OBSERVATION II
Début brusque et sans cause occasionnelle chez un scrofuleux. — Epanchement vaginal assez abondant; le cordon et la prostate sont tuméfiés. — La suppuration survient vers la quatrième semaine. (Obs. personnelle.)
Pierre, Hippolyte, jardinier, âgé de 35 ans, entré le 19 octobre 1874 dans le service de M. Lasègue, pour un mal de Pott, dont le début remonte à quatre ans environ. Nous ne nous étendrons sur aucun des symptômes que présente ce malade ; nous dirons seulement qu’on constate des abcès par congestion au niveau de la fesse, dans la fosse iliaque gauche, le triangle de Scarpa, et même à la partie antérieure et supérieure de la région thoracique.
Jusqu’à 32 ans, notre homme avait été d’une excellente santé, mais depuis une fluxion de poitrine, prise à cette époque, il a commencé à s’affaiblir, et l’on soupçonne aujourd’hui le début d’une tuberculose pulmonaire. Mais M. Ducastel, chef de clinique du service, pense qu’on ne saurait encore affirmer rien de bien net.
Le 27 avril, le malade est subitement pris pendant la nuit de douleurs vives, aiguës, lancinantes sur le trajet du cordon gauche, et, dès le matin, il nous fait constater l’existence d’une tuméfaction volumineuse de la bourse du même côté. Il ne sait à quoi rattacher l’apparition de ce gonflement ; il ne s’est point froissé le testicule, et n’a pu le heurter, car depuis plusieurs jours il ne se lève pas. Il n’a point d’écoulement uréthral, point de blennorrhée ancienne, et la seule chaude-pisse qu’il ait eue, et qui du reste fut de courte durée, date de plus de 20 ans.
La glande droite est normale et ne présente ni engorgement ni noyau induré. La glande gauche est doublée de volume, le scrotum en est rouge, distendu, mais le tissu n’en est point œdématié, et glisse facilement sur les tuniques sous-jacentes. Il n’existe pas de vaginalite, et l’on arrive directement sur la glande sans refouler la moindre couche de liquide. Le testicule proprement dit n’est pas atteint ; son tissu est souple, élastique, et la pression n’en est point douloureuse. C’est l’épididyme qui, seul, avec le canal déférent, est le siège du gonflement. Il est gros, dur, surtout à la queue, et dans la plus grande partie du corps, car la tête paraît moins prise, bien que cependant elle soit légèrement tuméfiée. Le volume de l’épididvme est tel qu’il semble envelopper le testicule à la manière d’un coquetier ; les bords en sont fermes, et forment une limite nette entre les deux parties de la glande. La surface de l’épididyme est régulière, sans bosselures, et sa résistance est partout la même.
A la fin du 2e jour, la tumeur avait acquis son plus grand volume : depuis, elle est restée stationnaire, le gonflement est le même, et la pression aussi douloureuse. La souffrance est surtout vive à la queue de l’épididyme et sur le trajet du cordon dont le calibre égale celui d’une plume d’oie. La prostate est excessivement volumineuse et bombe dans le rectum. Comme l’épididyme et comme le canal déférent, elle est aussi fort sensible à la pression. Les douleurs spontanées cèdent un peu vers le 4e jour. Il faut un effort, une expiration brusque pour les réveiller. Mais le 10e jour, elles renaissent et s’irradient le long du cordon. La moindre pression est extrêmement douloureuse, la tuméfaction a augmenté, et une petite quantité de liquide s’est accumulée dans la tunique vaginale. La queue de l’épididyme grossit de nouveau, les tuniques du testicule s’œdématient, et deviennent adhérentes en un point.
Ces phénomènes inflammatoires ne s’apaisent pas, et même le 13 mai, seize jours après le début de l’affection, on constate que l’épanchement de la cavité vaginale a fait des progrès, qu’il faut, pour arriver sur la glancfe, refouler une couche liquide de 4 à 5 millimètres. La queue de l’épididyme est excessivement tuméfiée, et il se forme déjà une bosselure qui pointe en bas et en arrière ; elle adhère aux téguments, mais elle est encore fort résistante.
Peu à peu cependant, elle se ramollit ; la fluctuation y devient nette et un abcès du volume d’une noix se forme dans la partie la plus déclive. Il est ouvert, trente jours après le début de l’affection ; il s’en écoule une quantité assez considérable de pus crémeux au milieu duquel existent de petits grumeaux de sang noir et coagulé. L’incision ne se cicatrise pas, et aujourd’hui encore, deux mois et demi après son ouverture, une fistule persiste qui donne issue à de la sérosité grumeleuse. Mais du moins les douleurs ont complètement disparu. On peut manier assez facilement la glande dont le volume d’ailleurs est à peu près resté le même. On se trouve en face d’un tubercule du testicule de forme ordinaire. Des bosselures nouvelles se font; la suppuration sera probablement très-longue, et si l’état général du malade était bon, il nous semble qu’en pareil pas la castration serait indiquée nettement.
Nous avons revu le malade, un an environ après avoir recueilli cette observation, la tuberculose pulmonaire n’était plus douteuse : les abcès par congestion avaient augmenté de volume et les forces avaient beaucoup diminué. Les fistules du testicule droit n’étaient point taries. Le testicule gauche est resté sain. En avril 4876, le malade est mort. Malheureusement nous n’avons pu faire l’autopsie.