PATHOGÉNIE
Il est quelquefois difficile de séparer la pathogénie d’une affection de son étiologie ; on ne s’étonnera donc pas de trouver dans ce chapitre quelques considérations qui eussent pu trouver leur place dans une autre partie.
Pour ce qui est du vaginisme supérieur, que nous n’avons pas observé nous-mêmes, mais auquel les deux observations de M. Revillout, que nous publions à la fin de ce travail, donnent une existence incontestable, sa production mécanique s’explique d’une manière satisfaisante, en faisant intervenir certains muscles du périnée. Ces muscles, très-développés chez certaines femmes, peuvent, en se contractant, étrangler latéralement la partie moyenne du vagin et s’opposer ainsi à l’introduction d’un corps étranger, quelle que soit sa nature (voir le chapitre Anatomie) . Mais pourquoi ces muscles, habituellement soumis à la volonté, se contractentils ? Pourquoi la muqueuse vaginale est-elle le siège t d’une vive hÿpéresthésie? Il s’agit évidemment ici de contractions réflexes; mais ces contractions ne se produisent pas chez tous les sujets avec une égale intensité, puisque, chez les uns, le coït est
aisément accompli, tandis que, chez d’autres, il est tout à fait impossible. Il faut donc chercher l’origine de ces spasmes réflexes, et nous n’en trouvons l’explication que dans les deux hypothèses suivantes : ou bien ces contractions involontaires reconnaissent pour cause une excitabilité excessive au moment du rapprochement sexuel, ou bien, ce qui est infiniment plus probable, elles sont produites par l’irritation d’un corps étranger sur une partie malade de la muqueuse vaginale. Cette dernière hypothèse se change presque en certitude, si l’on procède à un examen attentif de faits et si l’on considère que, dans toutes les phlegmasies intenses du conduit vulvo-vaginal, il existe au moindre contact des contractures spasmodiques extrêmement douloureuses. Quant à expliquer le vaginisme supérieur par la contraction des fibres de la tunique propre du vagin, cela nous paraît tout à fait impossible; ces fibres, qui ont une direction longitudinale et transversale, sont trop faibles pour produire la stricture observée dans les cas que nous reproduisons. Cette stricture était, du reste, bilatérale.
Il n’en est point de même pour la contraction de l’anneau vulvaire qui produit le vaginisme inférieur . Cette contraction est, on le sait, énergiquement niée par M. Gosselin, qui n’a jamais pu la constater. «Envoyant le grand nombre d’auteurs qui admettent aujourd’hui le spasme, nous dit le
chirurgien de la Charité, je me demande sur quelles investigations ils appuient leur opinion. Ils ne le disent pas, ils ne prouvent rien, et semblent entraînés par ces deux considérations : 1° que le coït est empêché, et que cela ne peut s’expliquer autrement que par la contraction du sphincter ; 2° que les choses se passent comme dans la fissure anale.
« Mais de ces deux considérations, la première est pour moi sans valeur ; car pourquoi le coït est-il empêché ? Ce n’est pas parce qu’il y a un obstacle absolu par le sphincter, c’est tout simplement parce que l’intromission ne peut se faire sans une certaine dilatation et une pression qui éveillent la souffrance. En définitive, chez presque toutes les femmes, chez celles surtout qui n’ont pas eu d’enfant à terme, l’entrée du vagin est d’un diamètre plus petit que le pénis; seulement cette entrée est extensible et le pénis la dilate. Quand il y a souffrance, la dilatation reste possible; elle ne se fait pas, parce que les conjoints s’arrêtent. Si le mari veut absolument passer, il passe, mais fait souffrir. Je ne vois pas dans tout cela la nécessité et surtout la preuve du spasme ; on me répond : mais la douleur provoquée par la tentative de la dilatation doit amener, par une action réflexe, la contraction du sphincter. Qu’en savez-vous? car, sur d’autres femmes, j’ai fait les mêmes explorations que sur celle-ci, et je n’ai jamais pu apprécier le resserrement spasmodique. D’ailleurs, ce sphincter, dont on admet si complaisamment la contraction, vous
connaissez sa ténuité, sa faiblesse. Si énergiques que soient ses contractions, elles ne fermeraient jamais assez l’orifice vulvaire pour l’empêcher d’être franchi par un corps dilatant bien conduit. »
Malgré le respect que nous professons pour M. Gosselin, nous ne saurions accepter la totalité de ses conclusions, surtout en ce qui concerne la possibilité d’une contraction spasmodique du constricteur de la vulve. Nous n’avons pas la prétention de dire que ce muscle peut produire un resserrement assez considérable pour mettre un sérieux obstacle à l’intromission, mais nous affirmons simplement que, sous l’influence de certains états morbides, il peut présenter, lorsqu’on l’irrite, les contractions réflexes les plus manifestes.
Est-il besoin d’insister sur ce sujet? Est-il besoin de dire qu’un muscle qui se contracte physiologiquement et sous l’influence de la volonté, peut également se contracter par action réflexe? 11 n’est pas, du reste, nécessaire d’être physiologiste pour observer ces contractions. Beaucoup de personnes, peu familiarisées avec la science, ont observé, pendant l’accomplissement du coït, ce resserrement spasmodique et quelquefois voluptueux, qu’éprouvent certaines femmes, et dont nous n’osons rappeler ici le nom vulgaire.
Laissons cette comparaison, peut-être un peu risquée, et disons, cette fois avec M. Gosselin, que la plupart des auteurs ont exagéré le degré de contraction de l’anneau vulvaire dans l’affection
qui nous occupe. Malgré les affirmations de Sims, nous nous permettons de considérer comme douteuse l’existence d’un vaginisme invincible, et nous croyons que, dans la grande majorité des cas, c’est la douleur et non la stricture qui s’oppose à l’intromission.
Il nous reste à dire quelques mots sur le rôle pathogénique de la fissure. Cette lésion, moins commune à la vulve et au vagin qu’à l’anus, produit la contraction réflexe du sphincter, en irritant la muqueuse et en provoquant la douleur. On connaît la loi de Boyer : « Toutes les fois qu’un plan musculaire est recouvert par une muqueuse, si celle-ci vient à s’ enflammer, les fibres musculaires sous-jacentes peuvent devenir le siège d’une contracture spasmodique. » Cette loi ne fait nullement exception pour le sphincter et peut très-bien s’appliquer au vagin et à l’anus.
Disons, en passant, que M. Gosselin repousse toute analogie entre les fissures de l’entrée du vagin et celles du rectum, et qu’il n’admet pas non plus la contraction spasmodique du sphincter anal à la suite de cette dernière affection.
Cruveilhier, et plus récemment Revillout, ont fait ressortir l’action des faisceaux moyens du releveur de l’anus, dans la constriction vulvaire (voyez le chapitre Anatomie). C’est donc la présence de ce muscle, jointe à celle du constrictor cunni, qui peut,
à un moment donné, produire le vaginisme, plutôt que l’élasticité des tissus composant l’anneau vulvaire, comme l’avait avancé M. Richet.