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CHAPITRE VIII

SYMPTOMATOLOGIE

Douleur excessive au moment du coït, et en rendant l’accomplissement impossible, voilà le principal, sinon l’unique symptôme accusé par les malades. Cette douleur est telle qu’elle arrache des cris, produit quelquefois la syncope et inspire à la femme une répugnance invincible pour le rapprochement sexuel.

Dans certains cas cependant, le symptôme douleur est moins accentué, l’intromission pénienne est possible à la rigueur, mais les souffrances qu’elle entraîne empêchent les époux de l’effectuer. Le plus souvent la femme supporte cet état par crainte de l’avouer à un médecin, et les choses en restent là. D’autres fois, pressée par les instances du mari, elle se décide à chercher un remède à son état. Mais avant de réclamer le secours de l’art, elle consulte d’abord quelque matrone dont les conseils lui sont le plus souvent inutiles.

La femme se présente donc enfin chez le médecin, seule ou accompagnée d’un mari, d’une mère ou d’une amie. Son embarras est grand, et les ex-

plications qu’elle donne manquent généralement de clarté; elle ne sait ce qu’elle a, elle craint d’être conformée autrement que les autres, et finalement elle avoue que l’acte conjugal n’a jamais eu lieu d’une manière complète, et que son accomplissement est excessivement douloureux.

C’est plus qu’il en faut pour mettre le médecin sur la voie, mais il doit néanmoins réserver son diagnostic jusqu’à ce qu’il ait procédé à l’examen local. Cet examen auquel la femme est presque toujours résignée, est indispensable; c’est sur lui seul qu’on pourra asseoir les bases d’un traitement rationnel, et c’est parce qu’il a souvent été fait d’une manière incomplète, que le vaginisme est resté jusqu’à ce jour si peu connu.

Après avoir placé la femme dans une position convenable, on écartera avec un soin extrême les petites lèvres, et on y recherchera les lésions que nous avons signalées à propos des causes. L’examen du vagin demande encore plus de précaution ; on se gardera bien d’y introduire le doigt comme dans un toucher ordinaire, on s’exposerait alors à produire inutilement de la douleur, et même à arracher des cris, ce qui serait fort désagréable, mais on essayera seulement de faire pénétrer la pulpe de l’index, afin de constater le degré de contraction du sphincter. Si les douleurs produites par cette première introduction ne sont pas trop vives, on tentera l’application d’un petit spéculum américain, afin d’examiner l’état des parois vaginales et

de rechercher les fissures qui pourraient exister à rentrée de ce canal. Dans certains cas très-prononcés, l’introduction du spéculum est absolument impossible; il se présente alors diverses indications sur lesquelles nous reviendrons, à propos du traitement.

MM. Demarquay et Saint-Vel donnent, au sujet de l’examen, d’excellents conseils (1). « L’introduction du doigt est insuffisante, nous disent ces auteurs, parce que la douleur s’oppose à ce qu’on reconnaisse le siège et la nature de la lésion. Si, au lieu de cet examen insuffisant et de cette conclusion hâtive, on veut se rendre un compte exact, si, au lieu d’explorer les organes génitaux à l’extérieur seulement, on introduit avec précaution un petit spéculum américain, on déprimera sans douleur, dans beaucoup de cas, une des parois du vagin, et l’on découvrira un état inflammatoire, une fissure, une rhagade ou telle autre lésion limitée, sur la paroi vaginale antérieure ou sur la postérieure. Le diagnostic et le traitement seront alors fixés avec précision. Disons, par avance, que nous n’avons jamais rencontré de vaginisme dont nous n’ayons, avec de la patience, trouvé la cause matérielle. »

La membrane hymen existe dans quelques cas où le mari n’a pas eu l’adresse ou la force nécessaire pour la rompre; dans d’autres, il n’en reste

(i) Gazette hebdomadaire, n° 4o, 30 octobre 1 874.

plus que des traces qui sont alors le siège d’une inflammation assez vive. Ces deux circonstances sont évidemment favorables à la production et à l’entretien du vaginisme. Dans un cas où l’hymen circulaire avait été détruit par les premiers rapports, les coroncules myrtiformes étaient remplacées par des excroissances épithéliales qui entouraient l’orifice vaginal et entretenaient ainsi une vive irritation dans la région.

La contraction spasmodique est un symptôme important qui échappe souvent à l’observation du médecin, soit qu’il fasse défaut au moment de l’examen, soit qu’il n’existe pas réellement. On observe tantôt de la contraction, tantôt de la contracture; mais cette dernière est très-rare. Il ne faudrait pas prendre pour de la contracture la tonicité du sphincter et des fibres du vagin qu’on observe fréquemment chez les vierges et chez les femmes chez lesquelles les premières approches ont produit le vaginisme. La malade que nous avons observée à la Pitié présentait un peu de tonicité des fibres musculaires vaginales, mais la première phalange du doigt, introduite avec peine, ne ressentait aucune constriction qui pût faire croire à un état spasmodique.

Dans certains cas ou les signes fournis par l’examen local paraissent insuffisants, il est utile d'interroger le mari sur les circonstances qui ont accompagné les tentatives de rapprochement cou-

jugal. Les symptômes observés à ce moment sont importants à connaître, car ils caractérisent trèsbien le degré d’intensité de l’affection. A la suite de quelques essais aussi douloureux qu’infructueux, la femme acquiert une certaine répugnance pour le coït; cependant, dans l’espérance de voir disparaître cet état, elle se soumet avec courage à de nouvelles tentatives. C’est alors que la douleur acquiert son paroxysme; la face exprime la terreur, la respiration et le pouls s’accélèrent et un état convulsif se déclare. La femme pousse des cris, demande grâce, les muscles adducteurs se contractent violemment en même temps que ceux du périnée; cet état se terminerait évidemment par la syncope, si les tentatives d’intromission étaient continuées.

Il faut également signaler quelques symptômes généraux assez graves pour attirer l’attention du praticien, alors même que l’affection primitive ne lui serait pas révélée. Les malades maigrissent, perdent l’appétit, et leur santé générale s’altère rapidement; ils sont sujets aux névroses et à la dysménorrhée et deviennent chlorotiques.

Nous n’insistons pas sur les diverses affections concomitantes qui peuvent être observées et que nous considérons la plupart comme des causes occasionnelles du vaginisme. Nous en avons cité la plupart lorsque nous avons étudié l’étiologie de cette affection. Tels sont les troubles de la mens-

truation, la leucorrhée, la vaginite, le ténesme anal et vésical, les déplacements utérins, les ulcérations du col et les diverses lésions pouvant exister dans les organes génitaux tant internes qu'externes.

11 n’est pas nécessaire de dire que presque toutes les malades atteintes de vaginisme tombent dans un état de découragement et de tristesse. Les facultés affectives s’éteignent, l’amour conjugal est quelquefois remplacé par une complète indifférence et le mari s’en va souvent demander à d’autres ce que sa femme ne peut lui donner. L’espoir d’avoir un enfant est perdu et tout le bonheur rêvé par les époux au commencement de leur union se change en tristesse et en regrets.

11 nous reste maintenant à parler d’un symptôme fonctionnel important, la stérilité. Quoique les exemples de grossesse coïncidant avec la présence de l’hymen ne soient pas rares, on ne saurait néanmoins les considérer autrement que comme des exceptions. Scanzoni a beaucoup étudié la question et il l’a placée sous son véritable jour en disant que, dans le vaginisme, l’impossibilité de pratiquer l’intromission pénienne était la seule cause qui put produire la stérilité. Cette impossibilité est le résultat de la contraction des muscles du sphincter et de ceux du périnée, mais plus encore de la douleur éprouvée par la femme au moment du coït. Qu’on éthérisé la malade, comme l’a fait Thomas,

de New-York, la copulation et la fécondation seront possibles, malgré le vaginisme le plus prononcé.

Nous dirons donc que, lorsqu’il y a vaginisme, la stérilité est la règle. Les exceptions ne sont cependant pas très-rares; M. le professeur Lorain nous a communiqué une observation où la grossesse est survenue chez une femme chez laquelle l’accomplissement complet de l’acte conjugal avait toujours été impossible.

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