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PHESTONOMIE DES: BULCARES 147
terre elle-même crierait contre le maître implacable qui, au mépris des lois naturelles, sans autre inspiration que la
Jalousie et la rage, a refusé les propositions les plus généreuses, ( parce qu'aucune puissance au monde n'aurait pu le contraindre à combattre pour la grandeur et la prospérité de la Serbie ».
L'erreur psychologique des Alliés, quand ils ont engagé avec Sofia d’inutiles palabres et surtout quand, en dépit des avertissements les plus clairs, ils se sont obstinés dans une attitude de bienveillance aussi périlleuse qu'hunuiliante, avait son origine dans la prévention favorable qui enchaîne le bienfaiteur à l’homme qu'il a secouru. Ils croyaient que les longs services qu’ils avaient rendus à la Bulgarie leur créaient des devoirs vis-à-vis d'elle : la Russie l’avait mise au monde et l’Angleterre l’avait tenue sur les fonts baptismaux, la France avait soutenu ses pas chancelants et l’avait présentée à l’Europe avec une bonne volonté inépuisable ; elle prônait les surprenants progrès de sa jeune protégée et se portait caution de ses grandes destinées. Les Bulgares étalaient leur reconnaissance et cultivaient avec art des amitiés dont ils savaient le prix. Les professeurs et les journalistes qui s’égaraient dans le bassin inférieur du Danube étaient accueillis à Belgrade avec une politesse discrète et une courtoisie réservée ; à Sofia, on les accablait de prévenances et d’éloges. Les louanges qui s’abattaient sur les têtes de ces hôtes étaient plus massives que topiques ; elles s’appliquaient un peu au hasard et sentaient leur Larousse. Mais rares sont les délicats, et l’encens, même de qualité médiocre, grise des cerveaux que l’on supposerait plus
144 (DU VARDAR À La foTCHA solides. Choyés, banquetés, cravatés, ces explorateurs s’en À allaient le cœur à l’aise et, de la meilleure foi du monde, répétaient à tous les échos que les Bulgares étaient un peuple libéral, généreux, dont l’âme ne vibrait que pour les nobles causes. Les diplomates de l’Entente ‘avaient été nourris de cette illusion et les preuves les plus convaincantes 5 glissaient sur leurs convictions. Quand les Serbes leur dénonçaient les complots que méditait Radoslavov, ils hochaient sceptiquement la tête ; tant de fiel pouvait-il charger j’Ââme d’une nation qui, après cinq siècles de servitude, s'était initiée si vite et si complètement aux idées modernes ?
Tout au plus admettaient-ils que les désastres de 1913 à lui eussent laissé une certaine aigreur.Encore l’expliquaientils par les raisons les plus hautes. La Bulgarie souffrait. moins de son humiliation que de la violation du droit dont à avaient été victimes les habitants du Vardar. Qu’on les rendît à leur véritable destinée et elle oublierait aussitôt ses griefs récents pour reprendre par les peuples slaves la place qui lui appartenait. |
Cette confiance dans le slavophilisme des Bulgares fut la deuxième erreur de l’Entente.
La diplomatie, comme la vieille stratégie, vit de formules qu’elle ne songe pas à" vérifier : qui tient les sources tient les fleuves ; qui est maître de Constantinople est maître du monde ; dans un siècle l’Europe sera républicaine ou co- : saque, etc. Depuis un siècle, elle vivait dans une peur maladive du Panslavisme, si bien qu’elle n’avait pas eu leloisit d’en rechercher le sens et d’en déterminer l’influence. F2
Bismarck avait parfaitement raison quand il parlait des impondérables dont l’action imperceptible et diffuseexerce une influence souvent décisive sur la marche des événements. Æncore faut-il que ces forces latentes soient favorisées par les circonstances et se développent sur un terrain approprié. .
L'idée de la solidarité slave est née, au xIx® siècle, comme le nationalisme allemand, des théories romantiques ; elle a acquis une certaine importance pratique parce qu’elle répondait à divers instincts profonds et traditionnels ; elle n’a eu nulle part la même intensité d’action et la même puissance créatrice que le germanisme, parce qu’elle n’était qu’une impulsion du cœur et un besoin de l'esprit et ne s’appuyait ni sur la continuité historique ni sur la communauté concrète des intérêts. En Allemagne, l’unité ethnique, si elle ne s’était pas encore traduite dans l’organisation publique, voilée plutôt que suppriméé par les rivalités des dynasties, était maintenue à la fois par les conditions géographiques, économiques et politiques et par une éclatante tradition littéraire. Chez les Slaves, au contraire, la consscience de l’unité primitive s'était effacée ou au moins obscurcie pendant de longs siècles de dispersion, au travers desquels elle n'apparaît que spasmodiquement, à des heures de crise, et à des intervalles assez éloignés, pour s’évanouir ensuite durant de longues périodes. Elle a conservé ainsi un caractère théorique et un peu artificiel.
Elle à certainement joué un rôle assez actif dans la renaissance et l’évolution de certains groupes, mais uniquement chez les peuples qui étaient en conflit direct avec l’Allemagne et que leur situation obligeait à chercher un appui autour d’eux : où auraient-ils trouvé l’alliance qui leur était indispensable, sinon chez leurs frères d’origine et de langue ? Elle est née et s’est développée chez les T'chèques et les Croates, d’où elle s’est répandue chez les Serbes.
Chez les Polonais, qui n’ont jamais su exactement de quel côté leur intérêt leur commandait de faire front, l’idée de solidarité slave n’a été que l'illusion d’un matin de printemps. Chez les Bulgares, elle n’a jamais pris de forme précise-et, comme les vagues aspirations de la foule qui, au
ERNEST DENIs. 140
milieu de ses souffrances, implorait la protection de la Russie, ne se sont pas cristallisées en doctrine et n’ont pas été soutenues par la tradition littéraire, elles se sont évanouies au contact de la réalité ou ont continué à somnoler” dans les âmes, incohérentes et inertes.
Les journalistes de Sofia se sont souvent donné le plaisir de railler la folle illusion des Alliés qui aimaient à se persuader que jamais les Bulgares ne se battraient contre les Russes. C’est que nos diplomates n avaient qu’une connais- LM sance très sommaire des faits et de l’état des esprits.
D'abord les Bulgares, s’ils parlent une langue slave, sont d: sang très mélangé. Le premier Empire bulgare a été fondé au vie et au vire siècle par des bandes tataro-turques -qui avaient soumis à leur autorité les populations établies entre le Danube, la Char-planina et le Rhodope.Il est vrai. qu’ils adoptèrent assez vite la langue des anciens habitants ; ce n’est pas une raison suffisante pour qu’on rappelle sans cesse à leur propos l’exemple des Varègues de Russie ou des Francs ; il est probable qu'ils étaient Roses ment beaucoup plus nombreux et ils ont conservé une. physionomie beaucoup plus distincte des inde Depuis plusieurs siècles, la vallée inférieure du Danube était sillonnée par des invasions asiatiques ; la population slave qui s’était fixée dans cette région venait d’y arriver. et y était très peu dense. L’invasion bulgare n’a pas été le dernier afflux touranien ; pendant tout le Moyen-Age et même jusqu’à notre époque, d’autres nomades ouralo-altaïques ont dévasté le pays et y ont laissé des traces de leur passage. Sur cette grande route des invasions, la race slave s’est adultérée. Plus tard, pendant la longue domination. ottomane, les Turcs se sont répandus dans le pays et se sont établis assez nombreux au milieu d’une population qui. s'était de bonne heure résignée à la servitude ; la pénétration.
de l’élément asiatique a été infiniment plus profonde ici que dans la partie occidentale de la Péninsule, plus éloignée, moins accessible et en perpétuelle fermentation. Les voyageurs et leS ethnologues constatent que le type bulgare, surtout à mesure qu’on avance vers l’Est, s’éloigne du type. slave. Au point de vue moral et intellectuel, le contraste est frappant. Les Slaves sont ardents, mobiles, impétueux ; l'imagination les tourmente ; ils se guident par le sentiment - plutôt que par la réflexion ; les Bulgares sont patients, obstinés, laborieux, dissimulés ; les idées générales ne les intéressent pas et le calcul est l’unique règle de leur conduite.
La Renaissance slave du début du xIx® siècle n’a eu chez eux, à peu près aucun écho parce qu’ils croupissaient encore dans une ignorance absolue et une torpeur complète. Quand les idées d’émancipation ont commencé à pénétrer parmi eux, l’ère du romantisme était terminée et le monde adorait des Dieux nouveaux ; il se faisait gloire d’être devenu plus - pratique, raillait le sentimentalisme et les fantasmagories dont les générations précédentes avaient été les dupes. Vouk Karadjitch, Louis Gaï, Yellatchitch, Garachanine, le prince Michel sont tous à leur façon des disciples de Krijanitch, de Kollar et des slavophiles russes ; les fondateurs de Ia Bulgarie moderne sont les élèves de Bismarck, ils ont grandi dans une atmosphère de réalisme brutal et les seules idées leur sont chères qui leur promettent quelque profit.
Avouons, pour être juste, que les maladresses des tsars ont sérieusement contribué à anéantir les quelques vestiges: de slavisme qui sommeillaient dans l’âmé bulgare. C’est une terrible affaire que d’émanciper un peuple et une aventure assez peu rémunératrice ; les libérateurs sont exigeants, naïvement hautains, et leur protection paraît vite lourde ; les affranchis sont pointilleux, susceptibles, difficiles à satisfaire, et pour démontrer leur jeune vitalité, hérissent leur
148 DU VARDAR A LA SOTCHA crête. Ce n’est pas ici le lieu de retracer l’histoire des relations de la Russie et de la Bulgarie depuis 1870 ; les lignes générales en sont connues de tous et les plus habiles sophismes des polémistes cobourgeois n’y changeront rien; = la Bulgarie est l’œuvre d’Ignatiev et d'Alexandre II ; sans eux, elle n’aurait jamais secoué le joug des Turcs ; il n’est même pas sûr que, sans l’exemple et les appels de la Serbie, elle eût avant longtemps senti la honte de la servitude etelle croupirait encore dans une misère sans rêveet sans révolte. À toutes les époques, les volontaires qui partent pour soutenir la cause d’un peuple reviennent de leur équipée allégés de nombre de leurs illusions. Le premier contact
entre les troupes russes qui franchirent le Danube en 1877 3 et les Bulgares fut pénible ; les officiers surtouts’irritaient de l'indifférence veule et endormie d’une population abrutie par l’esclavage, de l’avidité des paysans, de leur égoïsme, : de leur lenteur de mouvement et d’âme. Le malentendu ne s’est jamais complètement dissipé depuis. Les bureaucrates | de Pétersbourg et les généraux qui administrèrent quelque
temps le pays n'étaient pour la plupart ni très intelligents
ni très honnêtes ; puisque la Russie avait arraché le pays à
la Porte, n’avaient-ils pas le droit de l’exploiter à leur tour ? La maladresse et l’entêtement d'Alexandre II achevèrent la rupture ; en 1885, il froissa brutalement l’opinion en s’opposant à la réunion de la Roumélie orientale à la Bulgarie
et en exigeant l’abdication d'Alexandre de Battenberg au
lendemain de sa victoire deSlivnitza. Le pouvoir passa avec Stambulov à des arrivistes forcenés qui, pour se maintenir à la tête des affaires, se donnèrent pour tâche de ruiner
l'influence étrangère, et s’acharnèrent surtout contre les J Russes dans lesquels ils détestaient leurs plus redoutables rivaux. Leur propagande forcenée supprima les derniers vestiges de reconnaissance qu'avait laissés la croisade de.
1877 et,après la chute de Stambulov, elle fut continuée, avec plus d'adresse, mais la même passion, par Ferdinand. L’anachronisme des Alliés en 1915 était vraiment comique ; ils raisonnaient par déduction : la Russie a rendu service aux Bulgares, donc. Mais, outre qu’en lui-même ce raisonnement est d’une médiocre justesse psychologique, il était depuis longtemps en contradiction avec les faits les plus patents. .
Il existait bien encore un parti qui se nommait russophile, Seulement sa prétendue russophilie n’était qu’un bouclier d’apparat, une arme de parade ; elle lui servait à combattre ses rivaux au dedans et ne répondait à aucune conviction intime. La preuve, c’est que, du jour où il crut y voir son intérêt, il oublia la Russie et le slavisme, et les beaux sentiments dans lesquels il s’enveloppait ne l’empêchèrent pas d’apporter à Radoslavov et à l’Allemagne son appui et ses votes. Dans la masse inerte se prolongeaient quelques réminiscences confuses qui, par minutes, frémissaient au choc de noms éclatants : Plevna, la passe de Chipka, Gourko, Skobelev. Il eût été moins fou de bâtir un château sur le sable que de chercher un point d'appui dans cette foule flottante et tourbillonnante, poussière que disperse le premier souffle.
Un peuple est une création de longue haleine qui naît péniblement de l’eftort douloureux des siècles et du travail continu des générations. Les Bulgares, au moment où ils s'étaient échappés de la tyrannie ottomane, n'étaient qu’un troupeau de misérables serfs, accoutumés à subir passivement les volontés du maître, incapables de volonté ferme et de passions actives ; pas d’autre bourgeoisie que quelques commerçants, corrompus par le voisinage des Turcs, et prêts aux plus basses compromissions pour acheter une heure de sécurité ; au-dessus, d’anciens chefs de comitadbjis,
150 DÙÜ VARDAR “À LA SOTCHA
qui apportaient dans la politique leur brutalité de condot-. tieri, leurs ruses de maquignons et leur réalisme sauvage. Par ignorance ou inertie, par lâcheté et par indifférence, par . intérêt surtout, la nation avait depuis longtemps entonné . la ritournelle des premiers violons qui lui chantaient l’indépendance du cœur. | « Mettons de côté tout scntinientaliene, toute colle ration d'humanité, et toute faiblesse d’âme, écrivaient les. : Narodni Prava (19 juin 1916). Pas de générosité au moment 7 de la conclusion de la paix. » — Comment la Russie ne serait-elle pas devenue l’ennemie, puisqu'il était évident que son intérêt et son honneur lui interdisaient de consentir à l’anéantissement de la Serbie « notre ennemie véritable » ? Stamboulov avait donné le signal et, depuis, la presse
menait contre les tsars une campagne acharnée. Après l'as …
sassinat d'Alexandre II, le libérateur,Karavelov avait offert aux révolutionnaires la plus large hospitalité et organisé un: banquet en leur honneur. Même après que Nicolas IF, plus faible et moins intransigeant que son père, avait ouvert les bras au repentir de Ferdinand, celui-ci avait continué à être l’instrument docile de la Hofburg contre Pétersbourg et il avait inculqué autour de lui la conviction que l’avenir de. la Bulgarie dépendait d’une alliance étroite avec Vienne. « La Russie a fait beaucoup de mal à notre jeune peuple», écrit M. Momtchilov (Reichspost, 25 décembre 1914). — Pour nous.autres Balkaniques, affirme la Kambana, la Russie ‘a été depuis des siècles un me dangereux. — L'Écho de: Bulgarie insiste : « On a tort à l'étranger de croire que la Bulgarie a été appelée à la vie autonome par la volonté exclusive de la Russie. Lorsque les armées du tsar traversèrent . le Danube, elles trouvèrent une nation déjà formée, un. peuple apte à l’existence indépendante.» (17 octobre 1914). — D’après les Narodni Prava;,la Bulgarie indépendante date
du Congrès de Berlin et elle est née de la défaite que Bismarck a infligée à la diplomatie russe. — « Les soldats russes, hurle la Kambana (8 septembre 1916), quand ils tombaient sous le couteau des héros bulgares, imploraient la vie sauve en criant : Nous sommes des frères, nous sommes des parents. Le Bulgare ne fut jamais aussi fier qu’à l’heure où il vit à genoux devant lui le protecteur orgueilleux et lâche d’hier, le voisin criminel, l’ennemi héréditaire.»
Parents des Russes ! Frères des Slaves ! — Les Bulgares ne reconnaissent pas cet humiliant cousinage. — Nous ne sommes pas des Slaves, mais des descendants des Huns, les fils des Tatares, les frères des Hongrois. — « Le pacte de sang qui unit les parents pour des siècles, lisons-nous dans le Pesti Hirlap (30 avril 1916), est une coutume immémoriale chez lés races touraniennes.. Pour les députés bulgares, Budapest n’est pas seulement la première station qui se trouve sur leur route, elle tient aussi la première place dans leur cœur. Nous n'avons pas oublié la déclaration d’une importance historique capitale du président du Sobranié quand il a dit que la confiance et la sympathie que ressent le peuple bulgare pour le peuple hongrois ont été les causes premières de son rapprochement avec les puissances de l'Europe centrale. »
La Russie prétendait abuser de la bonne foi bulgare, en alléguant, pour l’entraîner à sa suite, la communauté d’origine et d'intérêts. Heureusement la Bulgarie a été mise sur ses gardes par de pénibles expériences. Elle a fait le jeu de ses adversaires quand elle a soutenu la cause du slavisme : peu s’en est fallu qu’elle ne mourût de son erreur ; désormais elle sait où est son intérêt et où choisir ses amis : la Slavie est condamnée. « La restauration du royaume de Pologne, déclare le député Madjarov, membre influent du parti d<mocrate, met fin à la slavophilie et au panslavisme qui ne
pouvaient vivre que grâce à la prétention de la Russie de protéger à sa manière et pour ses intérêts les différents peuples slaves. » — La Russie n’a jamais eu pour la Bulgarie
que des sentiments de jalousie et de haine : — « Je me de-
-mande, racontait Ferdinand à son retour de Pétersbourg, -
où il s’était rendu en 1911 avec le président du conseil … M. Malinov, ce qu’on déteste le plus là-bas, mon peuple,
mon gouvernement ou moi-même. » — « Le slavisme, écrit Ghenadiev, est un obstacle fatal à notre puissance nationale et à notre enthousiasme : il serait temps d’en finir avec cette erreur et de ne plus propager ce mensonge.»
Dès lé 28 août 1914, le journal Outro répondait aux journaux russes qui rappelaient à la Bulgarie ses devoirs VIS-àvis du slavisme : « La Bulgarie a vécu jusqu’à l’année dernière dans l'illusion qu’il y avait réellement une idée slave. Nous savons aujourd’hui l’énormé confusion que cache
nous comme d’un simple instrument du slavisme ? Les …
Slaves se trouvent fort bien en Autriche ; les Polonais slaves sont fort malheureux en Russie... Quand l’année dernière,
en 1913, le corps bulgare a été déchiré, l’âme slave de la
Russie est restée indifférente et même beaucoup se sont … réjouis de nos malheurs. Aujourd’hui nous pansons les … blessures que nous a values notre slavisme exagéré ; depuis
que nous nous sommes débarrassés du slavisme, nous nous
sentons beaucoup plus légers. » — « Grand merci pour
votre sympathie slave, écrit le Dnevnik (30. novembre 1914).
Misérables oppresseurs qui voulez avec vos prétendus sentiments slaves achever la ruine de la Bulgarie. » de
La diplomatie alliée ignorait-elle ces manifestations ? — Il est impossible de le supposer. Pour en atténuer la gravité,
elle se plaisait à les attribuer à quelques enfants perdus ou
en rejetait la responsabilité sur le prince seul, comme Cer=.
cette idée du slavisme. Ou bien voudrait-on se servir de |
PHESPONOMIE DES’: BULGARES 153
tains pacifistes impénitents tâchent aujourd’hui d’innocenter le peuple allemand en accablant son souverain. Ferdinand, au même titre que Guillaume, a exalté les passions de ses sujets ; 1l ne les a pas créées ; elles existaient avant lui et, quelque subtils que soient ses procédés de gouvernement, il n'aurait pas si facilement désarmé l’opposition s’il n’y eût pas eu entre ses sujets et lui une harmonie préalable ; 1l les a guidés dans la voie où ils désiraient marcher, et ils étaient animés des mêmes appétits que lui. Comme Guillaume IT, il est populaire, malgré sa couardise, son avarice et sa mauvaise foi. C’est que les nations se divisent en deux catégories nettement tranchées : les unes ont le sens de la liberté ; les autres aspirent à l’hégémonie, et pour y atteindre elles font aisément litière de leurs propres droits. Ferdinand est un despote ; les Bulgares lui pardonnent sans peine sa tyrannie, parce qu’ils comptent bien par elle prendre leur place dans le groupe des conquérants et des maîtres. SU ci.
Dans la lutte engagée, ils avaient fait leur choix dès la première heure et il a fallu que les Alliés fermassent les yeux à l’évidence pour ne pas apercevoir le caractère dilatoire des négociations qu’ils entretenaient. On ne peut s’empêcher de donner raison sur ce point à Ryzov. — «Il est étrange, déclarait-il au Berliner Tageblatt, que ia diplomatie de l’Entente n’ait jamais pu comprendre la situaion de la Bulgarie et la façon dont elle pouvait atteindre son but naturel. I est plus difficile encore de s’expliquer comment cette diplomatie et la presse qu’elle inspire peuvent accabler la Bulgarie de ces épithètes malsonnantes : fourbe, perfide, traîtresse. Rien de plus simple que la conduite de la Bulgarie depuis le début de la guerre ; elle a été condamnée à garder longtemps la neutralité parce qu’il lui fallait achever ses préparatifs militaires et n’intervenir que vers la fin des hos-
154 DU VARDAR A LASOTCE Re
tilités ; elle avait aussi intérêt à négocier avec l’Entente pour obtenir d’elle la reconnaissance formelle de ses droîts essentiels sur la Macédoine. » — La plupart des M longuement ressassé le même thème, en termes plus amers. et plus insolents. Leurs railleries ne sauraient nous surprendre et leurs sarcasmes sont parfaitement justifiés : l’aveuglement de l’Entente a vraiment dépassé les boïnes.… du vraisemblable et elle a poussé jusqu’à l’absurde le précepte de saint Paul : « Espérez contre toute espérance. » Ses :
illusions persévérantes, qui ont survécu même aux attaques directes des bandes bulgares et à leurs incursions réitérées en Serbie, seraient purement inintelligibles si nous ignorions la puissance des idées préconçues qui faussent les observa- à tions les plus précises. L’excuse est- elle suffisante hs a : postérité jugera, et il est à craindre que son verdict ne soit sévère ; il est certain du moins que l’opinion publique, qui : a été justement irritée par les erreurs anciennes, se révolte-. ne rait contre les hommes qui, après de si dures expériences, retomberaient dans le même piège et essaieraient de reprendre les mêmes tractations fallacieuses et ridicules. Les = Bulgares ont renié leur race, ils ont levé le poignard contre la Russie libératrice ; ils seraient malvenus, le jour prochain de l’expiation, à réclamer l’indulgence des autres Slaves.
IT
Comment ne se sont-ils pas aperçus qu’en favorisant les ambitions des Empires du Centre, ils préparaient leur prochain asservissement ? — Tout d’abord, et malgré les. | apparences, leur patriotisme est de date trop récente pour être très réfléchi et très prévoyant. es
Le patriotisme vrai et profond ne se confond D les
brusques poussées d’une colère mêmé légitime il implique le souci de lPavenir et le sang-froid qui distingue et classe les intérêts supérieurs du pays. Nous avons eu plus d’une querelle avec l'Angleterre depuis 1871 ; même quand nous étions persuadés que la justice était de notre côté, nous n'avons jamais oublié que nous avions d’autres adversaires. Pour satisfaire leurs rancunes immédiates, les Bulgares n'hésitent pas à compromettre leur destinée et ils ne voient aucun déshonneur à subir la tutelle étrangère si elle leur fournit le moyen de venger leurs récentes injures. Le sentiment national est une plante délicate qui ne grandit que lentement sur un sol soigneusement préparé ; il a pour condition le sacrifice des passions instinctives à une raison supérieure ; il suppose un esprit éveillé et ouvert, une large générosité et une imagination assez active pour se figurer es lendemains mélancoliques que prépare souvent une victoire intempestive.
Le$ Bulgares, qui n’ont aucune générosité naturelle et dont l’éducation est à peine commencée, souffrent à un degré prodigieux d’une complète absence d’imagination. Ils s’en félicitent et s’en vantent, comme il est de mode que chacun de nous baptise ses imperfections d’une épithète honorable. L’imagination, créatrice de chimères, est sans doute une faculté dangereuse et elle égare souvent les peuples qui s’abandonnent aveuglément à sa direction. Le réalisme est plus fallacieux encore, qui, absorbé par les résultats de l’heure présente, ignore et dédaigne le prix dont ils seront ensuite payés. Si complète que l’on suppose la victoire des Serbes, quand ils auront groupé autour d’eux tous les Slaves des Balkans occidentaux et de l’Autriche, ils ne sauraient avoir ni les moyens ni le désir d’assimiler et d’opprimer les Bulgares, tandis qu'il est évident que les Germains ne les considéreront jamais que comme des alliés
de seconde catégorie, à qui ils imposeront leurs coutumes : et leur langue et qu’ils réduiront à une véritable servitude : nationale et morale. Ils ne dissimulent pas leurs intentions et, même aujourd’hui, à travers les compliments officiels de leur diplomatie, perce à chaque pas le dédain qu'ils à ressentent pour ces barbares à qui ils ont accordé le privilège de combattre dans leurs rangs. L’aristocratique impertinence avec laquelle on les traite, les Bulgares n'en sentent pas la morgue, et peut-être même éprouvent-ils quelque vanité malsaine à faire partie d’une maison où les maîtres le prennent de si haut. Les ambitions les plus extravagantes ï s’allient souvent avec une extrême bassesse de cœur ; Ferdinand de Cobourg qui, dans ses nuits inquiètes et tourmentées, a souvent caressé la chimère d’une entrée triomphale à Tsarigrad, ne s’est jamais complètement dégagé des souvenirs de sa première jeunesse, quand il portait | l’habit des Habsbourgs ; au premier appel de Guillaume, il porte la main à sa couronne et rapproche les talons : Zu. Befehl. — Rien de plus curieux à ce propos que de comparer … les termes dont usent, dans leurs relations réciproques, les | membres de l’Entente et les séides des Puissances centrales ; d’un côté, des alliés ; de l’autre des vassaux et des suzerains. o
Le 18 janvier 1916, Ferdinand de Cobourg et son maître … se sont rencontrés à Niche et ont échangé destoastsqu’ont « reproduits presque tous les journaux de l’Europe et qui méritent en effet d’être reterus.— Sire, a dit le Cobourg, le =: petit-fils de Louis-Philippe, ce jour a une haute signification / historique. Il y a aujourd’hui 215 ans que le grand ancêtre 4 de Votre Majesté, Frédéric Ier, ceignit de sa main puissante “a la couronne royale de Prusse. Le 18 janvier 1871, Guillaume le Grand rétablit à Versailles la dignité d’Empereur alle- …
HPHYSIONOMIE DES BULGARES 157
arrétaient sa marche, traverse la partie nord-ouest de la Péninsule Balkanique et foule victorieusement le castelromain de Nissa. Ave Imperator, Caesar et rex, victor et gloriose. Ex Naïsso antiqua omnes Orientis populi Te salufant, redemptorem ferentem oppressis prosperitatem atque salutem. Vivas. » — Guillaume IT n’est pas un fervent des lettres classiques et 1l a plus d’une fois condamné la vanité des études latines ; peut-être, ce jour-là, cependant, est-il quelque peu revenu de ses préventions ; à défaut d’autres. mérites, lelatin de Niche a celui d’être clair ;les monarques domestiqués que pensionnaient les Augustes n'auraient pas mieux parlé. — Guillaume IT, d’un geste magnifique, a récompensé aussitôt l’impérial flagorneur, en le nommant feld maréchal de l’armée prussienne : « Je suis heureux avec mon armée de ce que, en acceptant cette. dignité, vous êtes devenu un des nôtres dans ce sens particulier aussi. »
Être admis dans les rangs allemands, participer à cette culture supérieure, se faire agréer dans cette élite, — ne fût-ce que comme écuyer ou frère-servant, — les Bulgares ne comprennent pas de gloire plus haute et ne briguent pas de plus brillant honneur.
Le calcul a joué sans doute un grand rôle dans leurs décisions ; avec leur héroïsme naturel, ils ont couru au secours du succès, et ils ont attendu pour-attaquer la Serbie que son armée fût immobilisée par Mackensen. Qu’on ne m’accuse pas de calomnier leur bravoure ; ils ont crié leur prudence sur les toits. Leurs généraux mêmes nous ont appris qu’à la suite de leurs dernières expériences, ils. s'étaient convaincus que leurs soldats supportaient mal les fatigues d’une longue campagne, que leur ardeur diminuait vite et qu’il n’était pas commode de maintenir la discipline parmi eux ; ils sont intervenus parce qu'ils croyaient que la guerre allait être terminée, au moins dans les Balkans, et
qu’ils n'auraient qu’à attendre paisiblement le prix assuré de leurs modestes exploits. 58
Ïls auraient eu moins de confiance s'ils n'avaient été | 4 dupes de leur admiration pour l’Allemagne. Soyons justes 4 même pour nos adversaires : leurs dithyrambes ne sont pas seulement dictés par de serviles calculs, et l’enthousiasme : vi qu'ils affichent pour Guillaume If, ses méthodes et ses 4 sujets, est en partie sincère. Ils sont entraînés vers eux par : l'identité des caractères et la ressemblance des âges. Comme tous les Barbares, ils sont indifférents aux grâces et aux vertus d’une civilisation raffinée ; ils ont le goût naturel de’ la pompe et de la masse ; ils aiment le clinquant, les gestes: sonores, les paroles retentissantes, les mines mélodramatiques ; ils confondent la brutalité avec l'énergie et ils traitent d’efféminé quiconque n’est pas un goujat. Ils se ' plaisaient à Berlin et s’y sentaient chez eux. Le luxe de ; bric-à-brac, les monuments immenses, tout ruisselants de stuc, l’étalage bruyant d’une science orgueilleuse de son e E
poids, les moustaches hérissées et les éperons sonnant sur le pavé, tout ce débordement d’arsenaux, d’usinés, de docks, de rails où se mirait la jeune Allemagne, cette marée mon- ja n. tante d’une richesse de fraîche date exerçaient sur ces cerveaux frustes et sur ces âmes avides de puissance, de gainet de jouissances matérielles une invincible attraction. Per- | sonne n’a subi plus que les Bulgares cette fascination du colossal qu’a si justement signalée M. Ferrero, et per- 5 à sonne n'est moins capable de goûter la grandeur dont la. : mesure et le goût sont les conditions inséparables. 2 “4
Quand les délégués du Reichstag sont venus en 1916 | | visiter officiellement Sofia, ils ont été accueillis avec un tel. excès d’enthousiasme qu’ils en ont éprouvé quelque étor nement et presque de la gêne. « La joie de la Bulgarie, « écrivaient alors les Narodni Prava (24 juin 1916), aétéin-
descriptible, parce qu’elle dépassait tous les vœux et toutes les prévisions. »— Faisons aussi large que vous le voudrez la part de la police dans ces manifestations spontanées et aussi celle de l'ivresse subite qui, à certains jours, s'empare des peuples et les frappe de délire ; une adulation aussi tumultueuse suppose le consentement unanime des consciences et la connivence de l’opinion. — « Nous voyons dans la nation allemande, écrivaient les Nouvelles militaires (25 juin), une grande éducatrice et dans l’esprit allemand le plus noble trésor de vertus. »
« Si le xix® siècle, lisons-nous Uans le Dnevnik, a été marqué du sceau de la civilisation française et des entreprises anglaises, le xx® siècle sera le siècle de la culture allemande. La France a déjà donné à l’humanité ce qu’elle a pu ; elle est actuellement épuisée et a besoin de repos et de renouvellement. C’est le tour de l’Allemagne. » (9 février 1917.) — (« Dans l’imménse mêlée qui bouleverse l’Europe, écrit de son côté l’Écho de Bulgarie (4 octobre 1916), l'Allemagne montre depuis deux ans des qualités morales et des vertus sociales qui n’ont été encore atteintes par aucune race, »
Quelques niais demandent : que nous importe d’être Français ou Allemands ? — et après tout on peut leur accorder qu’il se trouve en France un petit nombre d’arriérés qui ne seraient pas entièrement déplacés en Poméranie ou dans les hautes vallées bavaroises. Les plus belles monnaies renferment une part d’alliage et les plus nobles nations ont leurs déchets. Écartons du pied ces pauvres épaves et occupons-nous seulement de ceux qui méritent vraiment le nom d'hommes et de citoyens. Ce qu’ils perdraient, ces citoyens et ces hommes, à subir le joug allemand, le nombre
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d’échelons qu’ils descendraient, le meilleur moyen de nous
le représenter, c’est de voir l’idéal que se forgent les vassaux de l'Allemagne, d’après le modèle qu’elle leur fournit, mais sous une forme moins hypocrite, avec des contours plus arrêtés et des expressions plus triviales. Le paradis germanotouranien serait un enfer de violences, d’exactions et de rapines, où quelques maîtres implacables exploiteraient des sujets prosternés sous la trique. Le rêve des Bulgares est de reconstituer à leur profit le régime turc et, avec l’appui de Berlin, d'y prendre la place des anciens janissaires.
Ils ne pardonnent pas à l’Entente de se mettre en travers de leurs grandioses aspirations. De là, au moins en partie, la fureur des imprécations que la presse de Sofia lance quotidiennement contre nous. En partie seulement, parce qu’elles ont avant tout, je crois, leur origine dans l’abîme qui sépare leur nation des peuples civilisés. L’homme est essentiellement misonéiste et le sauvage voit un ennemi dans quiconque ne suit pas les mêmes règles de vie et n’obéit pas
aux mêmes conceptions morales. Peregrinus hostis. De longs siècles d'expérience et d'éducation sont indispensables pour
que nous apprenions à respecter la conscience d’autrui et surtout à sentir la beauté d’idées et de coutumes contraires à celles que nous avons reçues de nos aïeux ; nos oreilles ne goûtent que les harmonies traditionnelles Les Bulgares, assagis par les rudes épreuves que leur attireront leurs ambitions insensées et criminelles, seront un jour amenés à passer au crible les doctrines fondamentales qui aujourd’hui déterminent leur action ; du moins, il est chrétien de l’espérer et il n’est pas déraisonnable de l’admettre ; — à condition que nous n’oubliions pas que ces conversions sont nécessairement lentes et qu’elles sont généralement traversées par de redoutables rechutes. :
Pour le moment, aucune incertitude n’est possible ; ils
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éprouvent pour l’Angleterre et la France, tout comme pour la Russie, une aversion qui peut paraître singulière, puisque nous n'avons eu pour eux que des sourires et des bienfaits, mais qui est d'autant plus effrénée qu’elle a pour origine une sorte de révolte de l’instinct en face d’une civilisation plus évoluée. La première idée du barbare chez lequel pénètre le missionnaire, quelque supérieure que soit la foi qu’il lui apporte, est de l’envoyer au supplice.
À Sofia, cette exaspération se traduit par des vociférations furibondes et des anathèmes dont l’exagération dépasse les limites du ridicule. MM. Sokclovitch, Kuhne, Yak-
. chicth, etc., n’ont eu, au milieu de cette floraison malsaine,
que l’embarras du choix pour composer un bouquet odorant d’invectives et de malédictions. « En France, en Italie et en Angleterre, écrit la Kambana (5 septembre 1916)... les affaires politiques sont confiées à des hommes sortis de la boue des rues, qui ont aussi péu de talents que de scrupules moraux. Mensonges brutaux, intrigues, achats de consciences, infamies, voilà les procédés de l’Entente vis-àvis des neutres. La France républicaine a- fait plusieurs fois banqueroute et mangé l’argent de ses créanciers. Paris s’est transformé en une maison de fous où chaque habitant se sent plus glacé que les glaces du Pôle Nord. » « L’Angleterre, écrivent les Narodni Prava (17 septembre), n’a plus qu’à reconnaître qu’elle est arrivée au bout de son rouleau. Qu’elle rentre chez elle brisée, ruinée et détruite ;.… qu’elle subisse la destinée de ce qui est vieux et impuissant. » — La mort de Kitchener, « qui sert actuellement de bonne pâture aux poissons de la mer du Nord »(Narodni Prava, 7 juin 1916), est aussi la mort de la puissance navale de l'Angleterre. — « Une lutte héroïque se déroule devant nous, lisons-nous dans une brochure de M. Petkov, professeur à l’Université de Sofia : d’une part, la sainte et puis-
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sante culture germanique ; de l’autre, la civilisation française pourrie, qui, condamnée à mort, tâche d’entraîrer dans sa ruine tous les peuples de l’Europe. La France n’est qu’un cloaque immonde qui contamine l’atmosphère de: l’Europe. » (La Bulgarie et les intrigues de la Russie, Sofia, 1914). — Un poète qui s'intitule tataro-bulgare, fort renommé dans son pays, Cyrille Kristov, nous crache à ia figure une ode À la grande Nation. — « Dormez en paix, vous qui fûtes les grands fils de la France d'autrefois. Que sont aujourd’hui vos descendants ? Des misérables malpropres, un tas de dégénérés. Leur corruption est grande. ‘Veux-tu les payer ? ils profaneront tout. Mais il y a une Providence. La justice veille. Elle accable aujourd’hui votre France de malheurs indescriptibles. Nous bénissons ses. ennemis vainqueurs. O nobles chevaliers, frappez, vous êtes le fouet vengeur dans la main de Dieu. » — « L'Allemagne, écrit le colonel Basile Ang:lov (juillet 1916) dans sa brochure L’heure de la Bulgarie, en dehors de l’immense service qu’elle nous rend par la destruction de la Russie et de la France, nous montre le seul moyen d'établir notre hépé = monie dans les Balkans. Un peuple qui tend à la domination s’arme contre tous ses voisins et il doit être prêt à soutenir la lutte contre tous. L’exemple de l’Allemagne nous enseigne qu’on ne reçoit pas la domination, on la conquiert. On ne l’obtient pas en cadeau, elle est le prix de la victoire. S1 nous ne conquérons pas l’hégémonie, nous ne serons pas la Prusse des Balkans» — Les Français ont-ils montré cet implacable et incessant désir de guerroyer contre tous leurs voisins ? — Non. Alors, qu’ils reconnaissent leur décrépitude et cèdent la place. —
On parodie la Marseillaise. |
« Allez, enfants de la Patrie ! Aux sons glorieux de la Marseillaise, vos ancêtres jadis brisaient les chaînes des
esclaves. Aujourd’hui, infidèles à vos aïeux, vous forgez des chaînes nouvelles dans votre pays endeuillé. Allez, enfants de la Patrie !
« La liberté, la justice, un idéal sacré paraient jadis vos fiers drapeaux. — Ces souvenirs, vous en rougissez presque. Allez, enfants de la Patrie !
« Esclaves, malheur à vous. Malheur à vous, bourreaux. Vos cris, vos lamentations ne touchent plus personne. En avant Français, Cafres, Sénégalais, magnanimes alliés d’un tyran ! Allez, enfants de la Patrie !
« Un fier ennemi foule la terre française. — Qu'importe qu’elle soit anéantie, qu’une honte nouvelle redouble les ‘hontes anciennes et qu’une inexprimable souillure salisse votre drapeau ?
« Vils et méprisables descendants de la révolution sublime, vos oreilles sont sourdes à la voix de l’honneur. Vous n'êtes plus des chevaliers, mais une horde de mercenaires accourus pour opprimer, anéantir et exterminer. Allez, enfants de la Patrie ! »