‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 22 sur 45 · CINQUIEME MEDITATION · texte numérisé non relu

CINQUIEME MEDITATION

NOUS SOUFFRONS PEU DANS LES MALADIES EN COMPARAISON DES RÉCOMPENSES QUI NOUS ATTENDENT AU CIEL.

Premier Point.

Nous avons vu que la Sagesse divine règle toutes les choses de cette vie mortelle avec nombre, poids et mesure. Elle règle de même celles qui regardent la vie future ; avec cette ditïérence que les peines de ce monde sont courtes et limitées, au lieu que les récompenses de Fautre sont infinies et éternelles. Aussi estce assez de connaître ces biens éternels pour se résou-

dre à embrasser avec plaisir toutes les croix de cette vie, quelque pesantes et longues qu'elles soient.

Dans cet esprit, Tapôtre saint Paul comptait pour rien ses propres souffrances et celles de tous les justes : Il ny a aucune proportion, disait-il, entre les ■peines de la vie présente et la gloire qui doit un jour éclater en nous (1). Uneaffliction fort légère et guipasse en un moment nous acquiert un poids immense de gloire éternelle (2).

J'en conclurai que si mes peines me semblent rudes et longues, c'est que j'estime el j'aime peu les biens éternels. Si j'estime beaucoup la récompense, la peine me paraîtrait légère ; si j'aimais bien Dieu, je sentirais peu le poids des travaux nécessaires pour le posséder un jour.

L'amour que Jacob portail à Racket^ lui fit paraître courtes et suaves sept années de fatigues (3) ; si j'aime vraiment Dieu, si j'ai le désir de le voir et de le posséder, les plus grandes soufTrances me sembleront courtes et pleines de suavité.

Qui des Apôtres a souffert de plus grandes tribulations que saint Paul? Quia soutenu plus de persécutions, enduré plus de douleurs et d'infirmités? N'estce pas lui qui, affligé de l'aiguillon delà chair, était

(1) Existimo enim quod non sunt condigme passiones hujus temporis ad futuram gloriam quœ revelabitur in nobis. (Rom. VIII, 18.)

(2) Id quod in prœsenti est monientaneum et levé tribulationis nosh-fe. supra inodum in sublimitate feternum gloria^ pondus operatur in nobis. (11 Cor. iv, 17.)

(3) Servivit ergo Jacob pro Rachel septem annis ; et videbantur illi pauci dies, prœ amoris magnitudine. (Gen. xxix, 20.)

DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIONS bi

cruellement soufîletéet maltraité par l'ange de Satan, comme si on l'eût frappé avec une main tout armée de pointes? Que cet aiguillon fût une douleur vive et piquante, ou une forte tentation delà chair, ou une violente persécution de la part des Juifs, tout cela et tout ce qu'il eut à endurer pendant toute sa vie apostolique, lui parut si court et si léger, qu'il l'appelle momentané, une chose d'un instant, qui à peine sentie a déjà disparu. C'est son amour extrême pour Jésus- Christ, sa haute estime pour la récompense éternelle, qui adoucissaient toutes ses peines.

Second Point.

Pour sentir ceci plus vivement, je considérerai attentivement le nombre, le poids et la. mesure des biens éternels que j'attends.

Jésus-Christ, Notre-Seigneur, m'a promis que dans la distribution de ses dons au ciel, il se servira d'une mesure bonne, pleine, pressée et surabondante {!). Quelle est la grandeur de cette mesure ? Si elle était petite, quelque pleine et pressée qu'elle fût, elle contiendrait peu de chose Mais, selon saint Paul, la gloire du paradis surpasse toute mesure ; c'est-à-dire qu'elle est immense et qu'ici-bas il n'y arien qui en approche.

La mesure qui m'est promise contient une multitude innombrables de biens, et de biens d'un si grand prix, que tous les trésors delà terre ne méritent pas

(1) Date et dabitur vobis : inensuraui bonam et confertam et coagitatam et superetïluentem dabunt in sinum vestruni, (Luc. Yi, 38.)

de leur être comparés. Elle renferme les vertus, les sciences, les richesses, les plaisirs, les honneurs, les dignités, et les autres biens du corps et de lesprit, dont l'homme est capable dans le ciel et qui peuvent le rendre heureux.

Mais tous ces biens ne seraient rien encore si Dieu lui-même n'entrait dans cette mesure avec sa sagesse, sa puissance, sa bonté, sa charité, sa beauté, ses richesses et ses perfections infinies, afin de remplir toutes les puissances de 1 ame, d'en rassasier tous les désirs et de n'y laisser aucun vide. C'est Dieu qui fait le nombre, le poids et la mesure des Bienheureux : le nombre, parce que, bien qu'il soit un de sa nature, il contient éminemment tous les biens répandus dans les créatures, et on les possèdemieux en lui que dans les créatures; le poids, parce qu'il vaut infiniment plus, lui seul, que ce qu'il y a d'excellent hors de lui ; la mesure, parce qu'il proportionne la récompense au mérite de ses élus, donnant plus aux uns, moins aux autres, mais à tous le contentement et le bonheur.

En un seul point, il n'y a ni nombre, ni mesure : La durée de cette gloire sera sans fin. Elle durera, sans changement, autant que Dieu lui-même, dont le règne n'a point de fin ; et si je demande la valeur d'un jour de ce bonheur, David me répond que dans la maison du bon Dieu un jour vaut mieux que mille jours en tout autre lieu (1).

C'est avec raison, dit saint Augustin, que le prophète appelle ce temps-là i^n yo^r ; cardans le ciel,

(Ij nuia luelior est dies iina iu atriis tuis super millia. (Ps.

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