OBSERVATION I
Orchite rhumatismale chez un malade de 61 ans. — Atrophie des deux testicules. — Extrême rapidité du processus (Obser. personnelle.)
Fusley Charles, corroyeur, âgé de 61 ans, entré le 26 janvier 1872 dans le service de M. Féréol, à Saint-Antoine, pour un rhumatisme articulaire.
Il était, nous dit-il d’une excellente santé, lorsqu’en 1863 survint une fluxion de poitrine dont il ne se remit qu’avec peine. Depuis cette époque, il est moins vigoureux, il se fatigue vite ; il a parfois du gonflement des extrémités inférieures, et l’œdème remonte, en certains cas, des malléoles au genou.
Six jours avant son entrée, le 20 janvier 1872, il fut pris Je fièvre intense: violent frisson, céphaldgie, dégoût pour les aliments, nausées. Dès le lendemain existait un go dlement fort douloureux des deux genoux : à leur tour, les articulations du poignet sont atteintes, puis survient une tuméfaction considérable du scrotum; le malade effrayé entre à l’hôpital. Nous n’insisterons sur aucun des symptômes articulaires que présente le malade: peu à peu, les accidents s’apaisent, la fièvre disparaît assez rapidement, le gonflement diminue, et lorsque, un mois et demi après son entrée, le malade quitte l’hôpital, il ne conservait guère qu’une légère tuméfaction du poignet droit.
Voici ce que nous avons pu observer du côté des testicules ; le scrotum est rouge; œdématié, la surface en est rugueuse et comme flétrie. Il est difficile de sentir au-dessous la glande spermatique ; cependant l’épididyme paraît volumineux, dur, aussi bien que le testicule lui-même. Il n’existe pas d’écoulement par le méat, et questionné sur ce point à plusieurs reprises, le malade affirme n’avcir pas eu de chaude-pisse depuis 25 ans au moins.
Quatre jours après, le testicule droit se prend à son tour, et celui-là sous nos yeux. L’organe tout entier devient dur, gros, très-douloureux. Comme du côté gauche d’ailleurs, le scrotum est tendu, luisant, épaissi. On ne peut faire rouler la glande sé-
minale dans les bourses parce que le tissu cellulaire œdmatié a perdu sa laxité normale.
Ces symptômes ne sont pas de longue durée, et en même temps que disparaît le gonflement et la douleur du poignet gauche, le testicule de ce même côté devient moins tendu ; les symptômes inflammatoires s’améliorent et cela, à tel point que vingt jours après le début de l’orchite, ce testicule est revenu à son volume normal. Même marche du côté droit ; l’épididyme qui formait une espèce de chapeau enveloppant le testicule commence à perdre de son volume. La douleur disparaît, et le malade se croit guéri.
Mais peu à peu, et sans symptômes appréciables, on voit les testicules devenir de plus en plus petits; le gauche d’abord, ensuite le droit ; ils en arrivent bientôt à n’être guère plus gros qu’une noisette, et lorsque vers la fin de mars, le malade quitte l’hôpital, ses testicules atrophiés n’ont guère que le tiers de leur volume primitif; encore ne savons-nous pas si là se sont arrêtés les progrès de la rétraction du tissu interstitiel.