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La question ainsi dégagée se réduit à un territoire assez peu étendu : l’Istrie occidentale avec Trieste et, en dehors de l’Istrie, la ville de Riéka ou Fiume.
Riéka est un point sensible. En réalité, les Italiens n’ont aucun droit sur Riéka, ils ne peuvent même pas invoquer ici le fameux Traité de Londres d’avril 1915, puisque ce traité — qui est toujours secret, Que nous connaissons par hasard, parce qu’il a été cité à la tribune britannique, que les journaux anglais l’ont publié et qu'après on a permis d’en donner des extraits en France — ce traité ne compre-
nait pas Riéka dans les territoires abandonnés à l’Itake. Si on y joint le faubourg de Souchak, qui n’est séparé d’elle que par un ruisseau et que les Magyars en avaient détaché pour faciliter leur domination, la population est en majorité slave ; parmi ceux qui se déclarent italiens, beaucoup sont des Juifs, ou des Magyars ; les Italiens d’origine, d’ancienne date, y sont, incontestablement, une faible minorité. Tous, Italiens ou Slaves, ont un trait particulier : ce sont surtout des commerçants ; ils veulent faire leurs affaires et ils sont décidés à se rattacher au pays qui leur offrira le plus sérieux avantage. Or, entre l'Italie et la Yougoslavie, ils n’hésiteront pas. Du reste, les Italiens ne dissimulent pas leurs intentions. Ils déclarent : « Nous voulons Riéka parce que si nous avions Trieste sans Riéka, Riéka ruinerait Trieste ; si nous avons Riéka et Trieste,nous ruinerons Riéka et nous pourrons développer le port de Trieste. » Cette perspective n’est pas de nature à réjouir outre mesure les armateurs et les négociants de Riéka. C’est pourquoi il n’y a à Riéka aucun parti italien.
Le port de Riéka, le grand port de la Croatie, le port futur de la Tchécoslovaquie, a pris un développement très rapide, c’est une ville très prospère grâce aux capitaux, aux armateurs, aux marins dalmates. Ce sont des Dalmates, des
Serbo-Croates qui sont les chefs des grandes compagnies maritimes, qui ont la part principale dans les entreprises
les plus actives, et ils ne peuvent prospérer, se développer
et grandir que grâce à leurs relations avec l’intérieur.
Pour Trieste et pour l’Istrie, c’est autre chose. Il y a à Trieste un parti qui se dit irrédentiste ; c’est un parti de pure surface qui n’a pas de convictions ardentes en faveur de l'Italie. L’irrédentisme d’ailleurs en Italie na jamais été qu’un mouvement extrêmement superficiel, il fait illusion de dehors parce qu’il dispose de quelques journaux qui mènent grand tapage ; il laisse l'opinion absolument indif-
férente. Je sais par des témoins oculaires la façon dont se
préparaient les manifestations en Italie à la veille de la rupture avec l’Autriche, par exemple à Venise, =
On nous représente toujours Venise comme passionnée pour l’annexion de Trieste. Les manifestations y étaient organisées par une poignée d'individus que tout le monde
connaissait et les choses se déroulaient avec la simplicité et : la familiarité italiennes : quelques bandes de gamins de
douze à quatorze ans se réunissaient sur la place Saint-Marc
et ils commencçaient à crier, comme on crie dans le Midi, où
il arrive que l’on a plus de voix que de conviction. À côté de ces jeunes patriotes, la population, indifférente, scep-
tique, poursuivant quelquefois de ses sarcasmes ou de son ironie silencieuse les enthousiastes imberbes ; c’est ainsi,
sous l’œil bienveillant de la police, qui sait les moyens d’en-
tretenir cet enthousiasme factice, que se crée > peu à peu ce.
mouvement irrédentiste.
Angello Vivante, un Italien qui a écrit un livre fort intéressant sur Trieste et sur l’Istrie (1), dit que l’irrédentisme italien n’a jamais été qu’une machine de guerre des partis
() L' Irrédentisme adriatique.
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qui cherchaient à créer des difficultés au Gouvernement, et que les manifestations italiennes de Trieste n’ont jamais été que des agitations de surface ou des moyens d’obtenir quelque faveur des autorités viennoises. La fameuse tentative d’Oberdank ne peut être considérée que comme le suicide d’un jeune exalté, qui voyant s’eflondrer et disparaître le parti irrédentiste, cherchait à le galvaniser par son dévouement et par sa mort. Il y aurait donc une extrême exagération à prétendre que Trieste demande à être italienne.
Mais puisque nous admettons que nous sommes ici sur un terrain où la discussion est possible, il y a un double moyen d’arriver à une solution : l’arbitrage et le plébiscite. De même que les Serbes acceptaient l’arbitriäge du Tribuna
de La Haye au moment de la guerre de 1914, de même ils
sont disposés à admettre le plébiscite pour cette partie de l’Istrie qui est contestée. Si les Triestins veulent être Italiens, soit. Si, au contraire, ils veulent se réunir à l’État Yougoslave, il faudra tenir compte de leur volonté. Il me semble difficile de respecter plus complètement et plus scrupuleusement les principes du droit des peuples. Les Serbes ont uñe très grande force, ils ont pour eux, non seulement l’opinion unanime de leur peuple, mais ils ont encore les sympathies de la véritable opinion italienne.
Les chauvins italiens qui essayent de passionner les débats rendent un mauvais service à leur peuple et on éprouve quelque tristesse à voir un peuple qu’on admire et qu’on aime se laisser compromettre par quelques politiciens médiocres ou par quelques agitateurs qui, par mégalomanie, par vanité, par ignorance, jouent son avenir, sa bonne renommée et son influence dans le monde. Les véritables fondateurs de l'Italie, Thommaseo, Mazzini, Cavour, ont reconnu qu’elle devait avoir pour alliés les Slaves du Sud, que sa puissance, son développement, sa richesse, sa pros-
périté à la fois économique et morale étaient étroitement liés au développement de ces populations slaves et à l’amitié qui la rattacheraient à elles ; que ce serait grever d’une hypothèse redoutable la prospérité future de l'Italie, qui peut être si grande, et, en même temps, renier son passé, que de substituer des projets impérialistes et des désirs de conquête à l’idée grandiose, magnifique qui avait inspiré les apôtres du Risorgimento et les hommes qui, en 1915, ont amené l'Italie à rompre avec l’Allemagne.
En somme, l’Italie est entrée dans la guerre parce que son intérêt immédiat exigeait que la puissance allemande fût brisée, parce qu’une des premières victimes de la domination allemande aurait été l’Italie elle-même. Sans doute, : nous lui sommes reconnaissants, mais ce n’était pas notre affaire qu’elle faisait, c'était sa propre affaire. Elle était la première directement intéressée à ce que l’hégémonie germanique fût anéantie. Même vaincue, la France eût subsisté ; l'Allemagne victorieuse, l'Italie dans très peu de temps serait devenue purement et simplement une principauté “vassale. Déjà l’Allemagne était maîtresse de l’industrie, de la finance, du commerce de la Péninsule ; l'Allemagne avait mis la main sur les esprits, elle dominait les Universités, les écoles, elle faisait de cette grande héritière de Rome, de ce peuple destiné à représenter le principe du droit, une esclave de Berlin et des Hohenzollern. N’y avait-il pas là une raison suffisante pour pousser l'Italie à la lutte et la jeter dans le combat ? Ce serait abaisser son âme, renier son action, que de vouloir profiter de nos victoires pour essayer d'enlever aux Yougoslaves les territoires qui leur appartiennent. | 2
Dans tous les cas, je crois que les Serbes, les Yougoslaves, peuvent avoir confiance, ils ont pour eux l’immense majorité de l’opinion italienne. On l’a bien vu au moment où le
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président du. Conseil, M. Orlando, au Congrès de Rome, a pris nettement position en faveur des nationalités opprimées par l’Autriche-Hongrie. Il a été à ce moment soutenu par les journaux les plus importants, le Corriere della Sera, le Secolo, le Messagero, etc. Si plus tard, d’autres journaux plus tumultueux et plus bruyants, ont réussi à jeter un voile sur la véritable opinion publique, l'Italie, qui a déjà fait preuve de tant de sagesse, saura éviter le piège et se reprendre. En même temps que les sympathies de la véritable Îtalie, les Yougoslaves ont pour eux aussi la reconnaissance de l’Europe, le souvenir des services qu’ils ont rendus, et enfin, — et ce n’est pas la moindre chose — ils ont aussi leur armée, l’armée de Koumanovo et de la Brégalnitsa, l’armée de la Koloubara, l’armée de Monastir. (Applaudissements vifs et prolongés.)
EVA VAN VAN VAN VAT TR ATTANTATTATT AL ATTAT AT AT AT ATATTATAT TA A CA CS
Ivan KREK : Les Slovènes, traduit de l’allemand par À. U.
(Paris, Alcan, 1917, 85 pages).
"HISTOIRE du livre de Krek est assez curieuse. Vers É milieu de l’année dernière, les Allemands, convaincus que la victoire leur avait définitivement, échappé, ont brusquement modifié leur tactique. L'exemple a été donné par Naumann, le célèbre défenseur du Mitteleuropa. Jusque-là, bravement, insolemment, ils avaient affiché
leurs intentions, tambouriné à pleine caisse leurs plans qui
consistaient à organiser le monde suivant leurs méthodes les plus perfectionnées, laissé aux peuples le choix entre l’extermination et la conversion au germanisme. Tout d’un coup, ils ont rentré leurs serres, rengaîné leurs colères et adouci les éclats de leur voix ; ils menaçaient, ils deviennent doucereux, onctueux, langoureux ; ils forcent leurs lèvres aux sourires ; leurs mains d’étrangleurs se font caressantes ; les tortionnaires rejettent les torches et les bidons empoisonnés et brandissent la houlette pacifique ; les exterminateurs prêchent l'évangile de la réconciliation. D’une voix mielleuse, ils pressent leurs victimes d’accepter de bonne