‹ Du Vardar à la Sotcha 1923Chapitre 22 sur 42 · PARA PIF AUTRICHE YOUGOSLAVIE · texte numérisé non relu

PARA PIF AUTRICHE YOUGOSLAVIE

et de sôn talent, il se rapproche plus, peut-être, des Italiens dont il combat les exigences que des Slaves dont il expose les titres. Son éloquence, un peu trop continue, se pare par moments d’atours flamboyants qui intimident nos yeux, peu habitués à l’éclatant soleil de Doubrovnik ; nous sommes un peu ahuris par ce ruissellement d’ornements. Trop de fleurs, disait le vieux Chalcas, et nous voudrions par moments échapper aux ondes sonores de cette harmonie ininterrompue. Il serait tout à fait injuste de dire que M. de Voinovitch cherche l’effet et manque de simplicité. Seulement il la conçoit à la façon d’un grand seigneur vénitien de la belle époque. Le gros œuvre, qui repose sur de solides assises, disparaît sous la parure des arabesques, et l’unité des lignes se dérobe sous le fouillis d’une décoration étincelante. On ne résiste guère à cet art miroitant et papillonnant, qui fascine et qui éblouit ; mais, en en subissant le charme, on sait quelquefois mauvais gré à l’auteur du piège qu’il tend à votre imagination et oa lui souhaiterait moins de talent, pour être bien sûr que l’on n’est convaincu que par les raisons qu’il apporte. Par ses qualités et plus encore par ses défauts fastueux, l'ouvrage de M. de Voïnovitch est riche d'enseignement pour le lecteur qui sait lire. Les livres nous instruisent à la fois par ce qu’ils contiennent, et par ce qu'ils sont. Rien n’est mieux propre que l’ouvrage de M. de Voïnovitch à nous faire comprendre l’état d’âme de la haute classe dalmate qui joint à un antique patriotisme dalmatoslave un indélébile attachement à cette douce terre d'Italie où elle cherche depuis des siècles la nourriture de son esprit.

A cette double origine, M. de Voïnovitch doit aussi la souplesse de son talent et la variété de ses aptitudes : diplo- ‘mate, homme politique, journaliste, il est en même temps historien de profession, sinon de carrière. Il connaît la

technique du métier, il a pratiqué les archives, et il a publié sur Doubrovnik plusieurs ouvrages qui font autorité parmi les spécialistes. C’est un guide à qui on peut se remettre en confiance. Certaines parties de son œuvre sont tout à fait de premier ordre : le chapitre III, en particulier, où il nous narre les origines et les transformations du parti autonomiste italien. C’est que l’auteur possède ce qui manque à trop de polémistes, et ce que rien ne saurait remplacer, l'intimité di-

recte avec les hommes et les choses ; les incidents qu’ilnous

raconte, 1l y a été mêlé ou il en a recueilli le récit des acteurs

eux-mêmes ; il a frayé avec les personnages qu'il nous présente. Il ne nous donné pas une chronique péniblement élaborée sur la foi de documents desséchés et poussiéreux ; il

a été mêlé aux luttes qu’il décrit ou il en a reçu l’écho direct ;

il est entré dans les coulisses et il a surpris plus d’un secret. À certains moments, on sent qu’il n’a pas voulu tout dire, et que le diplomate a retenu visiblement chez lui l’indiscrétion de l’historien. Ou bien n'est-ce qu’un artifice d'artiste qui aiguise notre curiosité en se donnant l’air de ne pas la

satisfaire ? T'el quel, pour tout le xix® siècle, son livre est un document de premier ordre et dont ne saurait se passer

quiconque, par profession, intérêt scientifique ou amour de la justice, veut se faire une opinion réfléchie et personnelle sur la question dalmate.

Vouk Primorac — ce nom est évidemment un pseudonyme — a moins de métier que M. de Voinovitch, et on ne trouve chez lui ni le même lyrisme n1 la même note personnelle. Peut-être a-t-il eu le tort d’embrasser une tâche trop vaste, ce qui l’a obligé par moments à abréger ses développements ; son livre ressemble trop, çà et là,à un manuel un peu sec et froid. Du moins, les matériaux en sont judicieusement choisis et disposés avec soin, l’ensemble est

clair, précis et certaines parties sont excellentes. M. de Voiï-

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