‹ Du Vardar à la Sotcha 1923Chapitre 13 sur 42 · DER OPEN SI TNT MEN NOR EC · texte numérisé non relu

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que nuisible, s’ils n’avaient eu contre leurs voisins des griefs plus durables sinon plus sérieux. Ils ne leur pardonnaient pas d’être deux fois plus nombreux et d’avoir pris sur eux une sensible avance, qu’ils devaient à leur caractère plus mobile et plus ouvert, à leur histoire plus glorieuse, à leurs rapports constants avec l’Europe méditerranéenne. Tou-,

jours l’envie a créé la haine. Les offrandes d’Abel furent bien accueillies de l'Éternel, et pour cela Caïn résolut de tuer Abel.

Les humbles courtiers de l’Entente avaient beau hausser leurs offres, ils n’apportaient pas à Radoslavov et à ses collègues la seule promesse qui les eût satisfaits, la ruine, la suppression de la Serbie. Même grossie de la Macédoine et rétablie dans la frontière qu’elle réclamait en 1972, la Bulgarie n’en fût pas moins demeurée inférieure à la Serbie à laquelle se ralliaient tous les Yougoslaves de l'Ouest. La vanité hargneuse de Sofia se révoltait contre une semblable humiliation, elle ne pouvait être assouvie que par la disparition de sa rivale. Quand ils parlent de la Serbie, les journaux bulgares bavent le fiel.et le Sang. Comme l’ancien ministre serbe, Marinkovitch, avait dit quela Bulgarie n’attaquerait pas la Serbie parce que ce serait une perfidie, — « Perfidie ! réplique le vice-président du Sobranié, Momtchilov. Comment ose-t-il prononcer ce mot, lui, fils d’une n2tion dont l’histoire n’est que perfidie, brigandage et assassinats ? » (14 novembre 1914).

« Le zr août 1913, — raconte M. Yakchitch, — au len- demain de la défaite militaire et diplomatique de la Bulgarie, . Sofia fut le théâtre d’un spectacle peu banal...

« Avec la pompe des Césars romains qui apportaient à- Rome de nouvelles provinces, le tsar Ferdinand entrait dans sa capitale, au son des cloches de toutes les églises de la ville, mêlé aux airs des marches jouées par d'innombrables

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musiques militaires. Le souverain se pavanait en tête, loin. de ses généraux, une couronne de laurier sur la tête, la poitrine couverte de croix, de médailles et de plaques. En passant entre les rangs des enfants des écoles, des fonctionnaires et des réfugiés des provinces turques, le tsar, le sourire aux lèvres, leur envoyait son salut, et le peuple lui répondait par des cris d’un enthousiasme d’autant plus bruyant qu'il. était visiblement commandé... À: une grande distance 1 / - s’avançaient ensuite les généraux qui succombaient sous les 2 décorations et les fleurs. » É ‘ Il fallait à Ferdinand une rare impudence pour célébrer … un pareil triomphe au lendemain des désastres moraux et militaires qu'avait attirés sur le pays sa politique detrahison. En même temps, il lançait une proclamation dont + chaque mot est un mensonge si scandaleux qu’on ne saurait . en trouver. de comparable dans l’histoire, sinon peut-être le manifeste des intellectuels allemands. — « Nos alliés nous ont trahis.. Aucun patriote bulgare ne pouvait renoncer de bon gré et sans lutte à Monastir, Ochrida , Dibra, Prilep, Salonique, Sérès et aux autres terres bulgares où vivent nos frères de race ». — Salonique est juif, Sérès grec et Dibra musulman : est-ce au nom de la linguistique que les Bulgares réclament ces pays ? Est-ce par fidélité au principe des nationalités qu’ils-ont rompu les négociations à Londres, dans l’hiver de 1013, pour abtenir Andrinople, qui a été longtemps la capitale des Ottomans et où aujourd’hui encore la majorité des habitants se compose incontestablement de Turcs ? ; N'est-il pas évident qu’une seule pènsée déterminait leur conduite : occuper au centre de la Péninsule une situation stratégique’ dominante, qui, en leur permettant d'isoler leurs rivaux, réduirait ces derniers à leur discrétion ? Les concurrents qu’ils redoutaient le plus étaient

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les Serbes et, dans la guerre actuelle, leur mobile principal, ou, pour parler plus exactement, leur désir unique n’a pas été d’émanciper leurs frères asservis, mais de ruiner et de détruire la Serbie et de supprimer avec elle l’obstacle insurmontable qui leur barrait la route vers l’hégémonie. — « On estime partout en Bulgarie que la Serbie doit être radicalement extirpée » confesse à la Neue Züricher Zeitung le chef des libéraux bavarois, Müller Meiningen, au retour de Son voyage d’exploration à Sofia ; «si une Serbie, même minuscule subsistait, il n’y aurait pas de paix dans les Balkans. » (21 juillet 1916). — « Cœterum censeo Serbiam esse delendam », déclare à Az Est le vice-président du Sobranié Momtchilov. | = ;

De tous les peuples des Balkans, les Bulgares sont le moins nombreux, après les Albanais, et le pays qu’ils occupent est assez peu étendu. — Il faut corriger cette erreur de la Providence. — De quel côté porteront-ils leurs vues ? — Peu leur importe. La Macédoine les tente, mais pas davantage que la Thrace, l’Albanie et Constantinople. Les ambitions de Ferdinand ne sont ni moins diverses ni moins variables que celles de Guillaume IT ; comme son illustre confrère, il étend de tous les côtés sa main rapace, vers le Danube comme vers l’Égée, dans la direction de l’Adriatique aussi bien que dans celle des Détroits. En présence d’une pareille fringale, il était vraiment puéril de songer à le satisfaire en lui offrant un gain déterminé, tant qu’on laissait à côté de lui un État rival. Dés le 5 mars 1915, le président du conseil déclarait à la Neue Freie Presse que « l’existence de la Bulgarie serait menacée par une Serbie agrandie des provinces de Bosnie, Herzégovine, Croatie, Slavonie et Banat.» Jamais le Cabinet de Sofia n’aurait signé avec celui de Belgrade l'alliance de 1912 s’il n'avait eu la conviction — et probablement la promesse de la Hofburg — que la

Serbie serait attaquée par l'Autriche et disparaîtrait dans le

conflit. Trompée dans son espoir, la Bulgarie, par une trahison que ses plus chaleureux avocats n’osent pas justi-

fier, s'était jetée sur son alliée et avait essayé de l’égorger. Vaincue à la Brégalnitza, elle continuait sa politique de haine et d’extermination. « Les Bulgares ont pris. les armes? déclare Momtchilov, pour écraser ce pays de brigands qu'on nomme la Serbie. » (Pester Lloyd, 13 octobre 1916). ,

Il ne leur suffit pas de les vaincre, ils prétendent exterminer leurs adversaires, comme s’ils voulaient qu’il n’en survive pas un Seul pour leur reprocher leur barbarie. Par là — non moins que par une férocité native — s explique leur politique impitoyable dans ces vallées de la Morava et du Vardar que les erreurs de l’Entente léur ont permis

d’occuper momentanément : exécutions sommaires, trans- . portations de milliers et de milliers d’habitants, enlève- | ments d’enfants, enrôlements contraires aux principes les | plus solidement établis et les plus universellement reconnus du droit des gens, ils n’ont reculé devant aucune barbarie,

ils n’ont rougi d’aucune ignomunie pour anéantir jusqu’au

souvenir d’une race abhorrée. Étrange procédé pour gagner le cœur des populations ! Singulière preuve d'affection pour des frères que l’on vient affranchir ! Que l’on compare, puisqu'on n’a pas reculé devant un semblable rapprochement, les méthodes de nos officiers dans les vallées reconquises des Vosges et celles des comitadjis et des adminis-

trateurs bulgares dans cette Macédoine qu'ils déclarent être la chair de leur chair. — Dans quelle région ontéclaté, au printemps et à l’été dernier, les insurrections qui ont si

gravement inquiété le gouvernement de Sofia ? — Dans

les districts du Vardar qu’ils représentent à l’Europe comme Re

irréductiblement hostiles à la domination serbe. — Et la

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population dût-elle disparaître jusqu’au dernier homme,la M

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