CHAPITRE YIIl
De la bonne mort ; en quoi elle consiste ; la mort des justes est précieuse devant Dieu.
C'est avec beaucoup de raison que le Prophète Royal, parlant de la mort des justes, dit qu'elle est précieuse aux yevx du Seigneur (1). En effet, les justes trouvent dans la mort des avantages d'un très grand prix.
La mort les délivre de tout péché, grave ou léger, et de tout péril d'en commettre ; de toute révolte de la chair, de la guerre des passions, des compagnies mondaines ou dangereuses, des dommages incessants que ces ennemis leur causent.
Ils triomphent des démons et de toutes leurs tentations ; et après cette dernière victoire, le démon, vaincu pour jamais et confondu, n'a plus aucun pouvoir sur eux.
Ils sont confirmés dansla grâce et la sainteté et dans toutes les vertus, sans craindre désormais ni de tomber dans la tiédeur, ni de se perdre.
Ils obtiennent le don de la persévérance finale, don
(1) Pretiosa in conspeclu Doinini mors sanrtorum ejus. Ps r\v
propre aux prédestinés et auquel est attachée la couronne éternelle.
Ils sont délivrés de Tincertitude qui avait pesé sur leur vie, relativement à leur salut ; et malgré les oppositions de tous leurs ennemis, ils entendent la sentence définitive, que leur adjuge le ciel en partage pour l'éternité.
S ils n'ont rien à expier dans le purgatoire, leur ànie va aussitôt prendre possession du royaume éternel, et commence à jouir de ce bienheureux état, où elle est exempte de tous les maux qu'on peut craindre et possède tous les biens qu'on peut désirer.
Leur corps demeure en terre ; mais c'est avec l'assurance de ressusciter un jour pour participer au bonheur et à la gloire de l'àme.
Que dire de la joie des anges et de tous les Esprits bienheureux, à la mort d'un juste ? S'ils en éprouvent une si grande, à la conversion d'un pécheur, comment pourraient-ils nepas se réjouir de le voir sauvé et glorieux pour toujours ? Ils descendent du ciel pour le recevoir et parfois ils viennent en grand nombre pour assister à sa mort, pour lui faire honneur et lui tenir compagnie.
De pluS) ^'otre-Seigneur lui-même vient au-devant de lui.
Il veut honorer ceux qui l'ont honoré pendant leur vie et introduire lui-même dans son paradis ceux qui lui ont donné si souvent l'hospilalité dans leur cœur. Car, si le Père del'enfant prodigue reçut ce fils ingrat et libertin à bras ouverts et lui ht une si magnifique réception, accompagnée d'un repas somptueux, quelacceuil ne fera-t-ilpasàun fils obéissant et fidèle ?
Il viendra pour Thonorer et accomplir en sa personne ce qu'il disait aux apôtres : Je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez aussi (i).
0 bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur [2)^ puisqu'ils meurent dans ses bras, et que, s'appuyaot sur leur Bien-Aimé, ils montent, pleins de saintes délices, au séjour du repos éternel, pour y jouir du prix de leurs travaux et de leurs souffrances !
§ I. — En quoi consistent la bonne et la mauvaise mort.
Après avoir dit : La mort des justes est précieuse, David ajoute : aux yeux du Seigneur ; parce que Dieu seul connaît bien son prix, qui est si peu connu des hommes, qu'ils ne discernent pas toujours la bonne delà mauvaise mort (3).
Saint Ambroise dit qu il y a trois sortes de mort : la mauvaise, la bonne, l'indifférente.
La mauvaise mort n'est autre chose que le péché mortel, qui ôte à Fâme la vie de la grâce, suivant ce que dit Ezéchiel : L'âme qui a péché, mourra {A).
La bonne mort est la justification, par laquelle le pécheur meurt au péché pour vivre selon Dieu. C'est d'elle que parle l'apôtre saint Paul, quand il dit : A^ous avons été ensevelis par le baptême avec
(1) Iterum veiiiu ; et accipiam vos ad meipsum ; ut ubi suni ego, et vos sitis. (Joan. xiv, 3.)
(2) Beati inortui, qui in Domino moriuntur. (Apoc. xiv, J3.)
(3) Et didici qui unus utriusque (i. e. sapientis et stultij esset interitus. (Eccl. ii, 14.)
(4; Anima qu» peccaverit, ipsa morietur. (Ezech xviii, 20.)
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Jésus-Christ pour mourir [i) d'une sainte mort. C'est aussi à elle qu'appartient la mortification, qui fait mourir les vices et donne la vie aux vertus.
La mort indifférente est la mort naturelle, qui sépare l'âme du corps : elle s'appelle bonne ou mauvaise, selon qu'elle est jointe à la bonne ou à la mauvaise mort.
Quand la mort naturelle rencontre une âme en état de péché mortel, rien n'est plus horrible, car la mort des pécheurs est détestable (2), parce qu'elle est suivie de ce que saint Jean appelle la seconde mort (3), c'est-à-dire de la mort éternelle.
Mais si la mort naturelle arrive à une âme morte au péché et justifiée par la grâce, elle est bonne et aimable, puisqu'elle est suivie de la bienheureuse vie éternelle.
Tous les hommes, dit saint Augustin 4), les bons et les méchants, désirent faire une bonne mort ; et ils en demandent la grâce Ils ont coutume de dire :Dieu me fasse la grâce d'une bonne mort ! Dieu me préserve d'une mauvaise mort I Mais, à vrai dire, les pécheurs, ajoute ce saint, aiment mieux la mort que la vie, car aimer, c'est vouloir du bien ; or, en disant qu'ils aiment une bonne mort, ils continuent à aimer une mauvaise vie ; en redoutant de mal mourir, ils ne craignent pas de mal vivre ; et c'est la cause de leur damnation. Pour prévenir un si grand mal, il faut qu'en conser-
(1) Consepulti suinus cum illo per baptismuni in inortem. ' (Rom. VI. 4.)
(2) Mors peccatorum pcssiiiia. (Ps. xxxiii. 22.)
(3) Apoc XX. 14.
(4j De disciplina christianà. c. ii.
vantla crainte de la mort, ils se corrigent de leurs désordres et commencent à bien vivre, puisque celui qui a bien vécu ^ ne peut mal mourir {i).
Les justes peuvent périr sur mer, ou de la main des voleurs, ou sous les dents des bêtes féroces ; mais il est toujours vrai que quiconque a bien vécu, ne peut mal finir. Leur mort, qui paraît affreuse aux yeux des hommes, est précieuse aux yeux de Dieu. Telle est la mort des martyrs, qui périssent dans les plus horribles tourments.
Efforçons-nous donc de bien vivre et de quelque manière que nous mourions, noire mort sera bonne, parce qu'elle sera suivie du repos et du bonheur éternels.
La mort du mauvais riche, revêtu de pourpre et de lin, parait bonne aux yeux des hommes. Mais si on en voit le terme, on juge qu elle est mauvaise, puisqu'elle le conduit en un lieu de tourments, où il brûle dans les Ûammes, sans pouvoir obtenir une goutte d'eau pour étancher sa soif.
La mort du pauvre Lazare, dont les chiens viennent lécher les plaies et qui est privé même des miettes de pain qui pourraient calmer sa faim, semble mauvaise aux yeux des hommes. Mais, à en considérer le terme. on voit qu'elle est bonne, puisque, en quittant cette vie, Tâme de ce pauvre est portée par les Anges dans le sein d'Abraham.
A quoi sert au riche un tombeau de marbre, pendant que son âme est ensevelie en enfer? Quel mal
(1) Non potest maie mori, qui bene vixit. (IbiJ.)
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font maintenant au pauvre ses plaies et ses ulcères, puisqu'il est dans le repos éternel?
C'est à vous de choisir maintenant la mort que vous voulez. Ne préférez-vous pas la mort du pauvre Lazare à celle du mauvais riche? Apprenez donc à bien vivre, si vous voulez apprendre à bien mourir (1).
Tout ce discours est du grand docteur de TEglise, saint Augustin (2) ; et il confirme cette doctrine en disant que les œuvres suivent Tàme au sortir de cette vie. Si elles ont été mauvaises, elles rendent la mort mauvaise ; car elles ne quittent pas Tâme. Tu nous as faites, disent-elles à l'âme ; nous sommes à toi, nous ne te quitterons pas, nous resterons avec toi et nous t'accompagnerons au jugement.
Si elles ont été bonnes, elles rendent la mort également bonne ; car elles accompagnent aussi Tâme, selon la voix du ciel qui dit à saint Jean : Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Maintenant V Esprit leur dit de se rep)0ser de leurs travaux, parce que leurs œuvres les suivent (3).
Ainsi lamortn'est mauvaise que pour l'homme qui, se laissant vaincre par les suggestions du démon, meurt dans cette défaite. C'est de lui que David dit : Que le pécheur le réduise sous sa puissance ; que Satan se tienne à sa droite ; et quand il sera jugé, qu il soit condamné (A).
(1) Disces ergo bene mori, si didiceris bene vivere.
(2) Serm. lviii ad Fratres ; et Libr. de Yanitate saeculi, c. i.
(3) Beati mortui, qui in Domino moriuntur ; amodo jam dicit Spiritus, ut requiescant a laboribus suis; opéra enim illorum sequuntur illos. (Apoc. xiv, 13.)
(4) Constitue euui super peccatorem et diabolus stet a dextris ejus; cum judicatur, exeat condemnatus . (Ps- cvm, 6-7.)
Mais la mort du juste est vraiment bonne et précieuse, lorsque, avec l'aide de Dieu et le secours des sacrements, il surmonte les dernières tentations du démon et obéit fidèlement jusqu'à la mort à Jésus- Christ Notre Seigneur ; car en sortant de cette vie, il reçoit la palme glorieuse du vainqueur i Ij.
Gardons-nous bien d'imiter l'impie Balaam, qui désirait mowrirrfe /a moW rfes justes (2), tout en vivant de la vie des pécheurs ; mais vivons de la vie des justes et accoutumons-nous à vaincre nos ennemis pendant la vie, afin den triompher aussi à l'heure de la mort.
Enfin, saint Bernard (3, dit que la mort des justes est précieuse aux yeux du Seigneur, ou simplement à cause du motif pour lequel ils meurent, ou à cause de leur bonne vie, ou pour l'un et l'autre tout ensemble. Chez les martyrs qui, après avoir été de grands pécheurs, ont été subitement convertis et conduits au supplice, la mort était précieuse seulement parce qu'ils mouraient en confessant la foi et en donnant leur vie par amour pour Jésus-Christ. Chez les saints Confesseurs, la mort est précieuse, parce qu'ils ont vécu saintement, en mourant au monde et au péché pour ne vivre qu'à Jésus-Christ. Mais pour ceux qui après une sainte vie ont versé leur sang pour Jésus- Christ, la mort, doublement précieuse, leur mérile une double récompense.
(1) Et palma- in manibus eorum. (Apoc vu, 9.)
(2) Moriatur anima mea morte justorum et fiant nuvissmm horum similia. (Xum. xxiii, 10 )
(3) Serm xxiv parvorum.
Si nous ne sommes pas dignes de la palme des martyrs, lâchons au moins de vivre assez saintement pour
mériter celles des confesseurs.
§ II. — De trois sortes de mort qu'une vie sainte rend précieuses devant Dieu.
Bien que la mort de tout ami de Dieu soit précieuse à ses yeux, on peut néanmoins distinguer comme trois degrés dans le prix de la mort des justes.
En effet, la mort du juste est d'autant plus précieuse que la vie a été plus parfaite ; et on peut partager les justes entrois classes, que saint Bernard (1^, détermine dans un sermon, où il dépeint le juste : 1° comme un voyageur. ^'^ comme un mort, 3' comme un crucifié.
Le voyageur est le juste très fervent^ qui vit dans le monde et a des charges, des emplois, des biens temporels: mais dont le cœur, détaché de toutes ces choses, garde fidèlement la règle que saint Paul donnait aux Corinthiens: Songez, mes frères, que le temps est court. Par suite., que ceux qui sont mariés, vivent comme s'ils ne Vêlaient pas ; ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas : ceux qui se réjouissent, comme s'ils ne se réjouissaient pas; ceux qui achètent, comme s' ils nepossédaient pas ; ceux qui usent de ce monde , comme s'ils n^en usaient pas ; parce quela figure de ce monde passe (2). C'est-à-dire, puisque la vie est courte et que toutes les choses de ce monde, agréables ou dés-
(1) Serin vu in Quadrag.
(2) Hoc itaque dico. fratres : tempus brève est ; reliquum est ut et qui habent uxores. tanquain non habentes sint ; et qui
DANS LES MALAniKS ET LES AFFLICnONS 101
agréables, passentcomme une ombre, vivez sur la terre sans y être attaclié, et dès lors, vous serez bien préparés <i mourir ; votre mort sera précieuse devant Dieu.
Ceux qui vivent dans cet heureux détachement, sont, selon l'expression de David, des étrangers et des pèlerins (1), qui passent vite au milieu des choses de cette vie, pour arriver plus tôt à la vie éternelle. Saint Pierre disait aux premiers chrétiens : Je vous conjure^ mes bien chers frères^ de vous comporter comme des étrangers et des voyageurs et de vous abstenir des désirs charnets, qui combattent contre l'esprit [T).
Vivre en étranger et en voyageur sur la terre, c'est, dit saint Bernard, suivre le chemin royal des commandements de Dieu, sans se détourner ni à droite, ni à gauche ; ne s'occuper que de ses affaires ; mépriser les vanités et les divertissements du monde; résister au désir de la chair, se ceindre les reins, écarter tout ce qui est superflu, se contenter du vêtement, de la nourriture et du viatique nécessaires, mettre tout son soin à terminer ce pèlerinage par une glorieuse mort.
Si je considère cette terre comme un exil ou comme une hôtellerie, il me coûtera beaucoup moins de la quitter; et même, selon saint Cyprien (8 , je m'en
lient, tanquain non llentes ; et qui gaiident. tanqiiam mm gandentes; et qui emunt, tanquam non possidentes ; et qui utuntur hoc mundo, tanf[uam non utantur ; prétérit enini figura hujus mundi. (I Cor. vu, 29-31.)
(1) Ne silea^î. quoniam advena ego sum apud te et peregrinus, sicut omnes patres mei. (Ps. xxxviii, 13.)
(2) Charissimi, obsecro vos. tanquam advenas et peregrinos. ahstinere vos a carnalibus desideriis (|u;e militant adversiis animam. (I Petr. ii. 11 .)
(3) Libr. de Mortalitate.
réjouirai par l'espoir darriver à ma céleste pairie. Bien que je ne sois ici-bas qu'un pèlerin, je suis le concitoyen des saints et j'appartiens à la maison de Dieu (1 ; et je chemine avec un pressant et constant désir de voir les bienheureux habitants du ciel. L'apôtre saint Paul disait : Tant que nous sommes dans ce corps mortel, nous sommes éloignés du Seigneur^ parce que nous allons à lui par la foi, et non avec une vue distincte. Mais nous ne craignons pas de quitter ce corps; nous le désirons au contraire, afin de jouir de la vue de Dieu ; et que nous soyons absents ou présents, nous nous efforçons de lui plaire (2 . Que je vive donc du désir de plaire à Dieu seul, durant toute ma vie, jusqu'à la mort ! et celle-ci sera précieuse, parce que j'échangerai la foi contre la claire vision de Dieu.
11 y a des justes qui vont plus loin; à savoir les fervents religieux, qui ont renoncé à tout, pour suivre dans un parfait dépouillement leur Maître Jésus expirant sur la croix. Ils vivent en ce monde, non seulement comme des voyageurs, mais comme des morts. Les voyageurs, dit saint Bernard, s'affectionnent trop parfois à ce qu'ils rencontrent sur la route ou au bon traitement qu'ils reçoivent ; et il leur coule de poursuivre leur marche. Mais ceux qui sont morts au monde, sont libres de tout empêchement.
(1' Ergo jam non estis hospites et adven.T ; sed estis cives sanctorum et domestici Dei. (Ephes. ii, 19. )
(2) Dum sumus in corpore, peregrinamur a Domino ; per fidem enim ambulamus et non per spéculum. Audemus autem ; et bonam voluntatem habemus magis peregrinari a corpore et praesentes esse ad Dominum ; et ideo contendimus, sive absentes sive prœsentes, placere illi (II Cor. v, 6-8.)
Saint Paul écrivait aux Colossiens : ]'ous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ (1).
Ces paroles se vérifient admirablement dans un religieux^ qui, pendant sa vie, a renoncé atout ce que la mort doit lui enlever. Avant de mourir, il est mort au monde, en renonçant au mariage, au domaine de ses biens, à sa liberté. Il consent à n'user de quoi que ce soit, si ce n'est selon la volonté de Dieu et de ses supérieurs. Et cela afin de vivre à Jésus-Christ. Cette mort lui procure, en effet, une meilleure vie; une vie cachée en Dieu, dans la société de Jésus-Christ son modèle, avec lequel il s'entretient familièrement durant cette vie, en souhaitant ardemment de le voir face à face dans le ciel.
La vie religieuse est donc une préparation continuelle à une mort précieuse aux yeux de Dieu, et le Seigneur cache ceux qui l'embrassent, dans le secret de son visage ; ce qui trouble les autres hommes ne saurait les atteindre (2).
Toutefois, poursuit saint Bernard, il y a des justes qui s'élèvent à un plus haut degré de perfecti<jn ; ce sont ceux qui non seulement sont morts au monde, mais qui sont crucifiés. Ce genre de mort qui est à la fois douloureux et infamant aux yeux du monde, leur vient d'une main étrangère; comme pour Jésus-Christ iSotre-Seigneur.
Ces justes non seulement embrassent une vie sainte ;
(1) Mortui e^^tis, et vita vestra abscondita est cuin Cliristo in Deo. (Coloss. III, 3.)
(2) Abscondes eos (timentes te) in abscondito faciei tuœ, a conturbatione hominum. (Ps. xxx, 21.)
mais ils soutirent des persécutions pour la justice, pour leur sainteté même. Ils ne se ceignent pas euxmêmes ; mais, comme Nôtre-Seigneur le prédit à saint Pierre Ij, d' autres hs rplgnent , les lient et les étendent sur une croix très dure. Ils acceptent volontiers ces persécutions ; ils disent comme saint Paul : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Jésus-Christ Xotre-Seigneur^ -par qui le monde m'est crucifié et je suis crucifié au monde (2 ; c'est-à-dire, à cause duquel j'abhorre et je méprise le monde, comme le monde m'abhorre et me méprise et me traite en crucifié.
David exprime les sentiments de ces crucifiés, lorsqu'il dit : C'est pour l'amour de vous. Seigneur^ que nous sommes tous les jours livrés ci la mort et regardés comme des brebis destinées à la boucherie (3). Ayant sans cesse la mort devant les yeux, ils emploient leur vie à s'y préparer ; et leur vie étant crucifiée, leur mort est très précieuse; de la croix ils montent droit au ciel.
Si les persécutions des hommes me manquent, je m'en consolerai en pensant que le même royaume des Cieux est promis aux pauvres d'esprit et à ceux qui souffrent persécution pour la justice. La mortification volontaire, pratiquée selon l'esprit de l'Evangile,
(1) Cum autem senueris, extendes manus tuas, et alius le <:inget et ducet quo tu non vis. (Joan. xxi, 18.)
•2) Mitii autem absit gloriari nisi in cruce Domini nostri .lesii Christi. per quem niihi niundus crucifîxus est et ego mundo. (Gai. VI, 14.}
(6) Quoniam propter te mortificamur totà die ; <estimati sumus sicut oves occisionis. Ps. xi.iii. 2.3. i
m'obtiendra ce royaume, car celui qui a le courage de se persécuter lui-même, aurait aussi celui de souffrir les persécutions dautrui.
Voilà les trois sortes de mort les plus précieuses devant Dieu.
Si je désire que ma mort soit Tune d'elles, je dois m'y disposer par une vie sainte et par la mort spirituelle qui en est la conséquence. La parole de l'Apocalypse : Bienheureux les morts qui meurent dans le Sei ■ gnew\ convient aussi à la mort spirituelle, à ceux qui se regardent comme morts au monde et suivent Jésus crucifié. Ceux-là, libres des passions qui tourmentent les mondains, mènent une vie heureuse et paisible ; et après avoir amassé des trésors de mérites parleurs bonnes œuvres, ils atteignent le repos éternel.