucoup moindres sans doute, mais qu'il faut nécessairement expier dans cette vie ou dans le purgatoire, je considérerai qu'il y a deux purgatoires, l'un pour les morts, l'autre pour les vivants.

Le premier a ceci d'avantageux, qu'on y est exempt de toute faute, impatience ou autre ; d'autre part, on y souffre beaucoup, sans acquérir aucun mérite, aucun nouveau degré de grâce ou de gloire ; de plus, l'amour de Dieu s'y trouve comme dans un état violent. En effet, toute l'inclination de l'àme est de s'unir pour jamais à Dieu par la vision béatifique ou de croître toujours davantage dans l'amour divin ; et comme elle est privée de la vue et de la possession de Dieu, elle souffre violence ; elle voit aussi avec douleur que ses peines sont infructueuses.

11 en est autrement du purgatoire de cette vie. A la vérité, on y est sujet à l'impatience et à beaucoup de faiblesses, assez ordinaires aux personnes infirmes et

affligées, 1 ien que la grâce ne leur manque pas pour les éviter. Mais en revanche, on expie bien aisément toutes ces fautes ; car, en supportant patiemment une douleur assez légère et d'une courte durée, on satisfait davantage à la justice de Dieu que par des souffrances prolongées dans le purgatoire. Un jour de fièvre peut nous exempter d'un mois ou même dune année de purgatoire ; parce qu'on s'acquitte de ses dettes envers Dieu, non pas tant en souffrant beaucoup qu'en faisant des actes héroïques de résignation etd'amour,. en offrant à Dieu toutes ces souffrances et en s'y soumettant par amour pour lui.

Dans le monde, la satisfaction que fait un coupable de son plein gré, parce que sa conscience l'y oblige, est plus estimée que celle qui se fait de force par l'ordre du juge.

Dans le purgatoire, une âme ne peut payer que pour elle-même, elle ne peut appliquer à d'autres lefruit de ses souffrances ; au lieu qu'en cette vie, un malade peut acquérir un si grand trésor de satisfactions parsa longue patience, que non seulement il payetoutes ses dettes, mais il lui en reste assez pour acquitter celles de plusieurs autres, soit vivants, soit morts, et pour augmenter le trésor de l'Eglise. De sorte que, en souffrant patiemment un violent accèsde fièvre, je puis retirer des flammes du purgatoire une âme à laquelle je désire appliquer la satisfaction acquise par ma patience et lui ouvrir le ciel où elle intercédera pour moi auprès de Dieu.

Ceci est consolant et je dois remercier Dieu de ce qu'il me fait passer maintenant par une espèce de purgatoire, où je satisfais, à peu de frais, à sa justice.

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pour moi et pour d'autres ; où j'enlève tous les obstacles qui s'opposent à mon entrée dans le ciel. ♦

Second Point.

La maladie offre un autre avantage, plus grand encore. En purifiant l'àme, elle la fait croître dans la grâce, et par suite dans la gloire, par Texercice de nombreux actes d'amour de Dieu, de conformité à sa volonté, d'obéissance aux médecins, de patience dans les douleurs, etc.. ; et comme Dieu vient toujours dans l'àme avec ses dons, à mesure que ses ■dons augmentent, l'àme s'unit plus étroitement à lui ; Dieu prend plaisir à demeurer en elle, à l'enrichir toujours davantage, à y établir son règne qui, selon saint Paul, consiste dans la justice, la paix et la joie spirituelle.

Je regarderai ma maladie comme un exercice pour ma vertu, une source de paix et de joie, un don qui attire Dieu dans mon àme et l'invite à se reposer. La maladie passe, les douleurs s'apaisent et cessent, mais le fruit de la patience ne passe pas ; il demeure éternellement ; et je dirai avec le Psalmiste : ^ous nous sommes réjouis pour les Jours où vous nous avez humiliés et les années où nous avons souffert de grands maux[l}. Car je suis délivré des maux et je jouis des biens ; la joie a chassé la tristesse ; la santé a

1 Lrptati siiiniis pro dieLus quiluis nos humiliusti ; annis <{uibus vidimiis mala. (Ps. lxxxix, 1-3. j

succédé à la maladie, et la consolation de l'esprit à l'affliction de la chair. Maintenant, la chair et Tespril se réjouissent dans le Seigneur, et je connais enfin par expérience qu'il y avait un trésor caché dans cette maladie.

Si, après m'avoir quitté, la maladie revient, je lui ferai donc bon visage. Si elle larde avenir, j'irai jusqu'à la désirer; comme ce saint abbé, auquel Dieu envoyait chaque année une forte maladie et qui, n'ayant pas été malade durant une année entière, s'en affligeait et versait des larmes, parce qu'il se voyait privé des grâces qu'il recevait ordinairement par ce moyen.

Troisième Point.

Je puis découvrir des richesses plus grandes encore dans la maladie.

En effet, outre le gain qui est le fruit de la patience, je puis, tout infirme que je sois, gagner ce que je gagnerais si j'étais en parfaite santé.

Lorsque David se mit en marche contre l'armée d'Amalec, un grand nombre de soldats furent obligés, à cause de la fatigue, de s'arrêter à mi-chemin ; néanmoins, le saint roi ordonna que ces soldats auraient autant de part au butin que ceux qui avaient poursuivi et combattu l'ennemi (1).

La même chose arrive au malade qui^ obligé de garder le lit. est dans l'impossibilité de faire ce qu'il

(1) ^Equa enim erit pars descendentis ad pnehimi et remanentis ad sarcinas. (Reg. xxx. -24.)

faisait en santé. Il ne perd ni le mérite, ni la récompense des œuvres saintes que font les autres, s'il a une volonté sincère de les pratiquer.

Au tribunal de Dieu, la volonté compte pour l'œuvre quand on ne se dispense de Tœuvre que par l'impuissance d'agir.

Si donc, étant en santé, j'avais la coutume de visiter les hôpitaux, de servir les pauvres, de réciter l'otTice divin, de lire, de prêcher ou de confesser ; et que, durant la maladie, j'ai un sincère désir de m'employer à ces bonnes œuvres, j'en ai tout le mérite ; et en plus, celui de la patience avec laquelle je supporte mes souffrances.

Si, tout en étant au lit, je puis me rendre en esprit dans différents temples, oratoires, hôpitaux et autres lieux du monde et y considérer ce qui s'y passe, je puis aussi désirer efficacement par la volonté, faire tout le bien qui se fait dans ces endroits : psalmodier avec ceux qui psalmodient, entendre la messe avec ceux qui y assistent, servir les pauvres avec ceux qui les servent, visiter les malades et les prisonniers avec ceux qui les visitent.

Mais pour montrer que je désire effectivement pratiquer ces bonnes œuvres, je dois m'efforcer d'en faire au moins autant que la maladie me le permet. Tobie disait à son fils : Sois miséricordieux dans la mesure où lu le pourras ; fais de grandes largesses^ si tu as beaucoup ; si tu as peu, aime à donner volontiers de ce peu (1).

(1) Quomodo potiieris, ita esto misericors. Si multiim tibi fuerit, abundanter tribue ; si exiguumtUîi fuerit, etiani exiguiim libenter impertiri stude. (^Tob. iv. 8.)

DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIONS bo

De même, lorsque je suis saia et robuste, je dois me dépenser sans compter ; et lorsque je suis malade, faire ce que je puis, pour marquer par là que si j'avais plus de forces, je n'aurais garde de m'épargner.

On raconte de sainte Gertrude, qu'étant tourmentée d'un viotent mal de tète et ne pouvant réciter, selon sacoutume, tout le rosaire, elle se contenta de dire sur chaque grain ces premiers mots de la Salutation angélique : AveMcn^ia. Lorsqu'elle eut achevé, la très sainte Vierge lui apparut, tenant en main une couronne de roses, et elle lui dit que cette manière abrégée de dire le chapelet ne lui avait pas moins plu que si elle l'eût dit tout entier, parce qu'elle avait fait le peu qu'elle pouvait, tout en ayant le désir de faire davantage.

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