CHAPITRE VII
Du sacrement de l'Extrême- Onction, de ses effets et des secours qu'il procure pour bien mourir.
La Providence de Jésus-Christ Notre-Seigneur a été admirable à l'égard des justes qui, à l'article de la mort, ont à combattre les diverses tentations dont on a parlé au chapitre précédent. Car, de même qu'il a institué le sacrement de Confirmation pour affermir les fidèles dans la foi et leur donner la force de triompher des persécutions et des supplices ; ainsi il a voulu instituer le sacrement de l'Extrème-Onction, pour procurer aux malades en danger de mort, une grâce spéciale qui leur permit de persévérer dans la foi et la charité et de résister aux terribles tentations provenant des douleurs de la maladie, de la perte des biens temporels et de la crainte des châtiments éternels.
Il savait qu'à ce moment le curps est affaibli, l'esprit abattu et obscurci ; que, selon l'expression de saint Augustin : La violence de la douleur attire à elle toute l'attention de l'esprit (1). C'est pourquoi
(1 lUic rapitur tota iiitentio mentis, ubi e<t vis duluris. ;Semi. xLviii, ad Fratres in Eremo.)
DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIONS 1 4o
il a voulu suppléer alors à notre faiblesse et nous fortifier au moyen des grâces et des salutaires inspirations que ce sacrement apporte aux malades.
Il ne l'a pas institué pour ceux qui se portent bien, quoiqu'ils soient près de mourir, comme sont les criminels sur le point d'être exécutés ; parce qu'ils peuvent se munir des sacrements de pénitence et d'eucharistie, et qu'ils possèdent leur plein jugement et leurs forces naturelles, pour résister victorieusement aux ennemis de leur salut.
En outre, comme nous sommes exposés à subir plusieurs graves maladies et que, comme nous le verrons, TExtrême-Onction guérit de quelques-unes, on peut recevoir ce sacrement toutes les fois qu'on est de nouveau malade et en danger de mort, parce que les tentations venant à se renouveler, on a besoin du même remède prescrit pour les combattre.
Mais on ne le reçoit qu'une fois dans la même maladie et dans le même danger : Notre -Seigneur le voulant ainsi, afin qu'on éprouve en cette occasion de quelle efficacité est la grâce du sacrement qu'on a une fois reçu.
§ I. — Effets de l'Extrême-Onction.
Tous les sacrements produisent des effets qui leur sont propres. L'Extrême-Onction en produit plusieurs excellents, signifiés par les onctions que le mini.stre fait avec les saintes Huiles sur diverses parties du corps, en priant Dieu de pardonner au malade les péchés qu'il a commis par ses sens.
L'apôtre saint Jacques indique ces effets, lorsqu'il
TRÉSOK CACHÉ. 5
parle de ce sacrement : 5/ l'un d entre vous tombe malade, dil-W, qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise et que ceux-ci prient pour lui, en l'oignant d'huile^ au nom du Seigneur. La prière faite avec foi sauvera le malade \ le Seigneur le soulagera; et s'il est encore coupable de quelques péchés, ils lui seront pardonnés (i).
Par ces paroles, suivant l'interprétation du Concile de Trente (2), l'apôtre marque deux sortes d'effets : les uns concernent le corps ; les autres, plus importants, regardent Tâme, Car, dit le saint Concile, le propre de 1 Extrême-Onction est de rendre la santé au malade, quand Dieu voit qu'elle est utile au bien de son àme, ou pour d'autres fins, qui regardent sa plus grande gloire.
C'est là le sens de cette parole : La prière faite avec foi sauvera, ou guérira le malade. Elle sauvera et sanctifiera son âme, par la grâce qu'elle y répandra ; elle sauvera aussi son corps et le délivrera du danger de mort. Il attribue ces effets à la prière accompagnée de la foi, parce que, pour être efficace, la prière doit toujours être faite avec foi et avec confiance dans la promesse de Dieu et dans sa miséricordieuse bonté.
Saint Thomas dit que c'est principalement sur la foi que repose 1 efficacité delà prière, quant à l'inter-
d) Infirmatur qiiis in vobis ? Inducat presb^ieros Ecclesifp. et orent super eum, ungentes eum oleo in nomine Domini ; et oratio fidei salvabit infirmum ; et alleviabit eum Domiuus ; et si in peccatis sit. remittentur ei. TJac. v, 14-lo.)
(2) Sess. XIV, De Extrema Unctiùne. c. ii.
prétation ;l). Noire-Seigneur l'exigeait des malades qu'il guérissait; parfois, il en guérissait pour récompenser la foi de ceux qui les lui amenaient. Il se comporte de même à l'égard de ce sacrement ; relficacité de la prière repose principalement sur la foi de 1 Eglise, au nom de laquelle le prêtre prie. Mais la foi du malade lui-même y contribue beaucoup ; et plus sa foi est grande, mieux il est disposé à recevoir ce qu'il désire.
Comme la santé n'est pas toujours un bien pour le malade, rExtrême-Onction produit un second effet,
Elle donne du courage et des forces pour souffrir, pour supporter avec patience et joie spirituelle toutes les incommodités de la maladie ; si bien que, sans être guéri, le corps sent moins son mal ; et que l'àme fait un grand profit.
C'est donc un grand tort de différer ce sacrement jusqu'au moment où le malade est à l'extrémité et ne peut plus en retirer ces deux effets. Sans doute, on doit attendre quil y ait un véritable danger de mort, parce que c'est alors que les besoins de l'âme et du corps sont plus pressants. Mais cependant le meilleur est de ne pas trop larder, parce que la grâce du sacrement fortifie le malade et l'aide beaucoup à sanctifier ses souffrances.
L'Extrême-Onction a encore deux excellents effets, qui concernent l'âme du malade.
(1) Oratio innititur principaliter fulei... quantum ad efficaciain impetrandi; quia, per fidem, habet homo notitiam omnipentke divin.e et misericordire, ex quibus oratio impetrat quod petit. 2« 2œ, 983, a. 16, ad 3)
Le premier est de ]a puritier des péchés et des restes du péché, qui n'auraient pas été effacés par la confession et la communion : selon la parole de saint Jacques : S'il est encore coupable de quelques péchés, ils luiseront pardonnes. La forme essentielle du sacrement exprime la même chose : elle est ainsi conçue : Que le Seigneur, par cette sainte Onction et par sa très pieuse miséricorde, vous pardonne toutes les fautes que vous avez commises par la vue, par l ouïe, etc. (1).
Dieu remet trois choses au malade dans ce sacrement. Premièremeat. si, depuis sa dernière confession, il est tombé en quelque pécJié mortel, et qu'il ne puisse pas le confesser, ou parce qu'il ne s'en souvient pas. ou parce qu'il ne peut parler, ou pour quelque autre cause que ce soit; pourvu qu'il n'y ait pas de sa faute, la grâce du sacrement l'effacera et il sera justifié, s'il a une grande douleur de ses péchés, ou s'il l'a eue avant de perdre connaissance, quand même cette douleur n'irait pas jusqu'à la contrition parfaite. Ceci montre combien il est important de conférer ce sacrement à tous les malades, puisque leur salut éternel peut en dépendre.
Secondement, l'Extréme-Onction a la vertu de remettre tous ]es péchés véniels, auxquels lecceur n'est pas attaché et que l'on est résolu de ne plus commettre. En effet, les paroles essentielles des sacrements opèrent tout ce qu'elles signifient pour le bien de ceux qui les reçoivent. Or, par celles de ce sacrement,
(1) Per istam sanctam Uiictionem et suam piissimam misericordlam, indulgeat tibi Dominus quidquid per visum. auditum, etc.. dehquisti. (Rit. Rom.)
on demande à Dieu de pardonner au malade toutes les fautes qu'il a commises par ses cinq sens, c'est-àdire, par les voies par lesquelles la multitude des péchés entre ordinairement dans l'àme. Toutes ces fautes sont donc remises, toutes les taches effacées, pourvu qu'il n'y ait aucun empêchement.
Ce n'est pas non plus sans desseia que Notre-Seigneuravoulu que dans ce sacrement on fasse cinq ou sept onctions et qu'à chacune on le prie de pardonner au malade. C'est peut-être afin d'exciter notre foi, au sujet de la connaissance distincte que Dieu a de tous nos péchés et de la nécessité où nous sommes de lui demander pardon de tous, non seulement en général, mais en particulier et en détail. Il veut que nous réitérions notre prière sept fois, sept fois sept fois, s'il en est besoin ; en renouvelant autant de fois l'acte de contrition pour les fautes que- nous avons commises par l'un des cinq sens, ou par le mauvais usage des pieds et des mains, ou par tous les mouvements déréglés de la chair et toutes les affections coupables ; et plus la ferveur du malade est grande, en sollicitant cette grâce, plus il reçoit celle-ci en abondance ; car la grâce du sacrement se mesure toujours à la disposition du malade.
Enfin l'Extrôme-Onction remet les peines temporelles, qui sont les restes fâcheux des péchés pardonnés (1). A la vérité, elle ne les remet pas toutes ; elle en remet plus ou moins, selon la disposition plus ou moins parfaite du malade. Cependant, il peut arri-
(Ij Delicta expiaiida et refiquias peccati ab.stergit. ,Conc. Trj sess. XIV, c. II.)
ver que ron reçoive ce sacremeut avec de si grauds sentiments de pénitence, dans une disposition si fervente, que Tàme, entièrement purifiée, aille droit au ciel, sans passer par le purgatoire.
Mais la vertu du sacrement de l'Extrême-Onction resplendit davantage encore par la vigueur spirituelle qu'il apporle a lame dans toutes ses tentations et ses peines intérieures. Ce puissant secours l'empêche de tomber dans de nouvelles fautes et l'aide à persévérer en acquérant sans cesse de nouveaux mérites, jusqu'à ce qu'elle remporte la victoire et reçoive la couronne éternelle.
Le Concile de Trente le déclare par ces consolantes paroles : « Notre très clément Rédempteur voulant pourvoir en tout temps ses fidèles serviteurs de remèdes salutaires contre toutes les tentations de leurs ennemis, non content de leur offrir dans les autres sacrements de puissants secours, pour préserver leur âme de tout grave dommage pendant leur vie, leur a donné le sacrement de l'Extrème-Onction, pour les fortifier très efficacement à Theure de la mort. Car si, durant toute la vie, notre ennemi cherche tous les moyens de ruiner nos âmes, il n'y a aucun temps où il fasse de plus grands efforts pour nous ùter notre confiance en la divine miséricorde et nous perdre que lorsque nous sommes près de mourir (1 . Or TExtrème-
(1) Clementissimus Redemptur noster Extrem* Unctionis
Sacramento finem vitie, tanquani firmissimo qiiodam pra?sidiOî muiiivit ; nam etsi adversarius noster occasiones per omnem vitam quferat et captet, ut devorare animas nostras quoquo modo possit, nullum tamen tempus est quo vehementius ille omnes suœ versutice nervos intendat ad perdendos nos penitus,
DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIONS loi
Onclion a pour but de remédier à ce danger ; elle soutient et fortifie 1 ame du malade et excite en lui une grande confiance dans la miséricorde infinie de Dieu ; de sorte qu'il souffre avec patience les douleurs de son mal, et résiste plus facilement aux tentations du démou qui s'efforce de le mordre au talon (1).
Tout ceci est du saint Concile de Trente.
Il suit de là que si on se sert de l'huile sainte dans l'administration de ce sacrement, c'est non seulement parce qu'elle est un remède salutaire au corps et à Fâme des malades, mais parce qu'elle en fait de vigoureuxlutteurs contre les tentations .'l'onction sainte fermant au démon l'entrée des cinq sens par où il s'insinue danslecœur.
Enfin cette huile sacrée, comme le dit Théodoret, est un symbole de miséricorde et d'allégresse, afin que le malade conçoive une grande confiance dans la divine miséricorde et qu'il combatte joyeusement ' avec ferme espérance de remporter la victoire.
Ce n'est pas sans raison que, dans ce sacrement, les onctions se font avec de l'huile seule et non avec de rhuileet du baume, comme pour la confirmation. Car on ne reçoit pas tant ce sacrement pour édifier le
et a fulucia etiam, si possit. ilivinre misericordke deturbandos, quam cum iinpendere nobis exitum vitte prospicit. ^Sess. xiv. De Sacram. Extrem. Unct. princip.)
(1) Unctio Spii'itus sancti deUcta, si qure sint adhuc expianda, ■ ic peccati reli((uias abstergit : et œgroti animam alleviat et confirmât, majumam in eo divine misericordiœ fiduciani excitando ; quà infirmas sublevatus, et morbi incommoda ac labores ievius fert ; et tentationibus dcemonis calcaneo insidiantis f.icilius résistif ; et sanitatem corporis interdum, ubi saluti animre expedierit. consequitur. (Sess. xiv. c ii.)
prochain par la bonne odeur d'une sainte vie, que pour purifier Tàme de toutes ses souillures et assurer son passage à la vie éternelle.
En recevant ces onctions, le malade doit confesser humblement qu'il est intirme et de corps et d'esprit, s'appliquer à lui-même les paroles qui accompagnent chacune d'elles, avouer qu'il est un pauvre pécheur, ayant abusé de ses sens. Cet humble sentiment est le plus sûr en ce moment. 11 vaut mieux mettre sa confiance dans l'infinie miséricorde de Dieu que dans les bonnes œuvres de sa vie : et il convient de dire avec Daniel : Seigneur, nous vous offrons nos prières en mettant notre confiance, non dans notre justice, mais clans cotre grande miséricorde (1).
De ces cinq effets de TExtrême-Onction il en résulte un sixième, qui est d'aider le malade à bien mourir, à persévérer dans la grâce et à sortir victorieux pour jamais du péché et de l'enfer. C'est ce que nous verrons dans le chapitre suivant.
(1) Inclina. Deus meus, aurem tuam et audi;... neque enini in justificationibus nostris prosternimus preces ante facieni tuam. sc'l in miserationibus tuis multis. (Dan. ix, 18.)