DUREE
Tout
Total
nombre des eai.
dcsjoarDées de Irailemeol.
nombre iti eu.
des jourotei de Irailcment.
jours.
OQ
*)tt
La colonne indiquant le nombre des cas présente une série ascensionnelle suivie d'une série décroissante, ou un renflement moyen naissant des chiffres
HISTOIRE ET DESCUIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. i -iV)
minimes qui figurent en regard des durées de cinq, sept, neuf, dix, onze, douze et treize jours, et se termine en mourant à la durée de vingt-iiuit jours, époque à partir de laquelle une nouvelle série ascensionnelle recommence. En rejetant de nos calculs cette dernière série, qui concerne ces individus qui, après avoir échappé au typhus, ont succombé à des complications fortuites ou aux ravages de la maladie dont ils étaient déjà atteints avant l'invasion du typhus, et en mettant aussi de côté, pour les hommes qui ont guéri, les cas éphémères qui ont eu une solution avant le neuvième jour, c'est-à-dire en envisageant essentiellement les typhus complets, on arrive aux chiffres suivants :
Durée moyenne des typhus terminés par la guérison, de l'invasion à la convalescence . 17 jours.
Durée moyenne des typhus terminés par la mort, de l'invasion au décès 18 jours.
Enfin, pour terminer le chapitre de la durée du typhus, il importerait de rechercher si les typhus spontanés et les typhus communiqués n'ont pas la même durée. Les renseignements que nous avons recueillis en Crimée et les observations que nous avons faites à Conslantinoplesur des typhus de provenance criméenne et sur des typhus dus à la simple contagion, nous portent à penser que les typhus spontanés, longuement préparés et élaborés dans un organisme modifié par les circonstances
146 DU TTfPHUS DE l' ARMÉE d'oRIENT.
que nous avons essayé de spécifier, avortent plus difficilement et plus rarement que les typhus communiqués ; mais toujours est-il qu'ils peuvent cependant encore n'avoir qu'une courte durée, comme cela été très-nettement constaté à Constantinople et en Crimée.
i lO. Type.
Le typhus est une afTection continue et présente, dans la plupart des cas, ces exacerbalions vespériennes et nocturnes qu'on rencontre si souvent dans les maladies de ce type. Les nombreux médecins de l'armée d'Orient, M. Lallemand entre autres, ont bien constaté que c'est à ces heures que la recrudescence se manifeste. Cette recrudescence a assez souvent beaucoup d'intensité; mais on ne peut la rapprocher d'un véritable accès de fièvre, car elle n'en présente que très-exceptionnellement les trois stades réguliers, au moins pendant le cours de la maladie, car, au début, ces trois stades se déroulent assez fréquemment avec une certaine régularité, et parfois même très-régulièrement. Quand de tels accès se manifestent, le soir est leur moment de prédilection, contrairement à ce qui se passe dans les fièvres palustres, dont les accès, comme on le sait, ont lieu dans la matinée et au milieu du jour; dans quelques rares cas pourtant, j'ai vu les accès survenir à ces dernières heures.
Ces phénomènes n'ont rien que de tout naturel, et, au lieu d'aller y chercher, par un froid rigoureux et continu, la présence nécessaire d'un élément palustre, il est plus logique de se demander si les maladies non palustres, dues, comme le typhus, à un empoisonnement par un miasme ou par une substance septique, ne présentent pas ces mêmes phénomènes. Or, l'économie imprégnée par ces substances nuisibles cherche à réagir, et manifeste cette tendance par des sortes d'accès, dont le premier stade trahit l'action dépressive exercée sur l'organisme, le second la lutte de celui-ci, le troisième la réaction et la tendance d'élimination. Journellement on \oit des accès dans la fièvre typhoïde, dans la résorption purulente, après les piqûres anatomiques, etc., etc. Eh bien! les choses ne se passent pas autrement dans le typhus. En tout cas, ces accès à trois stades, dans les rares circonstances où ils existent, donnent à la maladie une marche rémittente, mais jamais intermittente, car ils ne sont pas séparés par une véritable apyrexie.
5 11. TermiiiaîNons. — CoiivalcHcenco. — Mortiillt»-.
Le typhus se termine par la convalescence, par une autre affection, par la mort.
La rapidité de la convalescence d'un typhus qui ne s'est point engagé dans la troisième période, a
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frappé vivement tous les observateurs, en Russie (Mœring et Alferieff), en Crimée (Mouchet), àConstanlinople et en France. La fièvre tombe souvent avec une rapidité étonnante, l'appétit renaît immédiatement et peut être contenté sans danger. Je ne sais aucune fièvre à la suite de laquelle l'appétit se fasse si tôt sentir, et après laquelle on puisse accorder plus vite des aliments. Parfois, il reste encore des divagations nocturnes apyrétiques, et cependant il faut nourrir le malade dans ces cas; M. Lallemand a accordé jusqu^à la demi-portion.
On a observé quelquefois un remarquable ralentissement du pouls, qui, dans la convalescence, tombait au-dessous du type normal.
L'herpès labialis est assez rare.
Quoique la convalescence soit franche et nette, il y a cependant parfois persistance de certains phénomènes nerveux, par exemple, quelques vertiges, un peu de tremblement, un peu de surdité, des bourdonnements d'oreilles, plus rarement des paralysies incomplètes, des lésions légères de l'intelligence, des accès intermittents, etc.
Si le typhus a présenté la troisième période, la convalescence ne conserve point ces caractères ; elle est plus lente, plus pénible, et ses accidents sont en rapport avec la nature de cette période. Si celle-ci a consisté en une simple adynamie, ou en une ataxie sine materid, la convalescence sera longue.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. 149
pénible. Si la troisième période a été torpide, il pourra rester de l'imbécillité pendant plus ou moins de temps, par suite de congestion cérébrale passive, ou des lésions purement fonctionnelles. La permanence du molimen congestif amènera parfois divers accidents sur les différents organes. Si elle a été putride et typhoïde, la convalescence sera lente aussi, et se rapprochera de celle de la dothinentérie, avec cette différence que l'état du tube digestif ne recommandera pas les mêmes ménagements que chez les sujets dont le canal intestinal a subi de profondes lésions.
On a vu quelques accidents survenir pendant le cours d'une convalescence bien déclarée, comme la chorée et une otite purulente (Montgrand, typhus des vaisseaux en 1855), une fièvre intermittente, etc. J'ai eu quelques morts subites chez des individus qui se levaient et mangeaient la demiportion : parfois on a pu constater à l'autopsie une congestion cérébrale, bien plus souvent une congestion pulmonaire ; d'autres fois, aucune lésion ne rendait compte de ce décès inattendu. Le docteur Bouquerot a succombé ainsi, après avoir mangé d'assez bon appétit et écrit une lettre à sa mère; il a été enlevé en quelques minutes.
Le typhus peut se terminer par diverses maladies siégeant sur les différents organes : le cerveau, les poumons, les viscères abdominaux. En Russie, il a
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souvent abouti à la diarrhée, à la dyssenterie; à Constantinople, le cerveau et le poumon ont été surtout compromis. Plusieurs sujets sont tombés dans un état d'imbécillité qui se rapproche de V enfance sénile (1) : leur mémoire s'était affaibhe, ils ne pensaient plus qu'aux besoins physiques: cet état a disparu après un temps variable; chez quelques-uns pourtant, que nous avons perdus de vue après un mois et demi ou deux, le retour complet de l'intelligence n'avait pas encore eu lieu. Certaines paralysies incomplètes peuvent aussi persister plus ou moins longtemps. Après le typhus de l'armée d'Espagne, sous le premier empire, certains sujets ont conservé toute leur vie de la diminution dans la sensibilité d'un membre ou dans l'exercice d'un organe des sens.
Au paragraphe 2 de la deuxième partie de ce travail, nous avons donné la proportion des décès : un peu moins de 50 p. 100 des hommes traités à Constantinople, un peu plus de 50 p. 100, en Crimée.
M. Fauvel, médecin sanitaire à Constantinople, croit celte proportion un peu exagérée, et pense qu'on a mis parfois sur le compte du typhus des décès survenus par suite de diverses maladies, sur
(1) Dans ces cas, on trouve tantôt une congestion cérébrale passive, tantôt une congestion œdémato-sanguine, surtout chez les scorbuto-typhiques, parfois du i-amoUissement, enfin il arrive qu'on ne découvre rien.
lesquelles le typhus s'était enté et qui ont ensuite continué leur cours et entraîné la mort en dehors du typhus. Nous ajouterons qu'on peut supposer aussi que certaines afîec lions, compliquées de simple état typhique, ont été appelées typhus. Ces reproches sont justifiés, mais ces chances d'erreur sont presque contre-balancées par des chances contraires qui nous semblent de nature à rétablir à peu près l'équilibre. Ainsi, quelques réfractaires, rares à la vérité, se sont obstinés à ne point croire au typhus, et à rayer ce mot de leur diagnostic et de leurs statistiques; et, en second lieu, le typhus survenant pendant le cours d'une mala'die grave qui en obscurcissait la physionomie, a été quelquefois méconnu, et le décès a été mis sur le compte de cette maladie et non du typhus.
On a perdu près de moitié des typhiques en 1 856 ; tel est le résultat de la statistique officielle. Et cependant , en réunissant les statistiques partielles fournies par différents médecins, soit à la presse médicale, soit aux sociétés savantes, soit aux confidences particulières, soit aux rapports officiels, on arrive à des proportions bien autrement favorables! Ceux qui ont obtenu des succès auraient-ils donc seuls parlé? Non, on s'est fait illusion; marchant avec bonne foi, mais guidé par des idées préconçues, on a fait fausse voie dans la manière de chercher et de réunir les chiffres. Ainsi, un médecin écrit à une
société savante que, grâce au sulfate de quinine, il n'a perdu qu'un homme sur sept cas de typhus délirant et comateux : douze ou quinze de ses cahiers sont compulsés au hasard, et l'on trouve un décès sur trois environ, tous les cas compris, graves et légers. H est probable que les résultats donnés par le médecin portent sur un groupe restreint de malades présentant des conditions favorables, et qu'il n'a voulu parler que de ce résultat partiel dans sa communication académique. Autre exemple : Le médecin en chef d'un des principaux établissements de Constantinople est surpris de trouver dix typhiques seulement et une -faible mortalité par suite de cette maladie dans les rapports d'un chef de service; tandis qu'un autre, digne de toute confiance, porte quatre-vingts typhiqueset une forte proportion dedécès. Il visite les salles. Le premier de ces deux médecins ne comptait comme typhus aucun cas léger, peu de cas moyens, faisait figurer sous d'autres dénominations la plupart des typhus graves, et attribuait les décès à diverses maladies. En rétablissant le diagnostic, on trouvait autant de typhiques et au moins autant de mortalité que dans les autres services.
Ayant réuni les proportions données par tous les chefs de service d'un même hôpital, et ayant voulu en tirer la moyenne générale de cet hôpital qui nous était connue, nous avons constaté qu'il existait une
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. 153
grande différence entre les deux résultais, et que chacun s'était fait illusion.
Tel médecin dit avoir eu un décès sur sept cas graves, tel autre un décès sur huit cas de toute espèce, celui-ci un sur dix, celui-là un sur seize, etc. Mais alors, pour arriver à la moyenne générale, un sur deux, il faudrait donc supposer que les autres ont tout perdu ! Bien plus, la mortalité générale, tout compris, blessés, fiévreux, maladies graves et légères, et convalescents, ayant été de un sur cinq malades traités à l'hôpital de Péra, de un sur six à l'hôpital des Manœuvres (Lallemand, chiffres offifîciels), depuis la fondation en 1854 jusqu'en juillet 1856, il suivrait de cette comparaison que le typhus, d'après ces médecins, n'aurait pas entraîné chez eux plus de mortalité que toutes les maladies considérées en bloc. Un tel résultat n'est pas acceptable.
Dans nçtre discours du 29 mars à la Société impériale ottomane, nous disions que la mortahté avait été faible chez nous en janvier, tandis qu'en février elle avait atteint un sur trois et demi, et nous ajoutions qu'elle s'était môme élevée plus haut par moments. Deux observateurs, dont les résultats méritent toute confiance, MM. Haspel et Gauderax, arrivaient absolument aux mêmes résultats; et, dans les autres services de ce même hôpital de Péra, les résultats oscillaient autour du même chiffre.
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L'hôpital de Péra, hàtons-nous de l'ajouter, est l'établissement dans lequel les maladies, en général, ont continuellement eu la plus grande gravité, les tendances les plus mauvaises, les complications les plus malheureuses. Le typhus, cependant, semble avoir été aussi grave dans quelques autres établissements, car l'un de nos plus habiles médecins, M. Haspel, tour à tour médecin à Péra et chef à Maslak et à Ramis-Chifflik, a eu constamment dans ces hôpitaux un décès sur trois typhiques environ.
Nous avons vu que dans le service spécial des typhiques de l'hôpital du Terrain des Manœuvres, M. Lallemand a eu une mortalité de trente-huit p. 100.
A l'hôpital de l'Ambassade russe, destiné exclusivement aux officiers, et où les soins étaient plus assidus, plus attentifs, les pièces plus spacieuses et sans encombrement, j'ai compté 10 décès sur 41 médecins militaires traités pour le typhus, ou 1 sur 4, ou encore 25 p. 100.
Dans une note demandée par M. l'inspecteur Baudens, nous donnions les chiffres suivants pour notre service pendant les quatre premiers mois de Tannée 1856 :
Typhiques restants le i"^ janvier 18S6. 2
Entrés dans les 4 premiers mois i l 2
Sortis 282
Décèdes 125
Restants le 1" mai 7
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. 1 S5
Mortalité. — 30 décès p. 100 typhiques complètement traités, ou \ sur 3 et une fraction.
Quelques hommes placés à la tête de grands hôpitaux ou centralisant même de plus larges documents, opinent, d'après ce qu'ils ont observé dans les divers services et après examen critique des documents, qu'abstraction faite de toute passion et en laissant de côté la statistique officielle dans laquelle l'erreur et l'inattention semblent avoir augmenté la mortalité; ces hommes compétents opinent, dis-je, que la mortalité générale par le typhus a été de i sur 2 ou 3 à Constantinople, en 1856 ; qu'elle a été diversement répartie selon les temps, les lieux, les provenances; enfin que les différents modes de traitement n'ont que peu influencé la maladie, et quant à la durée et quant à la gravité.
Nous étant spécialement occupé du typhus, n'ayant jamais négligé d'aller le voir partout, ni d'en conférer avec nos confrères, nous pouvons peut-être aussi donner notre opinion personnelle : elle est concordante, quant à la proportion de la mortalité, avec celle que nous venons de rapporter, i décès pour 2 ou 3 hommes traités, sur 2 1/2 en moyenne.
La mortalité a singuhèrcment varié selon les lieux et le degré d'encombrement, selon les temps, les provenances, etc. Parinstanls, les typhus entraînaient peu de mortalité, d'autres fois ils étaient près-
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que tous funesles. A Péra, à Maslak, à Ramis-Chifflick, il y a eu des journées tout aussi néfastes que les plus terribles de Grimée, pendant lesquelles on comptait presque autant de décès que de typhisés. Dans les armées alliées et ennemies de Crimée, il en a été de même.
Au deuxième corps, l'ambulance Goutt a reçu, dans un cerlainlaps de temps, 375 typhiques dont 5 seulement ont échappé à la mort. Nous tenons de M. Méry, médecin en chef du troisième corps, que sur 85 infirmiers typhisés à l'ambulance Raglan, quelques-uns à peine ont guéri.
Le général de division russe Ouschakofî, investi de la surveillance des hôpitaux et des ambulances russes, nous a dit lui-même à Ratchi-Serai que la raorlalité avait été répartie de la manière la plus diverse, selon les temps et les provenances. Il y eut une phase funeste pendant laquelle tout le monde mourait : hydropathie, homœopathie, médicaments bizarres, médecine rationnelle, médecine perturbatrice, tout fut essayé en vain; tout échoua. Si j'en crois les demi-confidences que j'ai pu recueillir à Simféropol, à Ratchi-Serai et dans la Grimée méridionale, les Russes ont perdu en moyenne plus de 50 p. 100, plus de 1 sur 2 malades, malgré les soins dont ceux-ci n'ont cessé d'être entourés.
L'éloigneraenl du foyer générateur diminue l'intensité de la maladie et parlant la mortalité. D'à-
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. 1 lîl
près les statistiques et les documents officiels, que nous pouvons comparer puisqu'ils sont établis dans le même esprit et d'après les mêmes principes et qu'ils pèchent conséquemment dans le même sens, soit en exagérant, soit en diminuant, la mortalité a été à peu près pareille en Crimée et à Constantinople ; en effet, il y a eu ici un peu moins, là un peu plus de 50 décès p. 100. C'est que les hôpitaux de Constantinople étaient devenus un foyer typhique tout comme la Crimée : les hommes couchés dans les lits pour diverses maladies ont reçu l'imprégnation en Crimée et en subissent une nouvelle à Constantinople ; l'encombrement règne dans cette ville comme en Crimée ; la contagion est aussi active au moins dans ces vastes hôpitaux à air confiné, que dans les baraques de Crimée, séparées, disséminées dans la campagne.
Nous ne savons quelle a été la mortalité à Marseille, à Toulon, au Frioul ; mais, dans l'intérieur, le typhus s'est montré incomparablement moins grave qu'en Orient, comme nous le verrons dans la troisième partie de cet ouvrage.
II va sans dire que les typhus simples sont moins souvent suivis de mort que les typhus sévissant sur des individus déjà atteints d'affections graves. Ma mortalité générale, de 30 p. 100; se décompose ainsi: typhus simples, 20 p. 100, typhus complexes, 40 p. 100. Ces catégories ont encore besoin de sub-
divisions. Les typhus simples survenant chez des individus en pleine convalescence de diverses maladies, mais ayant séjourné en Crimée et subi les misères de la campagne, étaient plus souvent suivis de mort que lestyphus communiqués à nosinfirmiers militaires, qui avaient toujours été bien nourris. Nous reléguons dans la catégorie de la provenance criméenne les infirmiers auxiliaires récemment investis de ces fonctions, choisis soit parmi les convalescents, soit parmi les hommes fatigués et arrivant de Crimée. Parmi les typhus complexes, il faut aussi établir une subdivision, selon qu'ils sévissaient sur des individus peu gravement atteints ou affectés de maladies locales sans importance majeure, cas les moins graves; ou que le typhus trouvait l'anémie, la cachexie scorbutique profonde, des lésions intestinales chroniques avec marasme, etc., cas à peu près constamment mortels.
§13. nébiit.
Laissons de côté les cas complexes, dans lesquels le début est souvent modifié par la maladie concomitante, pour envisager les cas solitaires, objet principal de ce travail.
Chez les individus sains pris de typhus, le début a été brusque dans environ deux cas sur tiois ; le plus souvent la brusquerie a été complète, la maladie
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. J 5^
ayant fait subite invasion au milieu de la santé la plus entière, ou dans le cours d'une convalescence franche qu'aucun symptôme étranger ne venait surcharger. Moins souvent, il y avait, indisposition, datant de un, deux, trois et même un plus grand nombre àe jours, quand l'invasion a eu lieu. Cette indisposition consistait soit en légers accidents catarrhaux, soit en lassitude, brisement, soit en embarras gastriques, soit en quelques vertiges et en un peu de céphalalgie. Le sujet ne s'en inquiétait pas ; si c'était un convalescent, il ne nous en parlait pas; si c'était un infirmier, il n'en continuait pas moins ses fonctions.
C'est le soir ou la nuit que le sujet était pris brusquement de céphalalgie et de chaleur ; ce sont là les deux symptômes les plus marqués et les plus fréquents. Dans un tiers des cas, il y avait un frisson plus ou moins marqué, suivi de chaleur moite, plus rarement sèche. Parfois un accès à trois stades, mais cela n'a pas été le cas le plus commun dans nos salles, se déroulait au début, avec accompagnement des autres symptômes. Parmi les phénomènes qui se manifestaient d'ordinaire dès le début, mais qui étaient plus ou moins marqués et qui pouvaient même manquer, signalons les vertiges, les bourdonnements d'oreilles, le tremblement des membres, des nausées, des vomissements, des douleurs dans les membres, parfois des lypothymies. Nous le ré-
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pétons, la céphalalgie et la fièvre étaient les symptômes fondamentaux. Fréquemment l'insomnie ou les rêves nocturnes se manifestaient dès l'origine, et, presque immanquablement la turgescence du visage, la rougeur des conjonctives et du faciès se montraient aussi au début. Le lendemain matin, les phénomènes étaient un peu calmés, pour reprendre le soir et tomber encore un peu ou point dans la matinée consécutive ; puis il n'y avait plus aucun apaisement.
Que de fois, en apercevant un faciès et des conjonctives rouges, je m'arrêtais devant un convalescent ou un homme guéri ! Interrogé, il disait ne pas se trouver mal. Il ne jugeait pas son indisposition assez prononcée pour encourir le risque de la diète en la dénonçant : la fièvre était en partie apaisée ; le pouls encore développé, un peu fréquent, mais dépressible, caractère qu'il affecte si souvent dans le typhus; la céphalalgie était souvent légère, c'était plutôt un embarras de la tête, et le sujet n'avait pas perdu tout appétit. C'était le typhus pourtant î La rougeur de la face et des conjonctives, signe sur la valeur duquel nous avons insisté fortement, M. Fauvel et moi, dans nos discours académiques, est un phénomène précieux, parce qu'il saute facilement aux yeux du médecin qui, accablé de travaux et ayant deux ou trois cents malades à visiter, laisserait échapper un phénomène moins saillant et
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDÉMIE. 161
exigeant des explorations. M. Netter signale aussi la dépressibilité du pouls comme un excellent signe, dépressibilité qui s'allie très-bien, du reste, avec le développement et la fréquence du battement artériel ; mais il faut déjà une exploration à laquelle on ne peut se livrer chez tous les convalescents, tandis qu'un coup d'œil suffit pour révéler la rougeur du faciès et des conjonctives. Ces derniers phénomènes, du reste, ont été signalés par beaucoup d'anciens auteurs, surtout par les m.odernes, qui ont écrit sur le typhus d'Amérique et d'Europe, et notamment par ceux qui ont observé la récente épidémie du typhus de l'armée d'Orient.