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CHAPITRE IX

De trois manières de se préparer à une mort précieuse devant Dieu.

De ce qui a été dit au chapitre précédent, il résulte clairement que c'est pécher contre les règles de la prudence que d'attendre qu'on soit gra\ement malade pour se préparer à la mort.

Dans cette extrémité, en effet, il est très difficile de s'y préparer convenablement. Le cceur du pécheur, dit saint Augustin 1 , est alors peu capable de componction; son corps e>t accablé de souffrances; son esprit est affligé, parce que la mort approche. Il voit ses enfants pleurer de tristesse ; il entend sa femme jeter des cris. Cependant le monde le rassure ; le démon lui dit qu'il na pas besoin de faire pénitence; la chair lui promet qu'il n'en mourra pas ; les médecins le laissent dans l'illusion, les parents, les prêtres euxmêmes lui cachent le danger. Il est d'ailleurs si occupé de ce qui regarde la santé du corps, qu'il n'a pas le temps de penser sérieusement au salut de son àme. Son principal soin est de ne pas mourir, plutùt que de bien mourir.

(1) Serin, xlviii. ad Fratres in Ereino.

Cependant rien n'est plus nécessaire qu'une bonne mort. Il est donc sage de s'y préparer longtemps d'avance, en n'épargnant ni soin, ni peine. On peut distinguer trois préparations à la mort, ou dire que cette préparation se fait en trois temps.

La première préparation dure tout le temps de la vie ; c'est une préparation générale. La seconde, plus particulière, se fait en un certain temps, chaque année. La troisième, tout à fait spéciale, concerne le temps de la dernière maladie.

La première consiste à vivre toujours comme si la mort était proche et que chaque jour dût être le dernier. La seconde peut se pratiquer à la fin de chaque année ; on y emploie huit jours, pendant lesquels on s'efforce de vivre comme si ces huit jours étaient les derniers. La troisième est pour le temps de la maladie ; on fait alors tout ce qu'un fervent et parfait chrétien doit faire pour bien mourir

Cette dernière préparation est sans doute la plus nécessaire. Mais comme on ne sait pas si on aura le temps de la faire et qu'on peut mourir subitement, il faut bien pratiquer la première et s'accoutumer sans larder à la seconde, de peur d'être surpris cpmme les vierges folles. Ces vierges négligèrent de préparer leur lampe, et lorsque l'Epoux survint tout à coup, elles furent exclues des noces, où les vierges sages furent admises.

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^ 1. — Première préparation à la mort, qui est celle de toute la vie.

Elle consiste en trois choses que Jésus-Christ Xotre- Seigneur nous recommande de faire, afin que nous ne soyons pas surpris.

La première est d'avoir toujours les reins ceints (1), c'est-à-dire, de mener une vie étroite et austère ; de mortifier continuellement nos vices et nos passions, nos pensées et nos désirs déréglés ; et d'accepter toutes les croix qu'il plaira à Dieu de nous envoyer. Ainsi comprise, la vie du juste est une imitation de la mort, selon l'expression de saint Ambroise(2j. Elle en est, en effet, une parfaite image dans les trois ordres de justes, dont on a parlé au chapitre précédent : car ces justes vivent comme s'ils étaient morts et sont toujours prêts à mourir.

En second lieu, comme il ne suffit pas de mortifier en nous ce qui est mauvais, Xotre-Seigneur ajoute : Ayez des lampes allumées dans vos mains (3). Il veut que nous pratiquions des œuvres saintes dans lesquelles resplendissent et la lumière de notre foi et les ardeurs de notre amour pour Dieu et pour le prochain. Nous devons y employer les deux mains, la droite et la gauche ; c'est-à-dire pratiquer ces œuvres en tout temps, dans l'adversité comme dans la prospérité. Enfin nous devons y employer nos propres mains, non celles des autres ; ainsi nous devons exécuter nous-

(1) Sint luinbi vestri pneciiicli. .Luc. xii. S'i.)

(2; Libr. de Bono Morli<. c. m.

(3; Et lucernce ardentes in manibus vestris. (,Luc, xii, 3o

mêmes, et non par les mains de nos héritiers, les œuvres de justice et de miséricorde que Dieu nous demande.

La troisième recommandation de notre divin Maître est de veiller sans cesse en attendant sa venue, parce que nous ignorons s'il viendra à la première veille de la nuit ou à la seconde, à la troisième ou à la ^im- /nème(l):c'est-à-dirependantrentance ou la jeunesse, Tâge mûr ou la vieillesse. A tout âge, faisons donc ce que nous voudrions avoir fait, si la mort devait nous cueillir à cet âge.

Si les grands de la terre font élever, pendant leur vie, des chapelles sépulcrales, des tombeaux somptueux, pour recevoir leur corps, ne dois-jepas me construire maintenant un palais dansle ciel, afin qu'en sortant de ce monde, mon àme y trouve sa demeure pour Téternité ?

On aime à mourir, dans sa maison, dans son lit, entouré de ses amis ; faisons aussi de notre cœur une demeure, où nous puissions mourir entourés de véritables amis, qui seront nos bonnes oeuvres. Job disait: Je mourrai paisiblement dans mon nid, et je vivrai aussi longtemps que le palmier (i).Il voulait dire: Au miUeu de mes prospérités, je ne perdais pas le souvenir de la mort ; je travaillais à me préparer une demeure, à me faire un nid, où je puisse mourir en paix et d'où je m'élancerais victorieux vers le ciel.

(1; Vigilate ergo, quia ncscitis quà horà Dominus vestcr venturus sit. (Matt; xxiv, i-2 ; Luc. xii, 30-40.)

(2) Dicebainque : In nidulo meo moriar ; et sicut palma multiplicabo (lies. ;Job. xxix, 18.)

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aprè> avoir multiplié mes bonnes œuvres, en même temps que mes jours, et avoir acquis ainsi une magnifique récompense pour Téternité.

Une autre version fait dire à Job : Je vivrai aussi longtemps que le Phénix. Cet oiseau, disaient saint Cyrille 1 et plusieurs autres auteurs, est le symbole de la résurrection, et aussi de la manière de parvenir à faire une sainte mort.

On dit, en effet. qu'il vit un grand nombre d'années, €t que, quand il est près de mourir, il amasse beaucoup de bois odoriférants, pour s'en faire un nid, ou pour mieux dire, un bûcher. Il se met alors sur ce bûcher, et regardant fixement le soleil en plein midi, il allume, à force de battre des ailes, un feu dont il €st consumé ; de ses cendres il sort un ver qui se change en un nouveau phénix.

Ce nouveau phénix représente le corps sortant de la poussière du sépulcre plein de gloire et de beauté. Mais notre glorieuse renaissance doit être précédée d'une sainte mort ; et le phénix nous indique ce que nous avons à faire pour bien mourir.

Nous devons nous exercer dans la vie active et dans la vie contemplative.

Dans la vie active, en construisant le nid de notre conscience ; et pour cela, en multipliant les œuvres saintes et édifiantes, les o?uvres d'une odeur agréable à Notre-Seigneur, en observant les préceptes et, s'il se peut, les conseils ; enfin, en nous hâtant dans ce

(1) Catech. xviii. — Cf. TertuUian. de Fide resurrect. ; Lactant., etc.

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Iravail à mesure que nous avançons dans la vie, afin de mourir dans une parfaite paix.

Dans la vie contemplative, en nous accoutumant à regarder en face le divin soleil de justice, en nous tenant sans cesse en sa présence comme David, sans le perdre devue.A^^si queles yeuxdes serviteurs^dismi ce saint i>rophèie, sont fixés sur les mains de leurs maîtres, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur notre Dieu jusqu'n ceqirilait pitié de nous (1), en nous délivrant pour toujours de nos misères.

Ce regard ne doit pas être superficiel, mais prolongé,soutenu, pénétrant; il faut l'accompagner de méditations sur les mystères divins, faites avec toute l'attention et la ferveur de l'âme ; et allumer dans le cœur, par de saintes afïections et d'ardents désirs, le grand feu de l'amour divin. Alors, comme le phénix est réduit en cendre, nous sommes consumés dans le brasier des saints désirs ; nous ne vivons plus que pour servir Dieu, lui obéir et donner notre vie pour lui plaire ; c'est un parfait holocauste, qui nous anéantit entièrement.

De ces cendres il naît aussi un ver, c'est-à-dire un cœur vraiment humilié, UQ cœur qui, fondé dans la connaissancede son néant et de ses misères, se renonce entièrement en confiant à Dieu son honneur, ses satisfactions, sa santé et sa vie. Cette profonde humilité engendre dans l'âme un vif désir d'imiter, en tout et

(1) Ecce sii.'ul oculi servonmi in maniluis doiiiinoriim suorum ; sicut oculi ancillie in manibus dominte suae ; ita oculi nostri ad Dominum Deuni nostruni, donec misereatur nostri. (Ps. cxxn> 2.)

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pour tout, Xotre-Seigneur, qui dit de lui-même : Je suis un ver de terre et non pas un homme, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple fl) ; et auquel ou peut aussi appliquer ce que TEcriture dit d'un grand capitaine : Bien qu'il soit wi des trois les plus renommés et un prince très sage, il ressemble à un de ces tout petits vermisseaux qui se trouvent dans le bois(i). Notre-Seigneur est en effet l'une des trois personnes divines et un prince infiniment sage ; et néanmoins, il s'est humilié jusqu'à revêtir la nature humaine et à mourir sur le bois de la croix ; en olïrant là un parfait holocauste de lui-même, de son honneur et de sa vie, et y étant traité comme un vil vermisseau.

A son exemple, nous devons embrasser les mépris, nous réjouir d'être foulés aux pieds, reconnaître le peu que nous sommes, le peu que nous valons; avouer que, semblables à des vers de terre, nousne pouvons avancer vers le ciel qu'en rampant et nous traînant dans la poussière, toujours exposés au danger de perdre notre àme. Si nous nous humilions ainsi, nous serons bien préparés à la mort, parce que nous serons déjà morts au péché, au monde, à 1 amour-propre et à nous-mêmes ; et notre àme quittera ce monde toute renouvelée, pour vivre éternellement dans la gloire avec Jésus-Christ.

Saint Jérôme (3i, expliquant la pensée de Job, dit que le nid dont il parlait et où il voulait mourir, était

(1 Ego autem sum vermis et non homo. opiîrobriiim hominum et abjectio plebis. ,Ps xxi, 7.)

(2) Sedens in cathedra sapientissimus princeps inter très, ipse est quasi tener ligni vermiculus. [Il Reg. xxiii, 8.)

(3 In Jub, XXIX.

son corps DU encore riiomine charnel où il mourait effectivement aux vices du monde et à toutes ses convoitises, pour ressusciter unjour et vivre éternellement.

§ II. —Seconde préparation à la mort, qui est la préparation annuelle.

On la fait chique année. On y emploie huit ou quinze jours, pendant lesquels on fait les trois choses qui contribuent davantage à la parfaite mort spirituelle. Celle-ci est nécessaire au renouvellement intérieur ; car, comme la mort du corps doit précéder sa résurrection, ainsi une bienheureuse mort spirituelle à nous-mêmes doit précéder un renouvellement à une vie parfaite.

La première chose est une confession générale de toute l'année, faite comme si Ton était à sa dernière heure. Le serpent, avons-nous dit plus haut, se dépouille chaque année de sa vieille peau. Il est bon d'imiter sa prudence, en se dépouillant chaque année de tout ce qui est du vieil homme, afin qu'il ne reste rien pour le feu du purgatoire.

Il faut examiner soigneusement en quoi nous nous sommes relâchés. Ordinairement, dit saint Grégoire, nous ne passons pas beaucoup de temps sans vieillir au point de vue spirituel, c'est-à-dire, sans perdre nos forces et notre première ferveur. C'est l'effet de la faiblesse de notre nature, qui a besoin d'une grâce abondante pour se soutenir. Le remède consiste à rallumer le feu de l'amour divin pour consumer tou t ce qui se trouve de vicieux dans le cœur et le renouveler.

Pour cela, il est à propos de faire quelques méditations ou sur les fins dernières de riiomme, ou sur les mystères de la vie et delà passion du Sauveur, ou sur les bienfaits de Dieu, ou sur les perfections divines.

Si la sagesse éternelle, comme nous le lisons au livre de Job, enseigne à tépervier à renouveler son plumage chaque année^ en étendant ses ailes vers le midi (1), afin que la chaleur de l'air dilatant les pores fasse tomber les vieilles plumes et en fasse naître de nouvelles ; ne devons-nous pas, dit saint Grégoire (2), recourir aux exercices de loraison et delà méditation pour y recevoir le soutîle bienfaisant de lEsprit-Saint, et développer en nous par de saintes affections une si tendre et ardente dévotion, qu'entièrement purifiés du vieil homme, nous soyons revêtus de nouveau ?

En dernier lieu, nous ferons une communion aussi fervente que si elle était la dernière et dût nous servir de viatique pour passer delà terre au ciel. Ainsi rajeunis comme l'aigle, nous serons pleins de vigueur et de courage pour résister à nos ennemis et imiter plus parfaitement que jamais Jésus-Christ notre modèle.

C'est dans Timitation de Jésus-Christ que consiste le parfait renouvellement intérieur et la meilleure préparation à la mort.

Alors, à rheure de la mort, nous trouverons notre

(1) Numquid per sapientiam tuam plumescit accipiter, expeiidens alas suas ad aiistruin ? (Job. xxxix, 26.; (•2i LiLr. XXXI Moral, c. xviii.

nid exempt de toute souillure, orné et odoriférant ; et nous en serons tout réconfortés, tout prêts à faire avec une grande ferveur les exercices nécessaires à une mort tout à fait sainte et heureuse.

L'ancienne loi fait mention de deux circonstances où Dieu ordonna une circoncision générale de tout le peuple : la première, lorsque Abraham étant sorti de son pays et de la maison de son père, Dieu lui dit : MarcJieen ma présence et sois parfait {{) ; la seconde, lorsque Josué étant sur le point d'introduire dans la terre promise le peuple d'Israël, qui avait voyagé quarante ans dans le désert, Dieu lui dit : Je vous ai été aujourd'hui Vopprobre que vous aviez apporté d'Egypte^ et vous êtes maintenant dignes d'entrer dans la terre que je vous ai promise.

Dans la nouvelle loi, Jésus-Christ Notre-Seigneur nous recommande aussi deux circoncisions, non charnelles, mais spirituelles, par lesquelles nous ôtiohs de Tesprit et du cœur tous les péchés et les vices, toutes les passions et les affections désordonnées.

La première a lieu au commencement d'une fervente conversion, quand Dieu nous appelle et nous fait sortir du monde et de la maison paternelle, afin que nous marchions devant lui et que nous soyons parfaits. Elle doit se continuer toute la vie, mais il est bon d'y consacrer un temps spécial chaque année. Tous les ans, on taille les arbres elles vignes ; on en retranche le bois et les branches inutiles, afin que Tannée suivante ils rapportent des fruits en abon-

(1) Ambula corain me et esto perfectus. (Gen. xvii, 1.)

(2) Ilodie abstuli opprobrium ^gypti a vobis. (Jos. v, 9.)

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dance. De même, quelque ferliles que nous soyons déjà en bonnes œuvres, nous avons besoin d'élaguer, de retrancher, chaque année, ce qui nous empêche d"en produire davantage.

Et nous devons pratiquer cette cironcision avec tant de soinetdeperfection que Notre-Seigneur puisse nous dire: Je t'ai ôté aujourd'hui ce qui faisait ta honte, les restes de tes péchés, les rejetons du vieil homme ; et je t'ai fait un sujet de gloire de ce qui est un sujet d'opprobre aux yeux des hommes ; car plus tu seras circoncis et mortifié pour l'amour de moi, plus tu seras agréable à mes yeux et digne de la gloire éternelle.

Mais, outre cette circoncision qui doit durer toute la vie, Notre-Seigneur nous en demande une seconde àla fmdenotrepèlerinage dansle désert de ce monde, au moment où nous allons entrer dans la vraie terre promise. Alors nous devons achever de nous circoncire, en nous purifiant de tout ce qui peut être un obstacle à notre entrée dans cette bienheureuse terre où le lait et le miel coulent en abondance.

C'est l'objet de la troisième préparation à la mort.

§ 111. — Troisième préparation à la mort, qui est celle de la dernière maladie.

Cette dernière préparation consiste donc en une circoncision spirituelle générale que Notre-Seigneur commence à opérer en envoyant la dernière maladie. Cette maladie est le couteau en pierre dure, dont il se sert pour arracher du cœur les affections désordonnées envers les personnes ou les choses.

DANS LES MALADIES ET LES AFP'LICTIO.VS ITT

Le malade voit qu'il lui faudra bientôt se séparer de tout, et il s'en détache volontiers pour assurer son salut. Il aime mieux aller au ciel avec un seul œil, un seul pied, une seule main, que d'être précipité avec les deux en enfer.

Il commencera par faire son testament, disposant toute chose selon les règles de la prudence, de la justice et de la charité, se préoccupant plus des intérêts spirituels que des temporels, des préceptes que des conseils, des personnes de la famille ou de la maison que desétrangers ; mettant chaque chose à sa place et à son rang avec beaucoup d'ordre, de manière qu'il n'y ait aucune confusion, aucune semence de discorde et de procès pour les héritiers.

Mais on est alors peu capable de bi-en faire et il eut été sage d"y penser pendant que l'on se portait bien, afm de réserver les heures de la maladie pour les intérêts de son âme.

Voici, à ce sujet, deux règles très importantes à observer.

La première est de ne jamais remettre au temps de la maladie ce que l'on peut faire quand on est en santé.

Car si, lorsque je me porte bien, je n'ai pas le courage de vaincre ma paresse et d'interrompre mes occupations, pour vaquer à la seule chose nécessaire, qui est le salut de mon âme, comment aurai-je ce courage quand mes forces seront affaiblies par la maladie et que tout mon esprit sera occupé au soulagement du corps ? Ezéchias était un roi très saint ; néanmoins, quand Isaïe lui dit de faire son

testament, parce qu'il allait mourir (1), il en fut si consterné qu'il tourna le dos au prophète ; et sans penser à faire ce testament, il se mit à pleurer en demandant à Dieu de lui rendre la santé ; et il ne cessa de gémir qu'il n'eût été exaucé.

La seconde règle est de ne pas laisser à d'autres le soin de faire après sa mort ce que Ton peut faire soimême pendant sa vie. Car, si je suis négligent dans mes propres affaires, comment puis-je espérer que d'autres, auxquels ces affaires sont étrangères, en prendront soin ? Peut-être Dieu permettra-t-il que mes amis oublient d'accomplir mes volontés ; et cela par un juste châtiment, parce que, pouvant moi-même acquitter mes obligations, je les ai négligées. Je ferai mieux d'imiter le saint vieillard Tobie, qui, se sentant proche de la mort, régla toutes ses affaires avec son fils et voulut en voir une partie exécutée avant sa mort.

Ce qui concerne le testament étant achevé, il ne faut plus penser qu'au ciel et à une circoncision générale de tout ce qui peut ou empêcher l'àme d'y [entrer, ou la retarder.

Ou se disposera d'abord à recevoir les sacrements des malades par une confession générale, ou au moins par une confession de ses fautes depuis sa dernière bonne confession. Puis on demandera, sans tarder, à recevoir le saint Viatique, et l'Extrême-Onction, qui est instituée pour circoncire et emporter tous les restes des péchés commis par les sens.

Pour mieux profiter de ces sacrements, on multi-

(1) Di^pon- «loinui tiife, quia inorieris tu et non vives. (Isa.

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