‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 29 sur 45 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Dernière maladie ; tentations qui précèdent l'heure de la mort ; moyen da les vaincre.

Satan, acharné à notre perte, ne cesse pas de nous tenter fortement pendant toute notre vie et durant chacune de nos maladies. Toutefois, c'est pendant la dernière maladie, qui ne peut guère lui être inconnue, qu'il nous attaque avec le plus de violence. Ce sont ses derniers efforts ; il sait qu'il lui reste peu de temps et que si en cette occasion il n'est pas victorieux, il sera vaincu pour jamais.

Saint Jean décrit ce combat au chapitre sixième de l'Apocalypse : Je vis paraître un cheval pâle ; et celui qui était assis sur ce cheval^ s appelait la mort; et V enfer le suivait (i). Ce cheval pâle désigne le corps affaibli, défiguré, flétri par la maladie. Le cavalier qui le monte, c'est la mort elle même, qui va exercer ses ravages sur ce corps. Enfin l'enfer qui le suit, c'est le tombeau où le corps va être enseveli et la prison éternelle où sera enfermée l'âme, si elle se laisse vaincre par la tentation.

Le démon attaque le malade par trois tentations,

(1) Et ecce equus pallidus ; et qui sedebat super eiiin, nomen illimors ; et infernus sequebatur eum. (Apoc. vi. 8.)

qui provoquent des impatiences, des manques de confiance et beaucoup d'aulres fautes.

Les premières tentations viennent du côté du corps. Les souffrances, la diète, le dégoût de la nourriture et des remèdes, la fièvre, la soif, finsomnie, les cauchemars, la tristesse, l'ennui, tout cela s'unit pour l'accabler et l'abattre. Le malade s'impatiente, murmure, se plaint ; quelquefois, il s'en prend à Dieu lui-même. Plus il tient à la vie, plus la crainte de la perdre donne lieu au démon de le tenter fortement au point de lui proposer des remèdes défendus par la loi de Dieu Ainsi l'impie Ochozias, étant gravement malade, envoya consuller Belzébuth, le dieu d'Accaron,, comme si ^ dans Israël, il n y eût pas eu de Dieu, à qui Von put s'adresser (1) ; et il mourut misérablement, en punition de son impiété.

Les secondes tentations naissent de la crainte de la mort ; son souvenir^ dit TEcclésiastique, est amer pour ceux qui sont attachés à la vie et aux biens de ce monde (2). Combien sa présence est plus amère encore ! Surtout pour ceux qui sont à la fleur de l'âge et ont à peine commencé à goûter les douceurs de la vie.

La mort, dit saint Augustin, est une chose si pénible, qu'on ne saurait l'exprimer; et si inévitable, qu'aucune industrie ne peut en préserver (3).

(i: Quia iiiisisti nuntios ad consulendum Beelzebub. deum Accaron, quasi non esset Deus in Israël, a quo posses interrogare sermonem... morte morieris. (IV Reg. i, 16.)

(2j 0 mors, quam amara est memoria tua homini pacem ha benti in substantiis suis 1 (Eccli. xli, 1.)

(3) L. XUI de Civitate Dei, c. m.

12 i TRÉSOR CACHÉ

A cette crainte si amère de la mort se joignent des tentations, venant de divers biens auxquels le malade est attaché et dont il ne se sépare qu'avec une profonde douleur.

Il drtit quitter des enfants, une femme ou un mari, des proches et des amis, qu'il aime tendrement ; abandonner ses bien?, sa fortune, tout le fruit de ses travaux ; renoncer pour toujours aux charges, aux dignités, aux honneurs, qu'il avait acquis avec tant de peine. Et comme il lui faut se faire violence pour quitter tout cela, le démon en profite pour l'attaquer.

Le combat est rude. Le démon, dit saint Grégoire (1), a cet avantage, qu'étant nu, il lutte contre un adversaire couvert d'habits qui donnent prise à ses efforts. Aussi n'a-t-il pas de peine à le terrasser. Il le saisit et le renverse par Timpatience, ou par une tristesse si profonde, que le malade va jusqu'à blasphémer contre Dieu et à l'accuser d'injustice et de cruauté pour lui arracher si tôt la vie.

Les troisièmes tentations sont les plus terribles. Elles viennent de la crainte des châtiments éternels. Le démon ravive le souvenir de tous les péchés de la vie, il amoindrit la diligence que l'on a mise à en obtenir le pardon ; il exagère la rigueur de la justice divine, l'étendue du compte à rendre, la sévérité du jugement ; il met sous les yeux du malade les feux et les tourments de l'enfer. Si Dieu le lui permet, il trouble son imagination par des représentations effrayantes, par des paroles intérieures abominables, par des blasphèmes contre la divine miséricorde.

(1; Homel. xri, in Evangel.

Tout cela, pour précipiter l'âme dans Tabîme du désespoir, pour lui faire croire qu'il n'y a plus de salut pour elle.

La pauvre àme, ainsi attaquée par la maladie^ la perte des biens et les malins esprits, est bien près de sa ruine. Elle peut être comparée à une maison, sur laquelle viennent fondre à la fois, les pluies, les torrents et les vents furieux. Si elle est fondée sur le sable mobile d'une vie coupable, molle et sensuelle, elle court grand risque d'être renversée et emportée ; mais si elle est bâtie sur la pierre ferme d'une vie surnaturelle, d'une vertu solide et inébranlable, elle résistera à toutes ces tentations et sortira victorieuse du combat.

Pour triompher un jour de si rudes tentations, accoutumons-nous dès maintenant à vaincre nos ennemis. Fondons notre vie sur la pierre ferme, qui est Jésus-Christ. Si nous reposons sur cette pi'erre ; si nous imitons les vertus et la vie du Christ, à Iheure de la mort, ce divin Sauveur viendra nous secourir ; il soutiendra, jusqu'au dernier moment, l'édifice dont il aura toujours été le fondement.

Il est dit au livre de Job, que Dieu délivre le juste de six sortes d'afflictions ; et que, dans la septième^ le mal ne l'atteint pas (1). Sur quoi saint Grégoire (2) dit que celui qui, avec le secours du ciel, a surmonté les six premières tentations, qui sont celles dont nous sommes combattus dans le cours de la vie, a aussi la grâce nécessaire pour triompher de la dernière

(1) In sex tribulationibus iibcrabit te ; et in septima, uoiitanget te malum. (Job. v, 19.) (•2) Libr. YI, Moral., c. xv.

épreuve, qui est celle de la mort et du jugement, et qu'il n'en ressent aucun mal. Il éprouve, il est vrai, les douleurs de la maladie et les frayeurs de la mort ; mais ce n'est qu'une peine et non un péché ; et cette peine sert à le purifier.

L'Esprit-Saint nous dit que les âmes des justes sont entre les mains de Dieu et que le tourment de la mort ne les atteint pas [i] : parce que ce qui est exempt de péché, ne mérite pas le nom de tourment, et que la mort des saints est une glorieuse victoire sur leurs ennemis.

Les Anges gardiens nous sont d'un grand secours à ce moment décisif. Si le démon met alors tout en œuvre pour nous perdre, combien notre saint Ange Gardien sera encore plus soucieux de notre salut ! Car s'il manque alors de nous sauver, nous sommes perdus pour toujours.

Saint Jean, à qui Dieu fit voir ce qui devait arriver dans les derniers temps, vit saint Michel qui, avec ses Anges, combattait le dragon infernal (2; : ce qui montre que ce saint Archange nous assiste dans notre dernière agonie et combat pour nous avec la milice céleste contre les puissances de l'abîme, de sorte qu'il ne tient qu'à nous de gagner la victoire ; et si nous la gagnons, les Anges célèbrent notre triomphe et conduisent notre àme dans le ciel, comme ils portèrent celle de Lazare dans le sein d' Abraham (3^, pour le faire jouir du repos qu'il avait mérité par son héroïque patience-

^1, Justorum aulem animée in manu Dei smit et non tanget illos tormentum mortis. .Sap. m. 1.)

(2) Apoc. XVII, 7.

(3) Factmii est autem ut moreretur mendicus, et portaretur ab angelis in sinum Abrahœ. (Luc. xvi, 22.)

§ I. — Remèdes contre les tentations causées par les souffrances et par les chagrins.

Nous avons déjà indiqué plusieurs remèdes contre la première des trois tentations signalées plus haut ; mais voici ceux qui sont les plus eificaces.

Le premier repose sur la parole de Jésus-Christ Notre-Seigneur à saint Pierre, qui voulait l'empêcher de souffrir : JSe veux-tu pas que je boive le calice que mon Père ma donné (1) ? Penses-lu que je 7ie puisse pas prier mon Pè'^e ? et il m'enverrait aussitôt plus de douze légions d'Anges ? Mais comment s'accompliraient les Ecritures, qui disent que je dois mourir ainsi (2)? Oh ! si je pénétrais la force de ces paroles, refficacité souveraine de ces motifs !

Quel était ce calice ? Les souffrances et les mépris qu il allait endurer ea ce dernier jour de sa vie-. Et bien que ces persécutions eussent pour auteurs les démons et leurs ministres, c'est le Père éternel qui lui présentait le calice, puisqu'il permettait tout pour la rédemption du monde et pour l'exaltation de son Fils. Ce Père tout-puissant aurait pu envoyer des légions d'Anges pour le délivrer ; il ne le voulut pas. Il permit seulement à l'un d'eux de venir le consoler et le fortifier durant son agonie.

De son côté, Jésus-Christ, sachant que ce calice si

l[) Calicem queiii iledit laihi Pater, non bibam illum ? Joan.

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