OBSERVATION V
L'orchite est provoquée par un choc violent. — Le malade est tuberculeux.— Pas d’ épanchement dans la vaginale. — Le cordon et la prostate sont pris. — La suppuration survient au bout de six semaines.— Mort par cachexie. — Autopsie. — Epididyme caséeux. — Testicule absolument détruit ( Obs. personnelle.)
Le 2 mars 1875 est entré dans le service deM. Desnos le nommé Marc Narcisse, âgé de 25 ans : il a une affection des voies respiratoires et une tumeur du testicule gauche.
Sans être d’une robuste santé, il n’avait jamais été malade avant la guerre de 1870. Il fut pris d’une fièvre typhoïde que suivirent bientôt une bronchite et une pleurésie; depuis il ne s’est jamais eomplétemeut remis. Au mois de novembre 1874, il reçoit un coup violent sur le testicule, un de ses petits neveux s’était jeté en courant, au milieu de ses jambes. La douleur fut tellement vive qu’il en eut une syncope. Il se mit au lit, et, dès le lendemain, existait un gonflement considérable de la bourse. La tuméfaction s’accrut encore les jours suivants, et, dès le surlendemain de l’accident, la bourse droite atteignait le volume du poing. On ordonne du repos, des sangsues, de l’onguent mercuriel et un cataplasme : sous l’influence de ce traitement, la tumeur dégonfle un peu, et les douleurs irradiées deviennent moins vives. Le malade Reclus.
croyait à une sérieuse amélioration, lorsque, vers le commencement de janvier, apparurent sur la bourse gauche des petites tumeurs qui se développèrent lentement et s’ouvrirent l’une et l’autre en livrant passage à du pus; puis des fistules s’établirent qui persistent encore maintenant.
Malgré cet état de la glande, les désirs vénériens persistaient encore; il fut voir une femme, et se livra en moins de deux heures à un coït trois fois répété. Au bout de quatre jours survinrent une légère douleur, un léger écoulement, et de la cuisson pendant la miction. La douleur fut de courte durée, mais l’écoulement, quoique très-peu abondant, persiste encore. C’est alors qu’il se [décide à entrer à l’hôpital (2 mars) bien moins pour sa tumeur que pour sa tuberculose pulmonaire. Nous trouvons que le testicule droit est sain. Le testicule gauche, de la grosseur d’un œuf de dinde, est presque régulièrement sphérique. La circonférence verticale est de 20 centimètres, la circonférence transversale de 19. La peau est lisse, les veines sont très-développées, mais au niveau des deux fistules, la peau est adhérente. Il n’existe pas d’épanchement dans la tunique vaginale. Le testicule est notablement plus dur qu’à l’état normal ; il est cependant dépressible sous le doigt, mais la résistance est partout la même. L’épididyme est confondu avec le testicule, et l’on ne saurait les distinguer l’un de l’autre. Le cordon est gros, moniliforme, la prostate est dure, volumineuse, comme injectée au suif, et l’on sent très-bien les vésicules séminales indurées et bosselées, surtout la gauche. Après avoir ainsi traîné tout le mois de mai sans avoir présenté d’autre ‘phénomène particulier qu’un léger érysipèle, la dyspnée s’est accrue peu à peu etle malade est mort subitement le 5 juin.
L 'autopsie a été faite : les poumons étaient farcis de tubercules et creusés de cavernes. La prostate, atteinte dans son lobe gauche, dont la substance d’un blanc-verdâtre semblable à la pulpe du marron cru n’est pas encore ramollie ; les lésions sont moins avancées dans le lobe droit. La vésicule séminale de ce côté n’est pas malade, mais celle de gauche est absolument prise et farcie de matière caséeuse. Il en est de même du canal déférent. L’épididyme étalé à la surface du testicule est aussi caséeux, mais il n’offre pas de points abcédés. Le testicule au contraire entouré par l’albuginée épaissie est ramolli entièrement. Il ressemble à une coque résistante à surface interne tomenteuse, moutonnée, et en tout point baignée par du pus. Au milieu, se trouvent quelques « séquestres » à bords déchiquetés et imbibés du liquide environnant. On reconnaît encore dans ces lambeaux les tubes séminifères au milieu desquels existent des granulations; à la partie externe et antérieure sont les deux fistules qui, nous l’avons vu, s’ouvraient sur le scrotum. Si l’on essaie de déterminer l’âge de ces différentes lésions, le testicule paraît
avoir été d’abord atteint, puis les altérations ont marché vers l’épididyme, le canal déférent, la vésicule séminale et la protaste I dont les foyers sont crus et résistants.