OBSERVATION III
Début brusque chez un individu de santé douteuse ; pas de cause déterminante connue . — Légère vaginalite. — Rien du côté de la prostate. — Suppuration à la fin du premier mois. — Castration. — Abcès tuberculeux. ( Voir Planche III , fig. 2.)
(Obs. personnelle.)
Gauthier Jean, valet de chambre, âgé de 28 ans, entré dans le service de M. Labbé pour une tumeur du testicule gauche.
Cet homme est de bonne santé, bien qu’il soit assez sujet aux bronchites. Il prend un rhume tous les hivers, mais il n’a jamais craché de sang, et l’auscultation ne révèle rien d’anormal dans la poitrine. Dans sa famille, il ne saurait signaler aucun cas d’affection pulmonaire.
Vers le 15 novembre 1874, il fut pris subitement d’une vive douleur dans le testicule gauche avec irradiation le long du cordon. Or, il n’avait fait ni marche longue ni'effort, il n’avait subi aucune violence qui pût expliquer l’apparition d’une inflammation telle. En même temps que cette douleur survinrent de la rougeur et du gonflement des parties ; il existait des symptômes généraux, céphalalgie, fièvre, perte d’appétit ; il dut s’aliter et cet état dura quinze jours environ. Les symptômes s’apaisèrent un peu. Il partit alors pour son pays, la Charente. Or le testicule était encore douloureux et tuméfié, et même un abcès se forma qui s’ouvrit le 23 décembre, plus d’un mois après le début de la maladie. Effrayé alors, notre individu se décide à regagner Paris pour s’y faire soigner.
La suppuration abondante qui se fait par la fistule consécutive l’a beaucoup affaibli : aussi se plaint-il maintenant de pertes de forces et d’appétit. C’est alors que nous pouvons l’examiner : le testicule droit paraît sain, cependant on trouve dans le corps de 1* épididyme une petite tumeur pisiforme, assez facilement isolable , indolore , et dont il est difficile de préciser la nature. Le cordon de ce côté est normal ; nous en dirons de même de la prostate, qui ne nous paraît ni dure ni bosselée.
Lorsqu’on examine la bourse gauche, on trouve une tumeur de la grosseur d’un œuf d’oie ; la peau du scrotum est rouge, œdématiée, tendue, surtout au niveau de deux fistules infundibuliformes situées à la partie externe et inférieure de l’enveloppe, et qui correspondent évidemment au corps et à la queue de l’épididyme. L’épididyme est très-volumineux, dur et bosselé dans toute son étendue. Quant au testicule lui-même, il est difficile de savoir s’il est atteint, et s’il présente des indurations et des bosse-
Jures, car il est séparé des enveloppes par une hydrocèle assez abondante.
Il s’est fait un travail du côté de la prostate, car, les premiers jours, elle ne nous avait pas paru prise, et il est évident maintenant qu’elle est tuméfiée et légèrement douloureuse à la pression. Comme il se fait maintenant des poussées nouvelles, et comme le tissu de la glande paraît généralement envahi, comme d’ailleurs l’état général du malade est bon et qu’il demande à être opéré, la castration est pratiquée par M. Labbé. L’opération ne présente, rien de saillant à noter, nous dirons seulement que M. Labbé, selon sa méthode ordinaire, embroche le cordon avec un ténaculum qu’il laisse en place pendant 24 heures. On n’a plus ainsi à redouter la rétraction du cordon dans le trajet inguinal, et si une hémorrhagie se déclarait, rien ne serait plus simple que de lier l’artère ainsi maintenue au-dehors.
Lorsqu’on examine la tumeur, on constate sur le scrotum la présence des deux fistules signalées dans l’observation ; la moindre pression détermine par ces ouvertures l’issue d’une notable quantité de pus. La tunique vaginale est adhérente en plusieurs points, et limite des diverticules, des culs-de-sacs remplis de sérosité. On remarque surtout deux poches, l’une à la partie antéro-supérieure, l’autre à l’extrémité antéro-inférieure, et renfermant chacune dix à quinze grammes de liquide.
Le? tissus qui environnent l’épididyme sont épaissis, lardacés et d’une très-grande résistance. L’induration est surtout remarquable en bas et en dehors, et dans les points qui correspondent au trajet fistuleux.
Sur une coupe antéro-postérieure, comprenant à la fois le testicule et l’épididyme, on remarque l’état suivant : et d’abord, dans le testicule proprement dit, on tombe sur une cavité centrale ' remplie de pus et assez vaste pour loger une grosse fève. Elle est elliptique, régulière et partout à égale distance de la surface de la glande dont elle est séparée par une épaisseur de tissu de 5 à 6 millimètres environ. Lorsque le pus a été enlevé, on voit que la paroi de la caverne est irrégulière et anfractueuse ; elle est bourgeonnante, fongueuse, comme les cavités dans les tumeurs blanches. Les bourgeons sont arrondis, vasculaires, et convergent vers le corps d’Hygmorhe. Ce tissu pariétal paraît sur la coupe avoir une épaisseur d’environ 2 millimètres, et sa coloration jaunâtre, ses éléments qui paraissent infiltrés de graisse tranchent nettement sur une couche blanche qui la limite, et qui paraît due à du tissu conjonctif sclérosé. Plus excentriquement se trouve le tissu de la glande peu altéré dans les 2/3 supérieurs, mais infiltré à son extrémité inférieure de granulations transparentes tellement pressées les unes contre les autres qu’elles présentent l’aspect d’une frambroise blanche, dans laquelle les couches périphériques transparentes permettent de voir les pé-
pins opaques et blanchâtres : la ressemblance est parfaite. L’abcès central que nous venons de décrire est parfaitement enkysté.
On voit par ce qui précède que de la superficie du testicule vers sa profondeur on trouve : 1° l’albuginée épaissie, 2° le tissu testiculaire sain dans les 2/3 supérieurs, infiltré de granulations transparentes dans le 1/3 inférieur, 3° une couche blanche, résistante, fibreuse, formée par du tissu conjonctif dont la prolifération a détruit les tubes séminifères, 4° une membrane jaune, tomenteuse, bourgeonnante, sorte de membrane pyogénique, 5° enfin l’abcès central contenant de 15 à 20 gr. de pus. — L’épididyme est très-irrégulièrement atteint : la tête est formée de tissu blanc , lardacé , parcouru par des vaisseaux en assez grand nombre ; dans le corps et au niveau de la queue, se trouvent des noyaux ramollis limités à leur pourtour par du tissu lardacé sernblable à celui de la tête épididymaire.
L’examen microscopique a été pratiqué avec le plus grand soin par M. Malassez. Les granulations transparentes dont nous avons parlé sont constituées par des conduits séminifères trèsdilatés, remplis de granulations graisseuses, et au pourtour de tqbes avec zone irrégulière de granulations graisseuses : cette zone présente des prolongements. La zone périphérique est constituée par du tissu fibreux assez riche en éléments jeunes. Le tissu fibreux paraît généralement disposé en cercles formant couronne autour de la partie graisseuse centrale. Sur quelques granulations moins avancées, il semble bien que ces cercles correspondent aux tubes séminifères devenus fibreux et oblitérés *par suite de l’hypertrophie des parois au voisinage des tubes séminifères primitivement atteints. Le tissu fibreux, dans les parties les plus extérieures de cette zone, est disposé en lamelles concentriques à la granulation tout entière. Il existe une assez grande quantité d’éléments jeunes entre ces deux portions de cette zone. Pas ou peu de cellules géantes. — En dehors des granulations, le tissu est fibreux quand les granulations sont confluentes, et au centre de ce tissu fibreux, on distingue quelques tubes atrophiés.
Si maintenant nous passons à l’étude des parois de l’abcès, nous voyons que les couches les plus internes sont uniquement constituées par des éléments jeunes et très -peu de tissu conjonctif. Plus profondément le tissu fibreux domine ; on y distingue des tubes séminifères atrophiés, puis, par transition insensible, on passe à des portions de substance testiculaire décrite plus haut. Dans l’épaisseur de ces parois, au niveau du tissu de granulation, on aperçoit des riesenzellen en assez grande quantité. On trouve encore des masses caséeuses à centre ramolli communiquant parfois avec la surface libre : ces masses sont entourées de riesenzellen ramollis.
Les suites de l’opération ont été des plus simples, la plaie a
bourgeonné rapidement, et quinze jours après le^ialade a quitté l’hôpital parfaitement guéri. Le noyau que nous avions constaté dans l’épididyme droit persistait toujours, il est vrai, mais sans augmentation de volume, et le même qu’à l’entrée. Sans se prononcer sur sa nature, il nous paraissait cependant probable qu’il s’agissait là d’un noyau tuberculeux.