‹ Du vaginismeChapitre 21 sur 26 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(< Gazette des hôpitaux, 29 août 1874, M. le docteur Revillout.)

Il y a trois ans environ, une femme jeune, primipare, trèsbien musclée, était entrée à l’Hôtel-Dieu pour y faire ses couches.

Comme le travail se prolongeait, l’interne du service pensa qu’il y avait lieu de recourir au forceps. En conséquence, il introduisit les branches de l’instrument, et, paraît-il, il n’éprouva aucune difficulté pour le faire. La tête était encore au détroit supérieur ; les premières tractions furent inefficaces; et, n’osant insister, le jeune opérateur crut devoir recourir aux lumières d’un accoucheur de profession. Avant de le faire appeler, il eut soin de retirer les branches du forceps.

Cet accoucheur, homme très-distingué à tous égards et dont le nom fait autorité, arriva trois quarts d’heure plus tard environ. 11 voulut, lui aussi, terminer l’accouchement par le moyen des fers ; mais quand il essaya d’introduire à son tour une des branches de l’instrument, la chose lui fut impossible. Un peu au-dessous de l’utérus, le vagin était divisé en deux parties, pour ainsi dire, par une sorte de double bride qui s'étendait de chaque côté d’avant en arrière, à peu près perpendiculairement à l’axe du corps.

Quelle pouvait être la nature de cette double bride?

L’accoucheur en renom jugea qu’elle devait être cicatricielle. Et maigre les affirmations réitérées du jeune interne, il se refusa à admettre que l’introduction du forceps eût été possible moins d’une heure plus tôt.

Du moment où l’obstacle était considéré comme le résultat

de cicatrices, la conduite à suivre était toute tracée : on ne devait pas espérer de le voir céder de lui-même, car les tissus modulaires ne se prêtent pas facilement 5 une dilatation physiologique. Le mieux était donc de recourir à l’instrument tranchant sans plus tarder.

On fit de chaque côté du vagin une longue incision parallèle à l’axe de ce canal, et, par conséquent,- à peu près perpendiculaire à la base des deux replis en question. L’enfant fut retiré alors sans difficulté.

Trois jours après, la femme mourut. L’autopsie fut faite avec grand soin : j'y assistai. On trouva du pus dans les veines du petit bassin, ce qui expliquait l’issue funeste. Mais quant à des brides cicatricielles ou autres, on c’en rencontra pas la moindre trace; le vagin était sain et tout-à-fait normal; autour des plaies, aucune saillie, aucun relief n’expliquait la nécessité dans laquelle on s’était trouvé de pratiquer de larges débridements à droite et à gauche.

On ne pouvait pourtant pas admettre que l’accoucheur se fût trompé en croyant sentir un double obstacle, un double repli fortement tendu fermant en partie le vagin, comme une cloison incomplète, vers la moitié de sa hauteur. Avant d’y porter le bistouri, il l’avait fait toucher par l’interne, qui, malgré son étonnement, avait dû se rendre à l’évidence.

Mais maintenant, il était certain qu’il s’élait agi d’un phénomène momentané, dont le mécanisme de propuction semblait nécessiter l’hypothèse d’une contracture ayant siège dans quelque faisceau musculaire.

Mais quel pouvait èti e ce faisceau ?

Appartenait-il au vagin iui-méme ou se trouvait-il extérieur à lui?

Il était peu probable que ce fût une partie de la tunique musculaire du vagin, car une contracture des fibres musculaires de cet organe aurait produit une contraction circulaire et non bilatérale.

Or, en dehors du vagin, les auteurs ne décrivent à ce niveau aucun muscle qui pût produire un étranglement.

Ainsi, pour le moment, le problème se posait sans qu’on pût entrevoir encore une solution. Le fait paraissait exceptionnel, sans analogue ; mais une fois que j’eus l’attention éveillée sur ce point, l’occasion se présenta vite de faire des rapprochements utiles.

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