INTRODUCTION
$ 1. — Définition et causes du vagabondage.
Statistique
Le vagabondage est l'état des gens qui ont l'habitude d'errer ça et là, sans but, sans travail et sans moyens connus ou licites de satisfaire aux besoins ordinaires de l'existence (1).
Vices propres à l'individu, éducation ou manque d’éducation de la famille, infirmités naturelles ou accidentelles sont autant de causes variées et multiples du vagabondage.
Le vice dominant chez le vagabond est incontestablement la paresse. Chezles uns : paresse innée, instinctive, d'autant plus impérieuse que très souvent elle n’est combattue ni par les bons exemples, ni par les bons conseils d’une famille soucieuse de ses devoirs d'éducation. Chez les autres, paresse voulue au début,
(1) Dazroz, Répertoire. V° Vagabondage.
peu à peu invincible, finissant par atrophier l'énergie, résultat d'entrainements néfastes. C'est l’ancien paysan grisé par les attraits de la ville endimanchée, qui, libéré du service militaire, cherche un gain facile à l’atelier que bientôt il doit déserter devant la concurrence des ouvriers. C’est l'artisan des villes qui, ignorant les principes d’ordre et d'épargne, se laisse aller à un invincible entrainement vers les dépenses d’un luxe hors de proportion avec l'augmentation des salaires. C’est le jeune homme qui, après de modestes succès à l’école communale, abandonne la vie agricole ou commerciale, faisant la chasse aux diplômes insuffisants pour assurer l'existence matérielle, Tous forment alors, suivant une expression heureuse, « la classe des déclassés (1) ». L'oisiveté, chez eux, étant plus que jamais la mère de tous les vices, ils deviennent promptement de dangereux parasites pour la société. Ge sont ceux-là qui, traînant leur misère sur les grandes routes, vont de ville en ville, de village en village, vivant ici de la charité publique, là spéculant sur la peur que leur vue inspire au paysan qui craint le vol ou l'incendie. Il suffit d’avoir assisté à une audience d’un tribunal correctionnel pour les connaître : vêtus de haiïllons, le teint pâle, l’œil hagard sous
un soureil froncé, c'est d'une voix rauque qu'ils font, à
(1) Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1899. E. Fourquer, Les vagabonds criminels,
M. Maxime du Camp a tracé un tableau saisissant du valet de charrue arrivant à Paris pour y chercher fortune et vite déçu dans ses espérances. (Revue des Deux-Mondes, 1884, p. 579.)
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cette question inévitable : « Pourquoi avez-vous quitté votre pays d’origine ? », cette invariable réponse « Parce qu'il n’y.avait plus de travail. »
Plus de travail ! Est-ce que parfois cette réponse serait une vérité ? Est-ce qu’il existe des hommes qui désirant travailler ne peuvent le faire? Y a-t-il, pour employer des expressions modernes, à côté des «volontaires de lindigence », des « forçats du chômage (1) ». Hélas oui ! et si l'on joint leur nombre à celui de toutes les victimes d’une mauvaise fortune qui n'ont point essayé, dès le début, de lutter avec courage contre l’oisiveté, on arrive àaun chiffre qui classe le chômage parmi les causes certaines du vagabondage (2).
Si le manque de travail est généralement l’excuse invoquée par l'individu prévenu du délit de vagabondage, bien souvent aussi ce prévenu allègue un état maladif ou une infirmité incurable et souvent cette allégation est malheureusement exacte. Rentrés à l’hôpital à la suite d’un accident ou d’une maladie, combien d'ouvriers en sortent ayant perdu leurs forces après avoir perdu
leurs places; abattus, découragés, ils vont devant eux,
(1) Le Correspondant, année 1892, p. 836 (Maurice Vaurax, Le chômage de l’ouvrier.) .
(2) M. Moron, directeur de l'Office du travail, a évalué à 30°/, le nombre des travailleurs atteints par chômage. De plus les statistiques ont révélé qu'en 1891 il y a eu 2,841,000 places demandées aux bureaux de placements autorisés, aux syndicats, sociétés de bienfaisance, etc. Il en a ‘été procuré 1,122,600, pas la moitié ! (Rapport de M. Drioux au V° Congrès pénitentiaire international, p. 180 de la Revue de la Commission pénilenliaire
unternalionale, avril 1895.)
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espérant gagner le salaire nécessaire pour vivre, mais pas assez heureux où pas assez habiles pour trouver de l'ouvrage, hésitants tout d’abord, ils finissent par tendre la main. C’est alors la chute complète qui les fait glisser jusqu'aux bas-fonds de l’oisiveté.
Ainsi donc : vices propres à l'individu, chômage, infirmités accidentelles ou maladies, telles sont les sources principales du vagabondage. Et malheureusement la statistique pourrait nous faire craindre que ces sources soient intarissables si, comme nous le constatons au cours de cette étude, la faiblesse de la répression et l’absence d’une organisation complète de l’assistance en France n'étaient l'explication du développement toujours croissant de ce fléau.
Aussi pour bien mesurer l'étendue du mal, nous semble-t-il indispensable de reproduire ici les chiffres
révélés par les comptes généraux de Administration de la justice criminelle établis sous le contrôle du Ministère de la justice.
MS Nombres moyens annuels par périodes quinquennales de 1826
à 1880, des affaires et des prévenus jugés en matière de vagabondage (art. 271 C. P.). .