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public. Enfin il leur sert de porte-drapeau et de portevoix pour leurs revendications collectives, pour l’étude et la défense des intérêts généraux. Ce n’est pas encore assez; le Comité central a compris que quelque féconde que fût l'assistance par le travail, en ellemême, elle pourrait encore accroître ses bienfaits et ses services, si elle entretenait des rapports plus étroits avec certaines œuvres extérieures à son objet, mais qui procèdent d’un principe voisin, par exemple, les bureaux de bienfaisance, l'assistance aux anciens militaires, le patronage des libérés, l'hospitalité de nuit, en un mot les œuvres qui ont pour but commun de venir en aide aux malheureux intéressants, et, au contraire, de lutter contre le vagabondage et la mendicité. »
Et M. Cheysson conclut ainsi : « Le Comité central a compris son rôle à tous les points de vue, ila exploré un vaste champ, et un champ plus vaste encore s’ouvre devant son activité. Ces résultats, il importe de les répandre le plus possible et de les vulgariser dans le public, de mauière à augmenter encore l'intensité de ce mouvement qui s'annonce de toutes parts... Pour nous, qui sommes les amis et les promoteurs de l'assistance par le travail, nous devons résolument nous dévouer à elle, servir sa cause, chercher à étendre ses bienfaits et ses applications » (1).
(1) Extrait de la Revue philanthropique du 10 février 1899
Ces paroles sont bien la manifestation du désir d’entrer résolument dans la voie des réformes. C’est aussi un appel à toutes les bonnes volontés, qui, pour être mieux entendu, a besoin de l'appui indispensable des pouvoirs publics (1).
Cet appui a déjà été donné à des sociétés dont le but est d’une utilité toute secondaire, comparé à celui qui est poursuivi par le Comité central; aussi a-t-on vu des sociétés créer des sortes de succursales dans chaque département et atteindre ainsi des résultats importants. C’est un exemple à imiter et c’est le meilleur moyen « d'étendre les bienfaits et les applications de l’assis- « tance par le travail ».
Des comités créés en province et placés sous le contrôle du Comité central avec lequel ils seraient en relation directe, pourraient alors, grâce aux subventions de l'Etat ou du département et grâce aussi aux cotisations de ses membres, fonder, soit des établissements de travail comme ceux qui existent à l'étranger, soit des colonies agricoles comme celle de La Ghalmelle, dont l’œuvre mérite des imitations.
L'intervention de l’État peut encore, à notre avis, se manifester sous une autre forme, dans l'assistance à accorder aux travailleurs. Nous avons vu qu’une des
(1) M. Charles Dupuy, président du Conseil des ministres, signalait aux préfets à la fin de l’ânnée 1894, par une circulaire du 8 novembre, l'importance des œuvres d'assistance par le travail et leur recommandait de les encourager.
causes du chômage était due aux variations temporaires dans le nombre des ouvriers employés par suite de modifications dans l'outillage, de l'ouverture de nouveaux débouchés, de l’atrophie de certaines parties de l’industrie. Il est bien difficile de parer à ces événements qui sont souvent la conséquence d’un excès de production. Pourquoi alors certains producteurs ne quitteraient-ils pas le pays où l’on produit trop, pour aller dans ceux où l’on ne produit pas assez ? Nous touchons ici à la question de l’émigration aux colonies qui est trop importante pour que nous songions à en pénétrer les détails dans une étude qui ne permet pas cette incursion sur un domaine aussi vaste. Mais nous croyons que faciliter l'émigration aux travailleurs, victimes d’un chômage, peut être une excellente mesure. Tout dernièrement nous avons eu le plaisir d'assister à la soutenance d’une thèse, au cours de laquelle l'insuffisance de la maind'œuvre aux colonies a été affirmée avec compétence (1). Il paraît donc naturel d'essayer d’une tentative qui pour-
rait être un remède à deux maux.
Enfin citons un projet de loi qui, présenté par MM. Henri Brisson, Fernand Rabier et Georges Trouillot, députés, est relatif à la sécularisation des biens actuellement détenus par les congrégations d'hommes
(1) Cette thèse, soutenue par notre excellent ami Rougé devant la Faculté de droit de Poitiers le 11 janvier 1900, a pour titre : Des Conditions auxquelles sont soumises l’émigration el l'immigration des travail-
leurs aux colonies françaises el étrangères.
non autorisées et à la constitution d’une caisse de retraite pour les travailleurs.
« Envisager l’ensemble des biens illégalement détenus . € par les congrégations d'hommes non autorisées ou leur « prête-noms, affecter ceux de ces biens qui ne seront « pas utilement revendiqués par les familles et qui sont, « par conséquent, des biens sans maître, à la dotation « d’une caisse nationale de retraite pour les vieux tra- « vailleurs des villes et des campagnes; établir dans « certains immeubles des maisons d'éducation ou d’assis- « tance concédées à l'Etat, aux départements ou aux « communes, moyennant des indemnités à payer à la « caisse des retraites. Voilà le système (1). »
Le nom des auteurs de ce projet et des questions délicates qu’il soulève sont autant de titres à l'attention du législateur. Faite sans passion, et avec l'unique souci d’être utile à la société, cette proposition pourrait amener le vote d’une loi qui contribuerait pour une
grande part à l’œuvre de l'assistance des travailleurs.