HISTORIQUE
Le vaginisme est une affection dont la description méthodique remonte seulement à quelques années. C’est Huguier (1) qui, le premier, en 1834, a décrit, sous le nom de contracture spasmodique du sphincter du vagin, une affection « qui a la plus grande analogie avec la constriction spasmodique de l’anus, qui peut être essentielle ou symptomatique, mais qui est presque toujours produite par diverses espèces d’herpès ou d’eczéma. » Cette description est satisfaisante, et l’observation du célèbre gynécologiste serait des plus concluantes, s’il n’ajoutait plus loin : ce La muqueuse était entièrement insensible, la malade en enlevait des lambeaux de la lar- - geur d’une pièce de six liards avec un rasoir, sans i en souffrir le moins du monde ; les profondes cautérisations avec le nitrate d’argent n’étaient point ! douloureuses ; c’est à peine si celles faites avec le nitrate acide de mercure l’étaient. » Nous verrons
(1) Dissertation sur quelques points d'anatomie et de physiologie. (Thèse de Paris, 1834, n» 310.)
plus loin que le vaginisme est toujours lié à la douleur qui en est le symptôme capital.
Dupuytren et Lisfranc avaient également signalé un état particulier des organes génitaux, qui se rapproche beaucoup de l affection qui nous occupe. Ce dernier chirurgien, entre autres, fait un tableau frappant du vaginisme; mais tandis que Huguier négligeait le phénomène douleur pour signaler l’élément spasmodique, Lisfranc s’attachait surtout au premier de ces symptômes, et laissait le second passer inaperçu.
Dans un mémoire publié dans la Lancet, en 1849, M. Gream signale, comme cause de stérilité, un état particulier des organes génitaux qui s’oppose au coït, et dont le traitement mécanique fait toujours justice. Les détails qu’il donne sur cet état et les quelques observations qu’il cite nous montrent qu’il s’agissait bien du vaginisme.
En 1851, Borelli publiait, dans la Gazette médicale sarde, un intéressant article dans lequel il comparait la contraction et la fissure vulvaires aux affections correspondantes de l’anus. M. Ilervez de Chégoin avait, en 1847, appelé l’attention sur le même sujet. Signalons en passant l’article de Tanchon, dans la Gazette des Hôpitaux, où il est question de certaines névroses de la vulve, dont la des-
cription donne assez l’idée du vaginisme, mais où l’élément spasmodique est entièrement négligé.
Malgré ces observations, malgré des faits analogues signalés par Denman, Burns, en Angleterre,
Busch et Kiwisch, en Allemagne, la question était toujours très-obscure, et la contracture spasmodique du sphincter vaginal n’avait pu trouver place dans le cadre nosologique.
En 1861, Sims et Simpson ont de nouveau attiré l’attention sur ce sujet. Une question de priorité peut être soulevée ici. D’un côté, nous voyons Sims (1) publier un nombre assez considérable d’observations pour tirer des conclusions; et de l’autre, nous trouvons une note de Simpson dans YEdinburg medical journal, dans laquelle il est question d’un « spasme permanent de quelques-unes des fibres musculaires placées autour du vagin, spasme de même nature que celui du muscle sterno-cleïdo mastoïdien qui produit le torticolis. »
« Je crois, dit le même auteur, que le siège anatomique ordinaire de ces contractions vaginales douloureuses est, soit dans le faisceau des fibres musculaires formant le bord antérieur du releveur de l’anus, soit dans les duplicatures du fascia pelvien ou recto-vésical, au point où le canal vaginal perce le fascia et reçoit ses insertions et ses prolongements. Le plus souvent, la stricture n'occupe pas toute la longueur du canal vaginal, mais elle est située tout à fait à son orifice; elle parait alors résulter de /’ hypèresthèsie vaginale; parfois l’excès de sensibilité des surfaces muqueuses de la vulve et du vagin est causé par des éruptions ou d’autres
(i) Notes cliniques sur la chirurgie utérine, elc. Paris, 18Gti.
états morbides de ces surfaces muqueuses (1). »
Le chirurgien d’Edimbourg avait donc, la môme année que M. Sims, donné une assez bonne description du vaginisme. Mais, néanmoins, on ne saurait refuser à ce dernier auteur le mérite d’avoir nettement défini un état morbide important, en même temps qu’il en indiquait, d’une manière précise et rationnelle, la nature et le traitement.
Quoi qu’il en soit, c’est à partir de cette époque que le vaginisme a trouvé place dans le cadre nosologique. Il a été, en effet, décrit dans les principaux traités de pathologie utéro - génitale . MM. Courty, Gosselin, Gallard, Churchill, etc., lui consacrent une place dans leurs ouvrages. MM. Charrier et Yisca en ont fait le sujet de leurs thèses inaugurales; plus récemment encore, MM. Stolz, Demarquay, Revillout, etc., ont écrit d’intéressants articles dans la presse médicale contemporaine.