‹ Du tubercule du testicule et de l'orchite tuberculeuseChapitre 18 sur 34 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Début brusque chez un individu peut-être tuberculeux. — Léger épanchement vaginal . — Mouchetures. — Apparition d’un fongus expulsif. — Guérison par destruction du testicule. (Obs. personnelle).

Massot, André, chanteur ambulant, âgé de 47 ans, entré dans le service de M. Labbé, le 24 mars 1876, pour une tumeur du testicule.

Dans ses antécédents, nous ne trouvons pas trace de scrofule ; à 20 ans il est pris d’une fièvre typhoïde très-grave dont il fut long à se remettre. Pendant plus de six mois il eût, comme reliquat, une diarrhée rebelle dont il finit pourtant par se débarrasser. Plusieurs années après il eût une tumeur, peut-être un c.ocès du dos sur lequel il ne donne que des renseignements vagues. Enfin il faut noter une ophthalmie, sans doute blennorrhagique, qui lui a opacifié les deux cornées; il est absolument aveugle. Comme maladies vénériennes, il a eu de nombreuses chaudepisses, et l’on constate, à droite, quelques cicatrices de bubons suppurés. Il n’existe pas actuellement de signes certains de tuberculose. Le malade n’a jamais craché de sang ; mais on trouve une expiration prolongée et un sommet suspect. Voici, d’ailleurs, l’état des testicules : à gauche rien de spécial : la peau est souple et glisse sur une glande saine : le testicule droit est seul altéré .

Le malade nous raconte que le 23 mars, la veille de son entrée à l’hôpital, il fut pris d’une douleur très-vive de la bourse droite: élancements, battements profonds qui survenaient par accès avec irradiation dans faîne. En même temps se faisait un gonflement considérable qui augmenta rapidement ; le troisième jour il avait acquis son volume maximum.

C’est alors que nous l’examinons : le testicule droit est au moins quatre fois plus gros que celui du côté opposé ; il est enveloppé par un scrotum rouge, violacé, œdémateux ; il y a de la vaginalite : aussi est-il fort difficile d’explorer la glande. On ne saurait distinguer le testicule proprement dit d’avec l’épididyme. La confusion des parties est complète. Le cordon est dur, douloureux et du volume du petit doigt ; il se perd dans le trajet inguinal où on ne peut le suivre. La prostate et les vésicules ne paraissent

pas atteintes ; du moins la prostate est petite et sans dureté. On ne constate aucuns troubles généraux, mais on note une certaine ardeur au passage des urines, une émission pénible et qui tiendrait à une blennorrhée ; nous ne trouvons cependant pas, le matin, la goutte purulente caractéristique au méat urinaire.

Cinq jours après le début de l’orchite, quatre jours après l’entrée du malade, les douleurs sont telles que, pour les apaiser, M. Nicaise pratique quelques mouchetures à la partie antérieure et inférieure du scrotum, et ces petites ponctions donnent issue à un peu de sang mêlé de sérosité. Depuis ce moment, les douleurs se sont apaisées ; mais la rougeur persiste et la tuméfaction est aussi grande. Le cordon diminue cependant de volume. Une couche de liquide appréciable s’épanche dans la cavifé vaginale.

C’est alors que, vers le 5 avril, se forme une petite tumeur arrondie, nettement fluctuante et qui soulève le scrotum au niveau de la partie inférieure et antérieure, au point où furent faites les mouchetures. Cet abcès s’ouvre spontanément et se vide. Mais l’on voit apparaître à l’orifice un petit bourbillon, jaune grisâtre, café au lait, que l’on reconnaît n’être autre chose qu’un amas de tubes séminifères; il bombe au-dessus de l’ouverture du scrotum, son volume est celui d’un petit pois. Le 10, la rougeur et la tuméfaction ont beaucoup diminué, mais l’évacuation des tubes séminifères continue. Les bords de l’ulcération se sont écartés et l’ouverture est maintenant aussi large qu’une pièce de cinquante centimes. La substance testiculaire la recouvre et fait une petite hernie de 3 à 4 millimètres de hauteur et de 6 à 7 millimètres de diamètre. Cette substance est infiltrée de pus ; rien n’est plus facile que d’y reconnaître la présence des tubes, surtout sur les bords où ils sont dissociés par la dessication. Ce fongus n’est nullement végétant; il existe bien quelques bourgeons exubérants, mais seulement sur la portion du -scrotum qui constitue l’orifice ; la tumeur en elle-même n’est formée que par des tubes séminifères.

Le 12, M. Nicaise excise la portion de substance qui fait hernie, mais peu d’heures après le peloton avait repris son volume primitifrtes tubes se désagrègent en partie et restent adhérents au cataplasme. On constate en même temps une fluctuation dans la vaginale ; cette fluctuation d’ailleurs fort nette, s’accentue encore les jours suivants et le 16 on s’aperçoit que la peau toujours rouge et érysipilateuse pointe un peu à ce niveau et le 20 une ouverture se fait, peut-être au niveau d’une ancienne moucheture : par cet orifice s’écoule une notable quantité de pus. Néanmoins il y avait encore une certaine rétention ; aussi M. Nicaise a-t-il un peu agrandi l’ouverture par une incision ; alors, dès que l’évacuation du liquide purulent contenu dans le vaginal a été complète, on a pu se rendre un compte exact de la diminution du

testicule ; il ne mesure par la moitié du volume qu’il avait précédemment.

Dès le lendemain on voit apparaître par cette seconde ouverture un champignon de tubes séminifères qui maintenant, pour s’échapper de l’albuginée ont deux voies de sortie. Cependant c’est surtout par la plus récente qu’ils sont expulsés. — Il faut d’ailleurs peu de jours pour que l’évacuation soit terminée. On ne trouve plus, dans le scrotum qu’un moignon dur et irrégulier dû à l’albuginée rétractée et à l’épididyme bosselé et volumineux. Les orifices des fistules sont oblitérés, la guérison paraît complète.

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