‹ Du tubercule du testicule et de l'orchite tuberculeuseChapitre 31 sur 34 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Fongus bénin d'origine syphilitique. — Guérison rapide à la suite du traitement mixte. — Destruction complète du testicule. (Obser. personnelle.)

Trempu, Frédéric, plombier, âgé de 43 ans, entre le 15 juin dans le service de M. Labbé, pour une tumeur du testicule.

D’une très-bonne santé habituelle, il n’a jamais fait de grave maladie. Pas de scrofule, pas de syphilis, et sur ce point l’interrogatoire le plus minutieux a toujours été négatif. Nous ne saurions trop insister là-dessus.

11 fut, après la Commune, envoyé sur les pontons où il eut beaucoup à souffrir ; il y fut pris de rhumatisme articulaire aigu. On le mit à l’hôpital de Brest, d’où il sortit améliorié au bout de cinq semaines pour regagner son ponton. Mais un mois après, la bourse gauche se tuméfia et devint le siège de douleurs vives ;

elle grossit assez rapidement, et atteignit en peu de temps le volume d’un gros œut. Le malade est de nouveau renvoyé à l’hôpital militaire ; on applique des cataplasmes, on fait des onctions d’onguent mercuriel ; les douleurs s’apaisent, et la tuméfaclion diminue. Mais l’ordre d’évacuation est donné; le malade est dirigé sur Saint-Germain, où siège le conseil de guerre. C’est là, qu’une ordonnance de non-lieu lui permet de rentrer chez lui.

Depuis cette époque, il ne s’est plus soigné, il s’est contenté de soutenir par un suspensoir les bourses toujours tuméfiées ; d’ailleurs il ne souffre que peu ; à peine quelques élancements douloureux le- soir après le travail. Cet état a duré environ trois ans.

Il y a dix mois, il s’est produit un travail inflammatoire : les douleurs sont devenues plus vives; la peau a rougi, un abcès s’est formé, qui s’esi ouvert en donnant issue à un liquide puriforme ; tels sont du moins les renseignements que nous donne le malade assez peu intelligent.du reste. C’est par cette ouverture qu’il vit pointer presqu’immédiatement une petite tumeur qui, peu à peu se dégagea pour s’épanouir à l’extérieur, et former une masse fongueuse ulcérée. La peau qui en étranglait le pédicule était plus rouge, nous dit-il, mais lisse et à peu près semblable aux téguments environnants. Ce n’est guère qu’au bout de trois ou quatre mois qu’elle aurait pris l’aspect que nous lui trouvons maintenant.

La portion gauche du scrotum est en effet fort différente des téguments envii onnants ; tout autour de la fongosité centrale de cette tumeur qui émerge et paraît provenir de la glande ellemême, la peau est mamelonnée et présente des bourgeons pressés les uns contre les autres, et séparés seulement par des sillons étroits et profonds. Ces saillies sont de grosseur variable, du volume d’un grain de chènevis à celui d’un pois, très-nombreuses et très-volumineuses au pourtour du fongus ; elles deviennent petites et rares à quatre centimètres de la tumeur, et la peau finit par prendre le caractère des téguments environnants. Cette portion mamelonnée forme donc une zone circulaire de trois à quatre centimètres de rayon. Les bourgeons qui la constituent ne sont point saignants, mais recouverts d’une peau sèche, violacée et comme chagrinée.

En certains points, on voit partir du pourtour de la zone une sorte de cicatrice calleuse. L’une se dirige vers la base de la verge qu’elle étrangle dans sa derni-circonférence inférieure en provoquant une gêne de la circulation. Aussi le fourreau du pénis est-ii violacé, tuméfié, et, de même que le scrotum, atteint d’œdème chronique. Une autre de ces saillies calleuses se dirige en dehors, puis se divise en deux branches, l’une' qui remonte vers le pubis en circonscrivant le scrotum, l’autre qui descend vers le périnée. Tous ces tissus ont un aspect éléphantiasique

des plus caractérisés. Le malade éprouve de vives démangeaisons et se gratte sans cesse.

C’est du milieu de cette zone mamelonnée qu’émerge le fongus irrégulier, tomenteux, de couleur rose, sauf en certains points grisâtres et comme sphacellés. Il est du volume d’une grosse noix unie aux parties profondes par un pédicule qui s’enfonce au travers des enveloppes dont il est séparé par un sillon profond où l’on peut enfoncer un stylet, mais dans la longueur d’un centimètre seulement.

Il est difficile de reconnaître la position exacte du testicule et ses connexions avec le fongus; l’épaississement de la peau, son œdème chronique empêchent de le circonscrire entre les doigts. Mais à la partie supérieure, on sent le cordon qui se dégage du tissu induré. Il est d’un volume double de celui du côté opposé, mais régulièrement arrondi et nullement moniliforme. Il n’existe pas de ganglions engorgés dans le bassin ; ceux de l’aine sont volumineux et un peu douloureux.

Le traitement spécifique est institué et, dès les premiers jours, sous son influence, un mieux très-manifeste se fait sentir. Déjà au cinquième jour les tissus sont plus souples, moins tendus, moins rouges, et l’œdème diminue sensiblement. Peu à peu, le fongus diminue et s’affaisse; les bourgeons deviennent plus serrés, plus petits et plus ronds ; les mamelons des téguments disparaissent eux aussi, et au bout d’un mois le fongus a disparu par une sorte d’élimination exfoliatrice, ou mieux par cicatrisation de la masse bourgeonnante.

Les téguments sont devenus assez souples pour permettre de sentir dans la tunique vaginale, à peu près vidée de son contenu, un petit moignon très-dur, de la grosseur d’une noisette, et adhérant la cicatrice. Il se continue avec le cordon qui, luimême, tout en restant plus gros que celui du côté opposé, a perdu de sa résistance première. Il ne reste plus d’ailleurs sur le scrotum que quelques petites saillies sur le pourtour de la cicatrice ; l’aspect calleux et éléphanliasique a complètement disparu lorsque le malade quitte l’hôpital.

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