‹ Du tubercule du testicule et de l'orchite tuberculeuseChapitre 11 sur 34 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Début subit et sans cause appréciable dans le'cours d'une excellente santé. — Douleur vive. — Tuméfaction rapide. — Fluctuation vers la fin du deuxième mois . — Castration. — Le testicule est criblé de granulations grises. (Observation communiquée par MM. Peyrot et Dolbeau.)

X. âgé de trente ans, a toujours joui jusqu’au commencement de l’année 1874 d’une excellente santé. Il a l’extérieur d’un homme très-vigoureux, peut-être un peu lymphatique, et possède un embonpoint assez développé. Il est marié et père depuis peu. Il vit dans les meilleures conditions hygiéniques. Il n’y a pas de tuberculeux dans sa famille.

Nous ne trouvons comme antécédents du côté des voies génitourinaires que quelques blennorrhagies guéries depuis plusieurs années et qui jamais ne s’accompagnent d’orchite. Pas de syphilis.

Le début de sa maladie semble pouvoir être fixé avec précision. Il affirme que jamais il n’avait éprouvé aucune douleur dans les testicules avant le 3 janvier 1874. Jamais non plus, avant cette date, il n’avait senti au toucher quelque chose d’anormal de ce côté. Gomme il est intelligent et instruit, on peut ajouter une certaine importance à ces renseignements.

Dans la nuit du 3 janvier 1874, il eut, à ce qu’il raconte, une indigestion. Il dut se lever plusieurs fois pour aller à la garderobe. Ce malaise ne dura pas longtemps. Le matin, à son réveil, il ressentit quelques douleurs dans le testicule droit qui lui parut i un peu augmenté de volume. Il put se lever néanmoins et vaquer à ses occupations habituelles ; mais, dans le courant de la journée, son mal allait toujours empirant, et il dut se coucher de bonne heure. Le lendemain matin, le docteur G. . . son voisin et son ami, trouva le testicule droit plus que doublé de volume et très-douloureux à la pression. Il constate des maux de reins, quelques envies de vomir. Il diagnostique une orchite aiguë , prescris

des sangsues, des cataplasmes, des bains et le repos au lit. La cause de l’orchite paraissait bien obscure. Il n’existait pas trace d’un écoulement quelconque. Le malade et le médecin pensaient que le testicule avait pu recevoir quelque coup, subir quelque froissement, notamment dans la nuit du 3 au 4 janvier et qu’il s’agissait là d’une espèce d’orchite traumatique. Mais il faut dire que le traumatisme, s’il avait existé, avait dû être bien léger; le malade ne se rappelait pas avoir reçu le moindre coup.

Bien que continués avec persévérance, les antiphlogistiques n’amenèrent pas la résolution de cette orchite. La douleur qui existait primitivement se calma, mais le testicule, au lieu de diminuer de volume, acquit peu à peu des dimensions plus consi* dérables. Au bout de 3 semaines, le malade fort inquiet vint consulter M. Peyrot. Son testicule avait alors le volume d’un gros œuf de dinde. On pouvait y distinguer, non sans quelque peine, la glande et l’épididyme pris tous les deux. Ces deux parties constituaient dans leur ensemble une masse de consistance assez ferme et assez homogène. Il n’y avait pas trace d’épanchement dans la tunique vaginale à ce moment ; nous ne pouvons dire s’il y en avait eu antérieurement. Les antécédents étaient si nets et si favorables à l’idée d’une orchite que l’on pratiqua encore la compression avec des bandelettes de Yigo imbriquées. Mais ce nouveau traitement n’amène aucune diminution. Il n’existe pas d’ailleurs de douleurs notables. L’état général est très-bon.

Dans les premiers jours de février, le malade est présenté au professeur Dolbeau. A ce moment la tumeur atteignait presque le volume du poing. Elle avait une forme ovale assez régulière et présentait une demi-dureté uniforme. En avant et en bas, elle était un peu moins consistante que dans ses autres parties. La surface était lisse ; la peau du scrotum distendue par la tumeur, un peu rouge, jouait partout librement sur elle, sauf à la partie supérieure,où elle semblait un peu adhérente aux parties profondes. Il était à peu près impossible à ce moment de distinguer l’épididyme du testicule. Le cordon, dès qu’on pouvait le séparer de la tumeur, semblait sain. Au toucher rectal, la vésicule séminale du côté droit semblait légèrement gonflée, et un peu plus dure que celle du côté gauche. La tumeur ne donnait pas lieu àla moindre douleur spontanée; elle était très-peu douloureuse àla pression.

L’aspect de cette tumeur et le développement si rapide qu’elle avait suivi, portèrent M. le professeur Dolbeau à diagnostiquer une tumeur maligne; il inclinait à penser qu’il s’agissait là d'un encéphaloïde à marche suraiguë. Il exprima l’opinion que la castration devait être prochainement pratiquée. Il prescrivit en attendant l’iodure de potassium.

Deux ou trois jours après, le malade se rendit à la consultation d’un autre professeur dont l’autorité est des plus grandes. Ce chirurgien diagnostiqua un testicule syphilitique malgré l’absence

d’antécédents, et malgré l’affirmation répétée du malade qu’il n’avait jamais eu la syphilis. Il prescrivit en conséquence l’iodure de potassium à la dose de 2 gr. par jour.

L’usage de l’iodure de potassium continué pendant plusieurs semaines ne procura aucune amélioration. La tumeur continua au contraire à se développer ; la peau de plus en plus tendue perdit de plus en plus sa mobilité sur les parties profondes. Vers la fin de février, elle adhérait à toute la partie antérieure et externe de la tumeur. Celle-ci sur quelque point semblait modifiée dans sa consistance. Toute la partie externe était moins dure que les parties inférieures et internes.

Dans les premiers jours de mars, sur plusieurs points, notamment à la partie supérieure de la tumeur, à sa partie externe, et vers son extrémité inférieure et externe, se montrèrent de petites inégalités saillantes à la surface de la tumeur qui, jusque-là, était restée parfaitement lisse. Ces saillies étaient bien régulières, nettement arrondies, semblables à des demi-sphères du volume d’un pois à peu près. A peine se furent-elles dessinées qu’elles donnèrent au toucher tous les signes d’un ramollissement trèsavancé.

En présence de ces nouveaux phénomènes, M. Dolbeau pensa qu’il n’y avait plus à temporiser, et la castration fut pratiquée le 7 mars 1874, deux mois après le début de l’affection. Désirant être renseigné tout de suite sur la nature des parties saillantes dont nous venons de parler, et aussi sur la nature de l’affection qui restait un peu obscure, M. Dolbeau pratiqua une première incision à ce niveau. Du coup, il fut démontré que ces saillies étaient constituées par de petites cavités purulentes semblables à des kystes. Renonçant immédiatement à l’opinion qu’il s’agissait là d’un encéphaloïde du testicule, le professeur Dolbeau pratiqua la castration, comme dans les cas plus simples, en conservant toute la peau du scrotum, mais celle-ci dut être détachée sur une assez grande étendue de la tumeur à laquelle elle adhérait fortement. Dans cette dissection, un certain nombre de petites cavités purulentes arrondies furent encore ouvertes. Le testicule ayant été isolé de toutes parts, une ligature en masse très-solide et très-fortement serrée fut portée sur le cordon : c’est alors qu’on enleva la tumeur.

On avait pu s’assurer, au moment même où l’opération fut pratiquée, de ce que la vésicule séminale droite et la prostate n’étaient pas très-sensiblement altérées. Elles paraissaient pourtant un peu plus volumineuses et un peu plus dures qu’à l’état normal.

Nous ne dirons rien de l’examen anatomique de la tumeur dont d’ailleurs nous donnons plus loin le dessin. Elle appartient à un des types que nous avons décrits, et nous ne reviendrons plus sur J 'épaississement du tissu conjonctif périépididymaire, sur les

foyers caséeux ramollis de l’épididyme, et sur les nodules semés dans le parenchyme du testicule proprement dit. Entourés de tissu sain, ils se trouvaient sur des lignes parfois interrompues, mais régulièrement convergentes vers le corps d’Hygmorhe. — Nous laisserons aussi de côté la description microscopique qui se confondrait avec la description générale qui se trouve dans notre travail. Ce cas est en etïet un des cinq sur lesquels s’est appuyé M. Malassez pour établir sa doctrine.

Le diagnostic anatomique de M. Malassez était : tuberculisation aigue du testicule. Il ne craignit pas d’ajouter aux renseignements qu’il donna sur la tumeur, cette opinion que le pronostic devait être considéré comme très-grave. Selon lui, le malade était destiné à succomber, dans un avenir plus ou moins rapproché, à une tuberculisation analogue siégeant dans d’autres organes.

Les suites de l’opération furent des plus simples. La ligature du cordon tomba au temps ordinaire, et la cicatrisation lut obtenue très-rapidement, sauf à la partie supérieure de l'incision, où la peau retournée sur elle-même constituait une sorte de petit puits au fond duquel la suppuration continua pendant plus de trois mois. La santé du malade redevint excellente. Pendant tout le reste de l’année 1874, et pendant la première partie de 1875, il se trouvait dans un état tel que jamais, selon lui, il ne s’était mieux porté.

Des accidents nouveaux ont éclaté au commencement d’avril 1875, mais peut-être ici remontent-ils un peu plus loin. Depuis l’opération qu’il a subie, le malade avait, de temps en temps, éprouvé quelques douleurs légères dans le testicule qui lui reste, mais jamais on n’y avait constaté rien d’anormal. En avril 1875, une induration très-nette de la queue de l’épididyme se montre, d’abord assez limitée, mais qui bientôt envahit tout l’épididyme. En quelques semaines, cette tumeur acquit le volume d’un gros œuf, et on pouvait croire qu’elle allait suivre une marche suraiguë comme la précédente. Depuis plus d’un mois, cependant, elle est restée stationnaire ; l’épididyme très-volumineux présente une induration générale, uniforme; cette tumeur n’est pas douloureuse spontanément; elle est même presqu’insensible à la pression. Le malade est soumis à un régime tonique, mais sa santé générale continue à être très-bonne. Il ne tousse point et conserve son embonpoint. Nous n’avons pas pu examiner, comme nous l’aurions voulu, ses poumons par l’auscultation, sa prostate et ses vésicules par le toucher rectal. Il faut éviter chez un homme trop au courant des choses de la médecine d’augmenter encore les inquiétudes très-légitimes que lui cause son état.

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