‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 30 sur 45 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

(2; An putas quia non possum rogare Patrem meum, et exhi- Lebit mihi modo plus quain duodeciin legiones angeloruin "?... Quomodo ergo iinplebuntur Scripturae, quia sic oportet fieri ? »(Slatt. XXVI, .o3-.j4.)

amer lui avait été préparé par la sagesse et la bonté infinies de son Père, le but avec joie, quelque amer qu'il fût à la nature ; et bien que Satan, s'approchant à Iheure de sa mort, ne cessât pas de le tenter par le moyen des scribes, des pharisiens et des bourreaux, il triompha de toutes ces tentations.

Voila mon modèle.

Je dois croire fermement que ce qui m'arrivera de plus pénible à l'heure de la mort, soit par la misère de la nature, soit par la malice du démon, est un calice que me présente mon Père du ciel. Il ordonne ou permet toute chose pour le bien de mon âme ; car quel est le père qui voyant son fils tourmenté, affligé, désolé, et pouvant le soulager, le laisse souffrir s'il ne juge cela nécessaire pour son plus grand bien?

Si la nature répugne à la souffrance, je lui dirai : Ne veux-tu pas que je boive le calice que mon Père me présente ? Il suffit que ce soit sa volonté, pour que je l'accepte de bon cœur. Je ne refuse pas de prendre une médecine très amère, parce que j'espère qu'elle sera salutaire à mon corps ; il est bien plus juste que j'accepte, avec un cœur plein de bonne volonté, les afflictions et toutes les épreuves que m'ordonnent et me préparent la sagesse et l'amour infini du médecin céleste, pour le salut de mon àme.

Et s'il était en mon pouvoir de me délivrer de ces peines, et que Dieu fût disposé à m'envoyer des légions d'Anges dans ce but, je préférerais me résigner à sa sainte volonté, et confier toute chose à sa Providence, eu le priant seulement de m'envoyer ses Anges pour me fortifier contre les tentations de l'ennemi et me préserver de tout péché. #

DANS LES MALADIES ET LES Al-FLTCTIONS 1 :>9

Si je meurs avant d'avoir expié mes fautes, mon âme sera condamnée au feu terrible du purgatoire. Mon Père céleste le sait ; et c'est miséricordieusement et non avec cruauté, qu'il me donne à boire un calice si amer ; qu'il me fai t passer, pour ainsi dire, par le feu des douleurs de la mort, afm que ces douleurs me servent de purgatoire et que je sorte de cette vie bien purifié pour entrer aussitôt ou promptement dans la gloire.

Je devrais désirer que mes souffrances égalassent la dette de mes péchés. Il vaut mieux, dit saint Grégoire (1), sortir de cette vie libre de toute dette, que de s'en acquitter dans la prison du purgatoire.

Si l'on monte en esprit sur le Calvaire et que Tony considère les trois crucifiés, on aperçoit, remarque saint Bernard (2), trois effets bien différents des peines de cette vie.

Les unes conduisent à la damnation, comme celles du mauvais larron, qui porte impatiemment son supplice et, de lacroix, tombe en enfer.

Les autres servent de purgatoire, comme celles du bon larron, qui souffre avec patience et entre, en mourant, dans le paradis.

Les troisièmes servent à accroître le mérite et la récompense, comme celles du Sauveur, qui, exempt de tout péché, souffre sans se plaindre et mérite ainsi la glorieuse résurrection de son corps et l'exaltation de son saintnom jusqu'à la fin des siècles.

Si je suis malade, cloué sur mon lit, comme sur

(1) Beatius est liberum exire, quam post vincula libertatem quserere. L. IV, Dial c. lviii.

(2) Serm xxxiv, in Cantic.

une croix, et en proie à de cruelles souffrances, que je ne sois pas assez fou pour me livrer à Timpalience et descendre delà croix en enfer, en changeant mes peines contre un supplice incomparablement plus grand. C'est ce que veut le tentateur, il veut m'entrainer dans l'abîme et insulte alors à ma folie.

Je ferai donc de nécessité vertu : et je souffrirai volontiers ces peinessi courtes et relativement si légères. Puisque j"ai offensé Dieu dans ma vie, j'imiterai le bon larron, j'accepterai mes souffrances, afin de me purifier de mes fautes ; et je m'efforcerai d'exciter en mon cœur une telle ferveur et un^ si grande contrition, que j'entende Jésus, mon Sauveur, me dire aussi cette consolante parole : Tu seras aujourdhui avec moi dans le paradis, parce que tu as fait un purgatoire suffisant.

Si mes souffrances sont telles qu'elles surpassentles dettes dues à mes péchés, je m'en réjouirai beaucoup, carje suis sur la croix, comme mon Sauveur, pour accroître mes mérites et ma récompense éternelle. Je puis dire avec saint Paul : Ma trihulation présente est courte et légère ; et néanmoins elle produira en moi une gloire immense et éternelle (1).

Souvenenez-vous, ô àme chrétienne, que Jésus- Christ étant Fils de Dieu et ayant une àme bienheureuse, avait le droit de posséder un corps glorieux, et qu'il eût pu monter au ciel sur un char de feu, comme Elie. Mais il voulut mériter cette gloire en passant par

(i) Id enim quod in prœsenti e?t, momentaneum et levé tribulationis nostrcT^ supra modum in sublimitate geternum glorife pondus operatur in nobis. (II Cor. iv. 1*.]

le feu de terribles tribulations : Ne fallait-il pas, ditil aux di>ciples d'Emmaiis, que le Christ souffrit et entrât ainsi dans sa gloire (1)? Si donc vous voulez entrer dans la gloire qui ne vous était pas due et qui est uniquement fondée sur la grâce, il faut vous résigner à la souffrance et à la mort.

Saint Cyprien rapporte qu'un ange, sous la figure d'un jeune homme resplendissant de lumière, adressa un jour ce reproche à un évêque malade : Vous avez peur de souffrir et vous ne voulez pas mourir ; que vou' lez-vous que je vous fasse (2) ? C'est-à-dire : Vous cherchez en vain une autre voie. Il n'est pas avantageux de vivre sans souffrir, car tous ceux qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ, doivent souffrir quelque chose pour son amour. Il vous faut souffrir et mourir ; abandonnez-vous à la Providence de votre Père céleste, et pour le moment, et pour le genre de souffrances et de mort. Ce qui viendra de sa main^ sera ce qui vous conviendra le mieux.

Enfin, dans ces douloureuses épreuves, il asi d'un-e grande sagesse de bannir du cœur toute tristesse autre que celle qui peut remédier au plus grand mal. Saint Jean Chrysostome explique ceci par quelques similitudes. Dans les souffrances corporelles, dit-il, les plus douloureuses font oublier les moindres ; ainsi de violentes douleurs d'estomac font oublier un léger mal au doigt. Semblablement, si vous êtes porté

(1) Nonne h;ec oportuit pati Christum et ita intrare in gloi-iam suam ? (Luc xïiv, 26.)

(2) Pati times et exire non vis ; quid faciam tihi ? (S. Cyprian. L. de Mortalitate et Possidonius in vita S Augustini.)

132 TRÉSOR CACHK

à VOUS alîliger pour la perte de votre santé ou de vos biens, excitez dans votre àme une profonde douleur de vos péchés. Songez aux biens infinis que vous avez perdus, aux peines éternelles que vous avez méritées. Celte douleur miligera la première dont le dommage vous paraîtra bien peu de chose.

Jésus-Christ Notre-Seigneur dit à ses amis : Ne craignez pas ceux gui peuvent tue?' le corps et après cela ne peuvent vous faire aucun mal ; mais craignez celui qui peut précipiter le corps et l'âme en enfer (\) ; parce que si celte crainte s'empare de l'esprit, elle en chasse toute autre crainte.

En outre, les remèdes doivent être appliqués aux parties malades pour lesquelles ils ont été ordonnés, e[ non à d'autres, sous peine d'être plus nuisibles qu'utiles ; ainsi un collyre destiné aux yeux ne saurait être appliqué à lestomac. De même, la tristesse n'est pas un remède propre à guérir delà maladie de la mort, de la perte des biens temporels ; au contraire, la tristesse augmente ces maux. Mais la tristesse est le remède propre et infaillible du péché et des suites du péché.

Employez-la donc à cet usage. Comme le clou chasse un autre clou, elle chassera Fafïliction causée par la maladie ou dautres causes, et vous direz avec le saint homme Job : Je suis sorti nu du sein de ma mère; j'y retourne nu ; tout s'est fait comme il a plu au Seigneur. Que son saint nomsoit béni {% !

(1) Et nolite timere eo5 qui occidunt corpus, animam auteni non possunt occidere ; sed potius timete eum qui potest et corpus et aniaiam perdere in gehennam. (Matt. x. 28.)

(2) Nudus egressus sum de utero matris mère ; et nudus re-

§ II. — Remèdes contre les tentations qui naissent de la crainte de la mort.

Ce que nous venons de dire contient lepremiermoyen de vaincre une crainte excessive de la mort.

Il consiste à conformer entièrement notre volonté à celle de Dieu et à accepter la mort parce qu'il le veut et que sa Providence a ordonné qu'elle vînt à telle époque de notre vie ; selon cette parole de l'Ecriture : // appartient à Dieu iVotre-Seigneur de sauver de la mort ou de faire mourir (1). La vie et la mort viennent de Dieu (2).

Puisque c'est à la divine Bonté que je dois la vie, elle ne me fait pas de tort en me la reprenant. Au lieu de me plaindre, je dois remercier Dieu de m'avoir conservé jusqu'à cette heure et lui rendre ce qui lui appartient, dès qu'il le demande et que c'est son bon plaisir.

Nous devons, dit saint Cyprien (3), faire la volonté de Dieu, et non la nôtre, selon qu'il nous est enjoint de le demander dans notre oraison quotidienne. Quel désordre, par conséquent, si après avoir demandé de faire toujours la volonté de Dieu, lorsqu'il nous appelle et nous ordonne de sortir de ce monde, nous n'obéissons pas aussitôt ! Si, comme des esclaves

vertar illuc. Sicut Domino plaçait, ita factum est. Sit rxonien Domini benedif tum. (Job. i, 21.)

(1) Deus noster, Deus salvos faciendi ; et Domini Domini exitus mortis. (Ps. lxvii, 21.)

(2) Bona et mala, vita et mors, paupertas et honestas, a Deo sunt. i,Eccli. XI. 14.)

^3) Libr. de Mortalitate.

nous résistons à sa volonté et nous n'avançons que par force ! Et quelle récompense prétendons-nous obtenir !

Cependant Notre-Seigneur nous a recommandé d'être semblables à ces serviteurs vigilants, qui attendent le retour de leur maître, afin de lui ouvrir sitôt qu'il viendra et frappera à la porte (1). Saint Grégoire, expliquant cette parabole, dit que le Seigneur vient à nous, lorsqu'il est sur le point de nous juger ; qu'il frappe à la porte, lorsque par la maladie il nous avertit que la mort est proche ; qu'enfin nous lui ouvrons comme de bons serviteurs, si nous le recevons aussitôt avec amour et si nous ne refusons pas de le suivre.

A la vérité, il est naturel de craindre lamort,et cette crainte n'est pas un péché. Mais il la faut modérer, à l'exemple du Sauveur, qui tout effrayé, qu'il fût à la vue de sa passion, disait à son Père : Mon Père, faites, si c'est possible, que ce calice passe sans que je le boive. Néanmoins, que votre volonté s'accomplisse et non la mienne (2).

D'ailleurs, cette volonté de Dieu est une juste sentence portée contre tous les descendants d'Adam, à cause du péché originel, par lequel, dit saint Paul, la mort est entrée dans le monde (3>. Avant encouru la

(1) Et vos similes hominibus expectantibus dominum suum, quando revertatiir a niiptiis, ut, cum venerit et pulsaverit, confestim aperiant ei. (Luc. xii, 36.)

(2) Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iste. Vermmtamen, non sicut ego volo, sed sicut tu. (Matt. xxvi, 39.)

(3) Sicut per unum hominem peccatum intravit in hune mundum, et per peccatum mors ; et ita in omneshomine^ mors pertransiit (Rom, v, 1-2.)

peine par ma naissance, je dois la subir, quand il plaira au très juste juge d'exécuter la sentence.

Si ce même juge, Jésus-Christ Notre Seigneur, qui n'était pas compris dans cette sentence universelle, a voulu mourir comme tous les hommes ; s'il a voulu que sa sainte Mère, exempte, elle aussi, de la tache originelle, se soumît à la même loi, n'est-il pas juste que je meure ?

Pour apaiser la colère de Dieu et obtenir de notre juge une sentence miséricordieuse, il importe beaucoup de nous tenir prêts à partir à son appel et de nous soumettre humblement à l'arrêt de mort porté contre nous. Lorsque nous recevons la mort avec cette humble soumission, non seulement elle est plus douce, mais elle est d'un grand mérite, parce que nous offrons à Dieu de bon cœur ce que nous avons de plus précieux, notre vie.

Si Dieu m'avait demandé cette vie en témoignage de ma foi et pour la défense de la religion chrétienne, j'aurais dû, comme les Martyrs, la lui offrir de bon cœur. Pourquoi ne la lui offrirais-je pas aujourd hui qu'il me la demande en témoignage de l'obéissance que je lui dois comme chrétien ?

Ne dois -je pas suivre en cela Fexemiple de tous les saints Confesseurs, et Notre-Seigneur n'a-t-il pas ordonné (1) à tous ceux qui veulent le suivre, de hair tellement leur vie qu'ils soient prêts à la lui offrir, sans hésiter, ni tarder un instant, quand il la leur demanderait ?

(1) Si quis venitad me et non odit... adhuc et animani suam, non potest meus esse discipulus. (Luc. xiv, 26.)

C'est dans ces saintes dispositions que saint Augustin trouva un pieux évêque, qui était près de mourir. Comme il lui disait que sa vie était encore nécessaire pour le bien de^son Eglise, l'évêque répondit : Si je 7ie devais jamais moui^ir, vous auriez raiso7i ; mais s'il faut que je meure un jour, pourquoi ne serait-ce pas maintenant [i) ?

Si donc Dieu veut que je meure de cette maladie, pourquoi ne pas me résigner et pourquoi lui demander des délais ? Il vaut mieux mourir quand Dieu le veut, que quand je le veux ; car Dieu sait mieux que moi en quel moment il importe que je meure. Si je crois que je serais mieux préparé plus tard, Dieu prévoit peut-être le contraire. Donc, comme je puis me tromper et que Dieu ne se trompe pas, il est plus sûr de conformer mon jugement au sien et d'accepter la mort au moment où il meFenvoie.

Pourquoi tant craindre la mort? dit saint Augustin (2). Qu'onlacraigne,ou non, elle viendra; elle viendra tôt ou tard ; la crainte n'y changera rien. Mais il y a un mal dont la crainte peut préserver : c'est le péché. Craindre le péché, voilà ce qui importe. Cette crainte salutaire conduit à faire une bonne mort, et alors, non seulement on ne craint plus la mort, mais on la désire, à cause des biens infinis qui la suivent.

Un des bienfaits de la mort est de mettre fin au péché. Les hommes craignent la mort, dit saint Am-

■^1) Si nunquam, jjene; si aliquando. car non modu ? (Pussidonius, in vita S. Augustini, c. xxvii.) f2) Lib. de Bono Mortis, c. iv.

broise (1), parce qu'ils la regardent comme la destruction de la nature humaine ; mais si nous nous souvenons que Dieu n est pas l'auteur de la mort (2) et qu'elle a été introduite dans le monde par le péché, nous trouverons que la mort met fin aux péchés que nous ne cessons de commettre tant que nous vivons : ce qui est un grand bienfait.

La mort des pécheurs est le terme de leurs désordres ; en abrégeant leurs jours, Dieu diminue le nombre de leurs crimes et la rigueur de leur châtiment en enfer. Ce leur est un plus grand mal de vivre pour pécher toujours, que de mourir dans le péché (3;. La mort met lin au mal du péché.

La mort des justes met fin aux fautes légères dans lesquelles ils tombent et fait cesser leur crainte d'en commettre de mortelles.

Pourquoi, dit le même saint docteur, tant aimer cette vie, où plus on demeure, plus on multiplie ses péchés ? Un péché est un si grand mal qu'on doit être prêt à tout souffrir plutôt que de le commettre.

Saint Bernard (4) dit à ce propos ces paroles mémorables : « J'ai honte de vivre, parce que je pèche tous les jours et que je ne fais nul progrès dans le service de Dieu ; et je crains de mourir, parce que je ne suis pas prêt. J'aime pourtant mieux mourir et m'abandonner à la divine Miséricorde,

(1) Lib. (le Bono Mortis, c. iv.

(2) Quoniam Deus non fecit mortem, nec lœtatur in perditione vivorum. (Sap. i, 13.)

(3, Gravius est ad peccatum vivere, quam in pcccato mori. (De Bono Mortis ; loco citato.)

(4) Lib. De interiori Domo, c. xxxv.

«og TRÉSOR CACHE

q„e de continuer à pécher et à scandaliser mon prochain par mes mauvais exemples »

Eu outre, la mort des justes met fin a tous les ^aux qu as soufTrent en ce monde : ^ux ten la^t.o s aux maladies, aux fatigues, aux calomme,, a 1 en^,e aux injures et à tous les dangers qm se rencoalient dans la voie de la perfection .

Saint Augustin, considérant tous ces maux, disait queTcom^ençanl à vivre, n-mme commençaU a Lurir -, que la vie est une mort continuelle , qu on nec se do souffrir qu'en cessant de vivre ; e que û crainte de la mort est quelquefois plus pemble que la mort même (1). > , --o Tl nssure

C-est aussi la pensée de ^^^'^\^''''''°''' -'^ZTil que pour ceux qui craignent beaucoup 1^ ™ort fest pas pénible de mourir, mais de vivre dans cette crainte qui ne cesse qu'avec la vie (1).

Reprimons donc une crainte trop vive, ^l^^ J^l^' ,a vie une mort. Désirons plutùt mourir ; car la mort pst douce à celui qui la désire.

D'ailleurs, comn.enl les justes pourraient-ils ne pa

la d rer, puisqu'ils savent le bonheur qm le.

Îlenr'saiiU Cvprien traite fort éloquemment ce

Ïet : Quelaveuglement,dit-il,et quelle folie d aime

e misères de cette vie et de ne P-, sempre-

d'arriver au séjour du bonheur éternel! Cela vient

sans dlted ui manque de foi Nous - cro,.ns pa

aux promesses de Dieu, avec la foi vive q''> J^^^

dire à saint Paul •.J..-s«s-an.f .:st ma nr.et la mo,t

(1) De Civitate Dei. ex.

(2) De Bono Morti?, c. viii.

est un gain pour moi (Ij. Cet apùtre tenait pour un grand gain de ne pas être enlacé dans les filets du monde, ni souillé par les vices et les passions de la chair ; d'être délivré des misères de cette vie et des embûches du démon, en suivant Jésus-Christ qui l'appelait à la gloire et au bonheur éternel. Que ceuxlà craignent la mort, qui, n'ayant pas été régénérés par l'eau du baptême et la grâce de l'Esprit-Saint, redoutent d'être condamnés au feu de l'enfer ; ceux qui ne croient pas à leur rédemption par la Croix et la Passion de Jésus-Christ, et passent d'une première mort à une seconde mort ; ceux pour lesquels une longue vie ne sert qu'à augmenter leur peine en multipliant leurs crimes. Ils doivent redouter l'appel et la sentence du juge suprême.

Mais nous, qu'avons-nous à craindre ? Chaque jour, nous prionsDieu de nous appeler à son royaume. Comment notre exil nous plairait il? Comment âimerions-nous mieux servir le démon que régner avec Jésus-Christ ? La mort n'est qu'un passage à l'immortalité. Il faut sortir de cette vie pour arriver à la vie éternelle Que celui auquel le monde plaît et qui y trouve ses délices, désire vivre longtemps ; mais comment un chrétien ne haïrait- il pas le monde et ne désirerail-il pas suivre Jésus-Christ, qui l'a aimé jusqu'à le racheter au prix de son sang ?

Ayant renoncé au monde, nous sommes sur la terre comme des voyageurs et des étrangers ; soupirons donc après le jour où, mis en liberté par la mort.

(1) Mihi eniin vivere Christus est j et niori, lucrum. (Phil. i, 21.)

nous entrerons en possession de notre héritage éternel. Quel est l'exilé qui ne se hâte de rentrer dans sa patrie ? Quel est le navigateur, faisant voile vers les siens, qui ne désire un vent favorable, afin d'arriver plus ttjt ? Le ciel est notre patrie: nos parents sont les saints Patriarches, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs et les saintes Vierges. Là nous attendent un grand nombre de frères, d'amis et de connaissances, qui, déjà assurés de leur bonheur, sont pleins desollicitude pour notre salut. Oh ! quelle joie, pour nous et pour eux. d'être à jamais dans leur compagnie 1 Que nous serons heureux dans ce royaume, où l'on ne craint plus de mourir, où Ton est assuré de vivre toujours !

Tout ce qui précède est, en substance, de saint Cyprien : et saint Ambroise le confirme tout au long ,1^. Saint Paul ne désirait-il pas, lui aussi, être délivré des chaînes de cette vie^ pour être dans la société de Jésus-Christ (2; ?

Après tout, il faut confesser que ces désirs si fervents sont des dons de Dieu, qui n'eu gratifie que les plus parfaits et pas même tous, car Notre-Seigneur conduit d'autres âmes par la voie de la crainte ; celles-ci ne se croient jamais en sûreté, ni jamais assez pures aux yeux du souverain juge.

Beaucoup de saints ont été saisis de crainte à l'heure de la mort ; d'autres l'attendaient en tremblant, et saint Bernard était de ce nombre. L'épouse,

(!) De Bono Mortis, c. viii.

(2i Desiderium habens dissolvi et esse cum Christo, multo magis melius. (Phil. i, 23 )

dit-il (l), n'étant séparée de son époux que par son corps, comme par un mur qui le lui cachait, désirait que ce mur fût abattu, afin qu'elle pût trouver celui qu'elle cherchait. Mais moi, qui suis un pécheur, je crains beaucoup plus que je ne souhaite de sortir de mon corps, parce que je sais que la mort défi pécheurs est très mauvaise (2) et que la mort ne détruit pas le mur du péché, qui sépare 1 ame de Dieu.

g m. — Remèdes contre les tentations qui viennent d'une trop grande crainte d'être damné.

A ceux qu'il voit pleins de joie et de confiance, et tout disposés àmourir, le démon inspire une sécurité dangereuse, un orgueil secret, une vaine présomption ; mais il en use autrement avec ceux qui sont portés à la tristesse et à une crainte peu modérée de la mort. Il s'efforce de les pousser à une tristesse excessive, à la pusillanimité, à la défiance de la divine miséricorde. Il faut suivre si bien la direction de TEsprit-Saint qu'on ne donne dans aucun de ces pièges.

Ordinairement les malades sont plus portés à la crainte qu'à la présomption ; aussi est -ce de ce côté que l'ennemi a coutume de nous attaquer.

Entre plusieurs raisons, qui peuvent servir à encourager les âmes pusillanimes et à dissiper leurs vaines frayeurs, nous en exposerons brièvement six, qui montrent clairement qu'à l'heure de la mort,

(1) Serm. lvi, in Cantir.

(2) Mors peccatoriim pessima. :Ps. xxxiii, •22.)

Notre-Seigneur est disposé à accepter notre pénitence, à nous accorder sa grâce et à nous admettre dans sa gloire.

La première est la promesse infaillible de Dieu. II a promis au pécheur de lui pardonner et de le recevoir dans sa grâce, en quelque temps qu il revienne sincèrement à lui 1) ; et comme on ne peut douter des promesses divines, il est certain que Dieu accorde son amitié à quiconque se convertit.

La seconde est que Dieu appelle tous les hommes à se convertir, spécialement à Theure de la mort. Ce sage père de famille cherche partout des ouvriers pour sa vigne '±) ; mais il les appelle à différentes heures : les uns, le matin ; d'autres, au milieu du jour ; d autres, à la dernière heure, qui est celle de la mort ; et toujours, en les appelant, il leur offre une grâce suffisante pour répondre à son appel.

La troisième est le précepte rigoureux quil nous fait de ne jamais désespérer de notre salut, de ne jamais nous défier de sa miséricorde infinie. Puisque ce serait une très grande faute de transgresser ce commandement à fheure de la mort, nous avons là une marque certaine que Dieu veut que nous espérions alors fermement le pardon de nos fautes et la gloire éternelle.

Et comme on n'espère pas ce qui est impossible, il est certain aussi que Dieu veut nous donner les grâces nécessaires.

La quatrième est que, en danger de mort, nous

(1; Ezech. XVIII, 21 et (2. Matt. XX, 1-16.

sommes obligés de confesser nos péchés, quelque nombreux et graves qu'ils soient. Or le sacrement de pénitence n'est pas moins efficace alors qu'en tout aulre temps, pour le pardon des péchés. Si quelqu'un doute de la valeur de sa contrition et du ferme propos, parce qu'il lui semble que le péché le quitte, plutôt qu'il ne quitte le péché ; qu'il s'excite à y renoncer tout de bon et à s'en corriger ; mais qu'il ne perde pas confiance en Dieu, pour avoir différé si longtemps à se convertir. Le bon larron ne s'est repenti de ses crimes que sur la croix et il en a obtenu le pardon ; et si Jésus-Christ Notre-Seigneur lui a alors appliqué le fruit de sa Passion, c'est afin qu'aucun pécheur, en danger de mort, ne désespérât d'obtenir son pardon, s'il confesse humblement ses fautes, comme le bon larron.

La cinquième, qui confirme la précédente, est que nous avons aussi le précepte de recevoir le saint viatique au moment de la mort. Or ce sacrement est le gage de la vie éternelle ; et par conséquent, voici encore une marque très certaine que Dieu veut, autant qu'il est en lui, nous départir cette vie bienheureuse.

Enfin la sixième et dernière preuve que Dieu veut nous sauver, celle qui met le sceau à tout le reste, est que Jésus Christ Notre-Seigneur a institué un sacrement spécial pour les malades ;un sacrement très efficace pour les disposer à bien mourir, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant.

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