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n’ont pas voulu réunir à eux des peuples de même race, ils ont voulu simplement préparer leur domination sur toute l'Europe du Sud-Est. Les faits ont été mis en relief avec une force singulière par M. Kuhne, qui est un neutre, un Genevois, et qui a établi par les textes les plus précis, em- pruntés à tous les partis, aussi bien les démocrates et les groupes qui se targuent d’être russophiles, que les partis impérialistes proprement dits, que ce que les Bulgares désiraient, ce n’était pas seulement la conquête de la Macédoine, mais une hégémonie incontestée dans la Péninsule des Balkans.
Le Narod, qui est l’organe du parti socialiste « large », écrivait : (II n’y aura de paix dans la péninsule que lorsque nous aurons établi dans la Presqu'île une seule langue, et cette langue, il faut que ce soit la langue bulgare. » Yakchitch, avec son talent de polémiste bien connu, nous a fait un tableau singulièrement pittoresque de l’arrivée de Ferdinand le Fourbe, comme dit M. Gauvain, à Sofia, à la suite du désastre de la Brégalnitza, du traité de Bucarest de 1913 et de l’effondrement complet du plan bulgare. En tête, sur un magnifique coursier, le T'sar, la tête haute, la poitrine chamarrée, constellée de croix, de placards, de brillants ; derrière lui, à une assez grande distance, ses généraux, constellés, eux aussi, de plaques et de brillants. Le tsar s’avançait, fier et triomphant; tandis qu’au son Joyeux des cloches de toutes les églises se mélaient les fanfares d’innombrables marches triomphales. Dans son discours, il osa parler de ses succès, des services que l’armée bulgare avait rendus à la patrie et de ses victoires éclatantes.
C’est encore le même sentiment qui existe à Sofia. Ces jours derniers, mon fils m'écrivait de Sofia : « Je me croyais victorieux, mais je suis obligé d’avouer que je m'étais complètement trompé. Il paraît que ce sont les Bulgares
qui nous ont écrasés. » Et il m’envoyait des coupures dejournaux dans lesquelles on trouvait une série d’attaques. contre la Serbie, contre la France et contre le général Franchet d’Esperey. C’est, disaient ces journaux, un général.
extrêmement médiocre et il est heureux pour lui que les.
Bulgares n’aient pas continué la guerre. (On rit.)
Quand on se trouve en face d’un peuple qui, après les désastres les plus écrasants, ose écrire de pareilles inepties, un. peuple sans pudeur, un peuple incapable de repentir, un
peuple absolument hors d’état de se rendre compte des réa- :
lités, on a le devoir de se tenir sur ses gardes. Ces gens sont comme les Allemands. Il faut être optimiste, il ne faut pas croire à la perversion éternelle des hommes. Nous espérons, nous devons espérer qu’un moment viendra où les Allemands. et les Bulgares reprendront place dans l'humanité civilisée,
mais il faut pour cela quelques générations, le moment n’est
pas venu. |
Quant à leur affirmation que les Macédoniens sont Bulgares, et non pas Serbes, les Bulgares se sont démentis euxmêmes par la façon dont ils ont traité ce pays. Nous avons lu le récit, profondément triste, des dévastations, des infames, des barbaries de toutes sortes, des atrocités épouvantables dont notre pauvre pays, dont la Belgique, ont été
victimes, mais cela n’est pas plus navrant que la conduite
des Bulgares en Macédoine et en Serbie.
Je lisais ces derniers jours. deux volumes qui ont été ré-
cemment publiés par M. Reiss. C’est un professeur de P P P
l’Université de Lausanne, un juriste, un criminaliste ; il. a donc l’habitude des enquêtes judiciaires. Il a eu le mérite de dénoncer le premier les infamies commises par l’armée autrichienne en Serbie, et il a repris le même travail pour
les Bulgares. Le tableau qu’il nous a laissé de la conduite
bulgare est fait pour jeter le désespoir dans l’âme.
. Les Bulgares prétendent que la Macédoine est bulgare. Quelle est l'attitude naturelle des peuples frères qui se retrouvent après une longue séparation ? Nous venons de la voir en Alsace-Lorraine. Des deux côtés la joie, l’effusion, la confiance, les mains qui se pressent, les cœurs qui s'ouvrent. Qu’ont fait les Bulgares en Macédoine ? Ils ont commencé par écarter tous les administrateurs indigènes, ils les ont remplacés par des administrateurs venus de Bulgarie et choisis parmi les classes les plus infimes de la population, des cireurs de bottes, des ramasseurs de cigares, des garçons de restaurant, des hommes de sac et de corde qui arrivaient avec l'intention de piller et de jouir. Les généraux donnaient l’exemple, en tête le général Ratcho Petrov, un spécialiste de la concussion. Président du Conseil en Bulgarie, il avait été trois fois traduit en justice pour des délits de droit commun. Ce sont des choses fréquentes en Bulgarie. On y passe avec une rapidité singulière et une régularité parfaite du banc des ministres à la Cour d'assises. (On rit.) Le général Ratcho Petrov avait une influence particulière sur Ferdinand de Cobourg. Mme Petrov est, dit-on, très belle et très complaisante. Quant à lui, il'se consolait de ses infortunes conjugales en s’enrichissant ; il avait amené avec lui un certain nombre d'individus de son espèce ét il les employait surtout à exercer le chantage. Lors: qu'il savait que quelqu'un était riche, 1l lui faisait dire : (Tu vas me payer quelques centaines de napoléons d’or, sans quoi tu seras exporté » ; les Bulgares n’ont pas confiance dans le papier, et surtout dans le papier émüs par leur pays ; en revanche, ils aiment assez les napoléons.
Ce n'étaient, là, du reste, que leurs moindres méfaits. Tous ceux qui donnaient matière à quelque soupçon ou simplement ceux qui étaient riches et dont on voulait se débarrasser, on les envoyait à la mort. Dans un village,
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dans une seule nuit, 103 personnes sont exécutées. Le lendemain, on ramasse le reste des habitants et on leur annonce qu’ils vont partir pour Sofia ; c'était la formule adoptée, les soldats ayant l’ordre de les exécuter dès qu’ils étaient en ‘rase campagne. Les pendaisons se succèdent régulièrement. Les Bulgares ont la manie des cartes postales, on a trouvé. sur un certain nombre de prisonniers des cartes postales représentant des scènes de pendaison. M. Reiss en a reproduit un certain nombre ; des officiers fument, causent gaie-. ment, tandis que leurs misérables victimes achèvent de mourir.
Nous avons des récits épouvantables dont l’authenticité est prouvée par les témoignages les plus incontestables.
On fait venir une pauvre femme avec ses deux enfants, une petite fille et un petit garçon. On lui dit : « Ton mari va être pendu. » Crise de sanglots, désespoir, la femme veut, au moins, échapper à ce spectacle horrible. Les officiers la poussent en avant avec les enfants et la forcent à assister à la mort de son mari. Puis, commela petite fille pleure et se désole, un des officiers, d’un coup de cravache, lui cingle le visage. Quand le pauvre diable est mort, on dit à sa femme : « Dans une heure tu feras enlever ce cadavre, sans quoi nous le livrerons aux chiens. » La petite fille vient réclamer le cadavre, l'officier trouve plaisant de la raïller : « Est-ce que tu ne voudrais pas que j’appelle ton père ? Je vais l’appeler. Yanko ! Vanko ! » Et il se mit à rire.
Des scènes analogues se sont répétées des centaines de fois. |
Il y a eu un plan méthodique pour exterminer cette race macédonienne qu’on prétendait vouloir affranchir.
On a enlevé par dizaines de mille les Serbes. « C’est vrai, disaient les Bulgares, c’est triste, mais c’est la guerre, nous avions besoin de main-d'œuvre, » Besoin de main-d'œuvre !
Parmi les habitants qu’on a ainsi déportés, il y a des enfants - de trois ans, de deux ans, d’un an ! Des trains enlevaient * plusieurs centaines d'enfants de 10 à 14 ans. On les emmenait. Où ? On ne sait.
Un instituteur raconte que des dizaines d’enfants, au moment où le train se mit en marche, ont essayé de se sauver, se sont Jetés par la portière, sont morts.
On a arraché à leurs familles des centaines de jeunes filles ; on les a vendues, on les a réparties dans les harems des pachas et des beys turcs.
Les déportés étaient parqués dans des camps de concentration où on les laissait sans abri, sans soins, décimés par le typhus exanthématique, par la dysenterie, par le choléra. « Il est terrible, écrit un témoin oculaire, de voir ces spectres vivants traînant des wagonnets, sans nourriture, sans force; exténués, se relevant à peine sous les coups qui tombent sur eux, et cel1 sans aucune äistinction de rang, de situation, de position. » [1 y avait là des députés, des membres de {a Cour de cassation, le directeur du Crédit Foncier. I] y avait plus encore, il y avait la jeunesse, il y avait l’avenir, il y avait la Serbie tout entière.
On voulait tuer cette Serbie qu’on déclare n’avoir aucun droit sur la Macédoine. Pourquoi frappe-t-on ces hommes s'ils ne sont pas Serbes et s’ils sont Bulgares ? (Applaudissements.)
C’est si évident qu’un évêque même intervient. Il écrit avec une certaine naïveté au roi Ferdinand : « Il vaudrait mieux faire cesser ces déportations, parce qu’en agissant ainsi, nous prouvons que la Macédoine n’est pas nôtre, mais qu’elle est à nos adversaires. » Et Ferdinand comprend. Alors, pour la galerie, il ordonne qu’on mette en liberté ces Serbes. On les lâche sur les routes comme on lâche actuellement nos prisonniers ; mais au bout de quelques lieues on
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les reprend, on les met de nouveau en prison, on les exporte.
On les exporte en Asie Mineure, dit un témoin oculaire,
parce que les Turcs les maltraiteront mieux.
Il est nécessaire que les bulgarophiles impénitents lisent ces livres de Reiss, regardent les photographies qu’ils renferment. Il y en aurait peu qui oseraient encore parler d’une
Macédoine bulgare ou même d’une Macédoine autonome.
Les Bulgares ont été les ennemis de l’Entente et il est permis d’espérer que, malgré les quelques sympathies isolées qu’ils ont pu conserver, leurs revendications aussi absurdes qu’insolentes, ne rencontreront pas de sérieux appui. La situation est plus délicate là où les revendications des Yougoslaves se heurtent avec les prétentions inattendues de peuples qui ont combattu à nos côtés, les Roumains et les Italiens. mg
Dans la Baranya, la Batchka et le Banat, c’est-à-dire dans la région du Danube inférieur et de la Tissa, les Serbes se trouvent en présence des Roumains, et parmi ces derniers, quelques intransigeants, comme on en rencontre partout, réclament des territoires nettement yougoslaves, tels que les départements de Torontal-et de Tamiche. |
Les Serbes ne sauraient cependant abandonner les terri-
toires que leur assignent l’histoire, l’ethnographie et la volonté des habitants ; il n’est pas possible de laisser Belgrade exposée à une attaque immédiate de l'ennemi. Je suis d’ailleurs persuadé que ces difficultés s’aplaniront. Nous avons tous en France de très vives sympathies pour la Roumanie et nous lui savons gré d’avoir rompu les liens qui l’ont longtemps rattachée à l’Allemagne. Mais, en somme,
elle n’a pas a se plaindre de la fortune : elle obtient beaucoup plus qu’elle n’espérait et qu’elle ne demandait : elle aurait tort de faire remarquer trop vivement que quelques milliers de Roumains vivent sur le territoire réclamé par l'État serbe ; il serait trop facile de lui rappeler qu’elle annexe des allogènes par centaines de mille, Bulgares de Dobroudja, Ukrainiens en Bukovine et en Bessarabie, Magyars surtout et Allemands en Transylvanie. Son intérêt lui commande d’ailleurs de rester amie avec la Serbie parce qu’elle sera longtemps menacée par les rancunes des Bulgares et des Magyars. La paix de la Péninsule Balkanique ne peut être assurée que par l’étroite alliance de la Roumanie, de la Serbie et de la Grèce. Les Roumains sauront le comprendre.
La situation paraît au contraire plus dangereuse au Nord-
: Ouest vers l’Adriatique, où se rencontrent la Yougoslavie et
l'Italie.
Éci, nous nous trouvons en face d’un pays de haute civilisation, de culture très développée, qui malheureusement n'est pas complètement maître d'exprimer sa propre volonté et qui laisse trop souvent la parole à des groupes qui ne représentent pas son opinion et ses sentiments véritables,
entraînés et dominés par des passions chauvines, impérise
listes, extrêmement dangereuses.
La question de l’Adriatique, en considérant uniquement le point de vue serbe, c’est-à-dire en laissant de côté l’AIbanie, ce qui nous.entraînerait trop loin, se divise en deux
parties : 1] y a la question de la Dalmatie et la question de l’Istrie. |
La question de la Dalmatie est très simple : il n ÿY a pas de question dalmate ; la Dalmatie est serbe d’un bout à l’autre. (Applaudissements.) Au point de vue ethnogra-
phique, les statistiques indiquent qu’il y a 620.000 Yougc-
slaves et moins de 20.000 Italiens. Sur les 86 municipalités, 85 sont slaves ; la quatre-vingt-sixième serait certainement . yougoslave aussi sans le régime bizarre, extravagant, qui a été maintenu par l’Autriche-Hongrie. Par conséquent, au point de vue ethnographique, 1l n’y a pas de discussion possible. Les Italiens, du reste, le reconnaissent ; mais ils disent : «I] ne s’agit pas de compter, il s’agit de peser ». Vous avez d’une part les Slaves, d'autre part les Italiens. C’est vrai, mais quelle serait la balance assez fine pour indiquer ce que pèse dans l'humanité un Slave par rapport à un Italien ? (On rit.) Les Italiens ajoutent : « Il s’agit ici de populations récemment établies dans un pays quiest italien depuis les temps les plus reculés. » Malheureusement cette thèse ne supporte pas la discussion. La Dalmatie n’a jamais été italienne ; elle a été latine. Mais il y a d’autres pays qui ont été latins ; nous avons été latins ; je ne pense pas ce-. pendant que ce soit un titre suffisant pour qu’on nous annexe à un autre pays. (On rit.) sea ;
On dit que les Dalmates ont été soumis à la domination vénitienne. C’est vrai; mais cette domination vénitienne n’a jamais songé à faire de litalianisme ; les Vénitiens étaient complètement indifférents à l’idée italienne, ils n’ont jamais fait le moindre effort pour répandre la langue ita-
lienne.
D'ailleurs, l’histoire de la domination vénitienne, — Je cite les paroles d’un bon Italien, M. Prézzolini (1), — « est
plutôt l’histoire de tentatives d’assujettissement.. de rébellions des villes dalmates. Zara, en particulier, défend avec ardeur son indépendance et, pour vaincre sa résistance, Venise n’hésite pas à diriger contre cette ville chrétienne les armées de la quatrième croisade ».
(1) Giuseppe Prezzorint : La Dalmatie, Genève, 1917, p. 2.
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* Dès le xre siècié, la cité dalmate était complètement slavisée. En 1177, le pape Alexandre III vint à Zara, qui est | le centre, dit-on, de l’italianisme dalmate. II fut accueilli par le peuple qui chantait des. cantiques en langue slave. « Oui, mais, disent les Italiens, faites bien attention ! Le pape Alexandre II s’est trompé, il a cru que c'était du Slave, c'était du latin prononcé avec l’accent slave. » (On rit.) C’est là une explication trop subtile pour qu’on la prenne au sérieux.
Il n’est pas douteux que l'influence italienne a été pretonde sur le pays, elle l’est encore. L'Italie a eu une très brillante, une admirable civilisation, elle a eu un art merveilleux. L’Adriatique n’a pas établi une barrière infranchissable entre les deux groupes. Les Slaves sont un peuple: très épris de culture, de civilisation, de beauté ; ils se sont inspirés de l'Italie, ils en ont accepté les traditions, ils en ont copié quelquefois les manières et les procédés, ils en
“ont parlé la langue avec délices. Mais quelqu'un qui a le bonheur de bien parler l'italien et qui avec cela se sent Slave n’est pas Italien. J'ai entendu dire que la Cour de Henri I de France était profondément pénétrée d’italianité. Je ne crois pas cependant que la France de Henri IT fût une province de l'Italie. :
Partout, dans cette région, vous trouvez les traces de d'influence de la civilisation italienne, mais jamais d’esprit italien. Non seulement la Dalmatie n’a jamais été italienne, mais il n°y a jamais eu de parti italien. |
Je vous ai parlé de la censure. Le comte Louis de Voïnovitch a publié un livre remarquable sur la question de l’Adriatique (1) ; ce livre, il n’est pas permis de le vendre en
() La Dalmatie, l'Italie et l'Unité yougoslave (1797-1917), Une contribution à la paix européenne. Genève-Bâle-Lyon.
Georg et c'e, LOFT,
France. C’est d’autant plus extraordinaire que M. de Voinovitch nourrit pour l’Italie les sympathies les plus sincères. et les plus ardentes ; il est tout pénétré d’italianité, il parle’ l'italien comme les Italiens, il aime l'Italie ; mais il aime aussi sa patrie et il la léfend. Il nous a raconté dans des pages très savoureuses, et avec l’autorité d’un témoin ocu--. laire, les origines de ce parti pseudo-italien. C’est un parti autonomiste provincial qui, à un moment donné, redoutait
d’être incorporé par les Slaves de Croatie, et défendait son |
indépendance locale ; c’est en même temps un parti bourgeois qui disposait dans les villes, dans les petits municipes,. d’une autorité et d’une influence prépondérantes. Il crai- : gnait d’être noyé, écrasé, dominé par le gros de la population. Peu à peu, ce parti autonomiste, débordé, submergé par le mouvement contraire, a renié ses principes primitifs.
et a cherché un appui au dehors ; mais il n’a jamais demandé
une annexion. Les chefs les plus passionnés de ce groupe, dont l’influence d’ailleurs est minime, ont toujours déclaré que ce serait une folie de contester que la Dalmatie soit slave. De même qu’ils ont reconnu le caractère slave du pays, de même ils sont toujours restés, comme ceux de Trieste, dévoués aux Habsbourg, à la Monarchie. Pendant la guerre, des journaux écrivaient : « Nous sommes les sujets : fidèles et dévoués de Sa Majesté François- Joseph, nous resterons ses sujets jusqu’à la dernière goutte de notre sang. » Vous pouvez lire ces édifiantes déclarations dans 77 Dalmata, le journal qui représente ce fameux parti italien qu’on veut nous donner comme étant passionné pour l’umion avec PItalie. K |
Nulle part peut-être, dans le groupe des Slaves du Sud, l’idée slave n’est aussi ancienne, aussi profonde, aussi ardente qu’en Dalmatie. C’est de là qu'est sortie l’idée même . de la renaissance yougoslave. C’est là qu’ont été signées les:
RC SLR À
déclarations de Zadar et de Riéka qui ont constitué le noyau de la Coalition serbo-croate, c’est-à-dire le groupe de tous les hommes qui voulaient travailler à la formation d’un grand État serbe, croate et slovène. C’est là que sont nés les partisans les plus dévoués de l’union avec la Serbie. C’est là qu’eurent lieu les premières arrestations des notables yougoslaves, à la fin du mois de juillet 1914. Nulle part l’idée yougoslave n’est plus profondément ancrée dans les cœurs, nulle part l’idée italienne n’a moins de chances de succès. Je suis d’autant plus à mon aise pour le dire que les Italiens les plus sensés, ceux qui connaissent le mieux la question, sont les premiers à le constater.
I: reconnaissent d’abord qu’il est impossible de conserver la côte dalmate si lon ne possède en même ternps l’inté- rieur. Si, par conséquent, les Italiens voulaient occuper la Dalmatie, ils seraient nécessairement amenés à étendre leur domination sur tout l’intérieur de la Péninsule. Est-ce possible ? Est-ce raisonnable ? Est-ce à ce résultat que doit conduire la guerre actuelle ?
D'autre part, cette côte dalmate serait inévitablement réduite à la misère, à l’inaction, si elle était séparée de son arrière-pays. La Dalmatie ne peut vivre que par l’intérieur, de même que l’intérieur 3 besoin de la Dalmatie. Pour se maintenir en Dalmatie, l'Autriche a dû risquer l’annexion de la Bosnie-Herzégovine, ce qui l’a conduite à la débâcle.
De ce côté, par conséquent, pas de discussion possible.
La situation est tout autre quand il s’agit de l’extrême Nord, c’est-à-dire de la presqu'île d’Istrie. C’est une région mixte. Les Yougoslaves sont la majorité, mais cette majorité est relativement faible et on peut admettre que, dans certains cas, il n’est pas possible d’opprimer une minorité importante et de la sacrifier à une majorité peu considérable,
Commençons par déclarer que les Serbes, quelle que soit
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la solution à intervenir, sont résolus, en dépit des suppcsitions ou des calomnies qui ont été lancées contre eux, à accorder les libertés les plus larges et les plus complètes aux nationalités différentes qui se trouveraient réunies à eux. Les Serbes ont le respect de la liberté ;ils n’ont aucun sentiment d’hostilité contre les Italiens ; ils sont donc résolus à respecter les droits des minorités italiennes qui seraient rattachées à leur État. Z.
D'autre part, il y a, dans cette région, des parties qui sont italiennes et des parties qui sont slaves. À l’ouest de.
l’Isonzo, surtout sur les deux rives du fleuve inférieur,
dans le Monte Falcone ou le Frioul, les Italiens sont en grosse majorité ; les Yougoslaves renoncent sans discussion à ces contrées. re La région orientale de l’Istrie, celle qui se trouve vers les monts Voloska, est purement slave ; il ne semble donc y avoir aucune raison de la disputer à la Yougoslavie. Il yen a
cependant une, c’est la raison stratégique. Mais je dois
déclarer que je suis résolu à n’y attacher aucune importance. Sous le prétexte qu’on a le droit de se défendre, il n’y a pas de raison pour qu’on n’étende pas son territoire jusqu'aux
extrémités du monde. C’est la théorie du glacis, c’est'celle
que Bismarck invoquait contre nous quand il nous a enlevé Metz et Strasbourg, c’est une raison qu’un peuple civilisé n’a plus le droit d’invoquer. (Applaudissements.) | En 1915, l’Italie considérait les rectifications de frontières, sans Pola, comme suffisantes pour la défense contre l’ancienne grande Autriche-Hongrie. D’ailleurs, l’Epoca, journal qui passe pour être inspiré par M. Orlando, déclarait au mois de mars 1918 que l'Italie n’avait plus besoin de frontières stratégiques, la conduite de la guerre étant com-
plètement changée : les tranchées et les sous-marins suf-. fisent. <
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