SEPTIÈME MÉDITATION
DES MALADIES QUE DIEU ENVOIE POUR DES MOTIFS QUI REGARDENT SA PLUS GRANDE GLOIRE.
Premier Point,
Les maladies ne sont pas toujours des châtiments pour nos péchés. Souvent Dieu les envoie pour manifester sa gloire, pour éprouver ses élus et leur procurer de grands avantages.
Les apôtres demandent au Sauveur pourquoi un homme, qui se trouva sur son chemin, était aveugle ; il répondit : Ce n'est pour aucun péché que lui ou ses parents aient commis^ mais afin que les œuvres de Dieu soient ma7iifestées en lui (1). Il dit aussi de la maladie de Lazare^ qu'elle était pour la gloire de Dieu et afin que le Fils de Dieu fût glorifié par elle (2;.
De là vient que les justes, bien qu'ils ne soient pas exempts de fautes, sont parfois affligés de maux quMls ne paraissent pas mériter. Dieu ne les leur envoie pas pour les punir ; il a d'autres desseins. Job disait : Si l'on mettait dans une balance, d'un côté, les fautes qui
(1) Neque hic peccavit, neque parentes ejiis ; sed ut manifestentiir opéra Dei in illo. (Joan. ix. 3.)
(2) Infirmitas ha?c non est ad mortem, sed pro gloria Dei, ut glorifîcetur Filius Dei par eam. (Joan. xi, 4.)
ont attiré sur moi la colère de Dieu, de l'autre les maux que j'endure, on verrait que ceux-ci remportent de beaucoup sur mes péchés (1).
C'est là un bien grand motif de consolation et de joie pour les amis de Dieu. Il est plus avantageux d'être crucifié, étant innocent comme Jésus, que criminel comme le bon Larron. Rien n'est plus glorieux que d'imiter, en ce point, notre divin Chef et la légion triomphante de ses soldats martyrs, qui ont soulïert toute sorte de tourments, non pour leurs crimes, mais pour donner à Dieu un témoignage public de leur foi et de leur amour.
En vérité, c'est une espèce de martyre de souffrir de longues et cruelles maladies pour glorifier Dieu par ses souffrances. Je remercierai donc sa divine Majesté de ce qu'elle veut bien se servir de moi pour être l'instrument de sa gloire, et je lui dirai : « Tourmentez-moi, Seigneur, pourva que vous en soyez glorifié. »
Toutefois, je ne dois pas me décourager si je suis coupable ; car ma maladie peut servir en même temps à expier mes péchés et à glorifier Dieu en faisant resplendir sa justice et en mille autres manières.
Deuxième Point.
Dieu m'envoie cette maladie pour éprouver ma foi et ma constance. Il veut voir comment je combattrai
(1) Utinam appenderentiir peccata mea, quibus iram merui, et calamitas. quam patior. in statera! quasi arena maris haec gravior appareret. (Job. vi. 2-3.)
pour soa amoui' et si je remporterai la victoire ; victoire dont il sera glorifié, parce qu'elle est encore plus la sienne que la mienne.
Me voici donc sur mon lit, comme sur un champ de bataille, où j'ai à combattre nombre d'ennemis : le froid, le chaud, le dégoût, la soif, l'insomnie, l'amertume des remèdes, les douleurs au dedans et au dehors. Levantles yeux au ciel, je verrai Jésus-Christ, Nofre-Seigneur, qui me contemple, comme il regardait saint Etienne, tandis qu'on le lapidait. Ce bon Maître m'encourage au combat, parce qu'il y va pour lui de sa gloire, et pour moi, de la vie éternelle.
Je puis encore le considérer comme environnant mon lit de toute part, puisque c'est en lui que je vis, que je me meus, et que je suis (l). Pendant c^ue je souffre, je suis en lui ; et il est en moi, combattant avec moi et pour moi, m'aidant à remporter la victoire.
Ainsi animé par sa présence, fortifié de sa grâce, je n'aurai en vue que sa gloire, j'éviterai toute faute, toute impatience, et j'accepterai de bon cœur toutes mes peines, afin que Dieu soit glorifié dans cette maladie.
Dieu m'a cloué sur ce lit de souffrances pour qu'il s'en exhale un parfum de sainteté, et que ceux qui me verront glorifient le Seigneur. Alors on pourra m'appliquerce qui est écrit de Tobie, que Dieu l'affligea très sensiblement par la cécité, afin qu'il donnât, comme
(1) In ipso ennn viviinus. et moveinur, et sumus. (Act. xvii, 28.)
le sai}U homme Jub, un admirable exemple de patience à toute la postérité (1).
Enfin, je me représenterai d'un côté mon ange gardien, de Tautre le démon, qui m'observent et qui s'efforcent, l'un de me donner de bons sentiments, l'autre de m'en inspirer de mauvais. Je me garderai d'affliger mon bon ange et de réjouir le démon, en donnant à cet ennemi l'occasion de triompher, et d'insulter Dieu en m'arrachant de ses mains. Je confondrai au contraire ce méchant esprit et je réjouirai mon saint ange, par ma patience et par les témoignages de mon amour pour Dieu.
Troisième Point.
Dieu, Notre-Seigneur, a encore d'autres fins très glorieuses dans les maladies qu'il envoie à ses serviteurs.
Je chercherai à connaître celle qu'il se propose à mon sujet.
Parfois, Dieu envoie la maladie pour faire éclater sa gloire dans la manière dont il en délivre. Il excite alors lui-même ses serviteurs à prier avec tant de foi et de confiance qu'il leur rend la santé miraculeusement.
Il agit ainsi durant sa vie mortelle, à l'égard de beaucoup d'aveugles, de lépreux, de paralytiques et d'infirmes de toute sorte ; et il fait encore tous les
(1) Hanc autein tentationem permisit Deus eveuire illi. ut posteris darelur exemplum patientia* ejus. <icut et sancti Job. fTob. II. 12.)
jours de semblables miracles, afin d'être glorifié selon cette parole : Invoquez-moi au jour de l'affliction (1), je vous en délivrerai et vous me glorifierez. Dieu est alors glorifié, non seulement à cause de la confiance avec laquelle le malade recourt à lui, mais aussi à cause du miracle qu'il opère pour le délivrer.
De là vient que Notre-Seigneur envoie des maladies à ses serviteurs pour les glorifier et les honorer. Il entend manifester leur vertu ; et par la manière admirable dont il les délivre, il fait tourner la maladie aussi bien à leur honneur qu'à sa propre gloire, selon celte autre parole : Je suis avec lui dans la tribulation;je l'en délivrerai et je le glorifierai (2).
0 mon âme ! ne t'afflige pas d'être unie à un corps languissant et infirme. Tu n'es pas seule, tu n'es pas abandonnée. Tu as près de toi un médecin qui prend soin de toi, un infirmier qui te sert, un ami qui t'entretient et ne te quitte pas. Si j'ouvre les yeux de la foi pour le voir, je jouirai de sa divine compagnie. Son dessein n'est pas de me faire souflrir, mais de me guérir ; de me confondre ni de me détruire, mais de me relever et de me sauver ; afin que le monde voie qu'il m'aime, puisqu'il a un soin si particulier de ma vie et de mon honneur.
S'il ne veut pas me rendre la santé, il saura du moins faire servir cette maladie à sa gloire et à la mienne, en m'enrichissant de ses dons et me façonnant comme
(1) Invocame in die tri})ululionis ; eruarn te, et honorificaLis me. (Ps. xLix, lo.)
(2) Cum ipso sum in trihulatione ; eripiam euni et glorificabo eum. (Ps. xc, Ij.)
une pierre précieuse qu'il veut placer à une place d'honneur dans l'édifice de la Jérusalem céleste.
Dieu est glorifié par la joie et Tallégresse d'une âme qui, unie à un corps infirme, s'écrie, comme l'apôtre saint Paul: Je me glorifierai dans mes hi' firmités, afin que lavertu de Jésus-Christ habite en moi. C'est pour cela que je me plais dans mes infirmités, les opprobres, les nécessités, les jjersécutions, les angoisses que /endure pour Jésus-Christ (1). Oui, c'est une grande gloire pour Notre-Seigneur, qu'il y ait sur la terre des hommes assez généreux pour recevoir de sa main les maladies comme des présents et des faveurs, pour montrer dans leur corps ses plaies sacrées et porter les marques de sa passion (2), afin que sa vie paraisseaussi en eux.
C'est une grande gloire pour le Créateur d'avoir ici-bas des créatures si entièrement soumises à ses volontés, qu'elles se laissent traiter comme il lui plaît, tantôt bien, tantôt mal, en ce qui touche le corps, la santé et la vie ; des créatures qui mettent leur souverain bonheur à accomplir sa sainte volonté, qui, à l'exemple du Verbe incarné, vivent de cette volonté divine (3).
Si donc Dieu retire un si grand honneur et une si
(1) Libenter igitur gloriabor in infirmitatibus meis, ut inhabitet in me virtus Christi. Propter quod, placeo mihi in infirmitatibus meis, in contumeliis, in necessitatibus, in angustiis, pro Christo. (II Cor. xii, 9-10.)
(2) De cœtero, nemo rnitii molestus sit : ego enim stigmata Domini Jesu in corpore meo porto. (Galat. vi, 17.)
(3) Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me, ut porficiam opus ejus, fJoan. iv, 34.)
DANS LES MALADIES ET LES Al FLICTIONS 85
grande gloire de ce que ses serviteurs soufïrent avec patience et avec joie, selon les fins qu'il se propose, je m'efforcerai de supporter ma maladie de telle sorte qu'il ait lieu de se louer de moi et qu'il soit glorifié dans les siècles des siècles. Amen I