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ITALIE, HÉTRICHE YOUGOSLAWIE TO novitch est un artiste ; M. V. Primorac, un homme d’affaires qui s'intéresse surtout au mouvement économique, et, à ce point de vue, il complète à merveille et confirme le volume de M. Vivante. a
On trouvera à glaner d’utiles renseignements çà et là dans quelques autres ouvrages, dans les brochures d’Illyricus Dalmazia et Italia, Consigli 1 avvertimenti (Rome, 1915) et d’Italicus Senator, La question de l Adriatique, où surtout dans l’article publié par M. Haumant dans la Revue historique (T. CXXIV, année 1917) sur La slavisation de la Dalmatie, sans parler, bien entendu, des ouvrages généraux, * tels que ceux de MM. Auerbach, Chervin et Chéradame. Je signalerai encore une brochure tout à fait remarquable publiée au nom et sous les auspices du G.'. O.. D. F.. La Controverse italo-serbe, 1llustrée par deux exposés contradctoires par le F:. I... Comme on le voit, les renseignements ne nous manquent pas, et, si nous ne sommes pas éclairés, nous ne saurions nous en prendre qu’à nousmêmes. Essayons donc de nous faire une opinion ou, du moins, d'exposer les faits qui résultent nettement des documents. La conclusion en jaillira d’elle-même.
Les revendications italiennes se répartissent tout naturellement sous trois chefs : le Tyrol, la Dalmatie et l’Istrie. Pour le Tyrol, les désirs de l'Italie ont varié. Le
8 avril 1915, M. Sonnino demandait pour elle «le Trentin avec la frontière qu'avait le royaume d'Italie en 1811, après le traité de Paris (28 février 1810)». Elle réclame aujourd’hui, d’une façon générale, toute la vallée de l’Adige supérieur et de ses affluents, c’est-à-dire qu’elle a substitué la frontière
192 DU VARDAR: A LA SOPCHS géographique à la frontière ethnographique. [En se plaçant au point de vue strict du droit des peuples, ses exigences donneraient évidemment lieu à de sérieuses réserves]. Mais la politique est l’art de concilier des principes contrzdictoires, et il ne suffit pas, pour rédiger un traité raisonnable, d'appliquer aveuglément quelques théories métaphysiques.
Les doctrines et les passions qu’elles soutiennent évoluent rapidement, bien que les idées anciennes survivent mystérieusement à leur défaite et continuent à exercer sur les âmes une obscure obsession même lorsqu'elles ont été abandonnées par l'intelligence. Au xviI® siècle, il paraissait impossible de faire vivre dans le même État des hommes qui n'avaient pas la même conception de la Grâce et de l’Euchatistie. Les adversaires de jadis, sans dépouiller complète-
ment leurs anciennes haines, ont aujourd’hui oublié les
raisons qui les mettaient aux prises. Il est permis de même d'espérer que, si jamais les peuples et les gouvernements ont la sagesse de ne plus prétendre imposer à tous les habitants d’un pays la prépondérance d’une langue privilégiée, les rivalités ethniques perdront beaucoup de leur acuité, … sans d’ailleurs s’effacer tout à fait, comme n’ont pas disparu encore les haines confessionnelles. L'exemple de la Suisse depuis le début de la guerre actuelle démontre qu’une longue communauté de souvenirs et la volonté réfléchie de lunion patriotique ne suffisent pas complètement pour étouffer les révoltes de l’instinct de race. Nous nous trouvons ici en face d’un problème qui déconcerte les rationalistes et, comme il dépasse, leurs facultés d’analyse, ils se tirent d’embarras par des explications superficielles ou, plus simplement, en niant les faits. L'opinion populaire qui parle de la voix du sang est moins frivole et en réalité plus scientifique, c’est-à-dire mieux vérifiée par l’expérience, que les hautaines affirmations des sociologues qui,
Sep
HOVALIF AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 109
ramènent tous les conflits à des raisons économiques. Je suis convaincu qu'un Jour leurs théories paraîtront aussi puériles et singulières que les saillies des Encyclopédistes sur l’origine des religions. Dans l’histoire, comme dans univers, plus de choses existent que notre intelligence n’en comprend, et l’erreur essentielle des socialistes est de se refuser à l’admettre. | Peu importe d’ailleurs. Pour le moment, les États démocratiques admettent comme un dogme que les peuples ont
le droit d’être consultés sur la forme de leurs gouvernements
et qué, par conséquent, ils ne sauraient être rattachés à un État que s’ils y consentent. Dans ses termes généraux, l’idée est certainement juste, puisqu'elle doit avoir pour résultat de diminuer les causes de conflit et d’accroître l’ordre dans
le monde, ce qui est évidemment le désir universel. Dans
la pratique, l'application est assez difficile. Le système du plébiscite, qui se présente naturellement à l’esprit, est une solution grossière, et on ne voit pas bien surtout de quelle façon et dans quelles limites il convient de l’appliquer.-ll serait évidemment absurde qu’un groupe de communes du Brésil votât son annexion à l'Allemagne et que les communes du Piémont où le français est resté la langue courante, se séparassent de l’Italie. — Je ne crois pas être suspect de tendresse excessive pour l’Allemagne, et l’aversion insurmontable qu’elle m’inspire n’a jamais varié, précisément sans doute parce qu’elle est irréfléchie et instinctive. Cela ne m’empêche pas de constater ses vertus, qui, pour m'être ‘odieuses, n’en sont pas moins remarquables, et de reconnaître que les idées qu’elle représente ne sont pas nécessairement fausses parce qu’elles ont des conséquences déplorables. Medio tutissimus 1bis. Actuellement, parce — qu’elle a fait de l'État un Moloch qui dévore tout, on en vient souvent à supprimer l’idée même de l'État, sans
ERNEST DENIs. | 13
194 DU VARDAR A LA SOTCHA | ao s’apercevoir qu’on risque ainsi de miner l’idée de Patrie et que l’on tomiberait vite dans l’erreur des bolcheviks.
L'État est comme le früit de l'effort des générations qui nous ont précédés et le capital accumulé de leur travail continu : il représente l’union indissoluble des morts et des vivants, le bien collectif des générations passées, présentes et futures, un majorat que nous ont légué nos ancêtres et que nous avons charge de remettre à nos enfants. Sans . doute, il n’est pas très commode de déterminer la part d’influence qui revient à chacun dans cette association, maïs il n’en est pas moins certain que les usufruitiers actuels sont liés par une sorté de contrat de substitution. Un pays vivant, à condition qu'il ne soit pas un simple conglomérat de groupes réunis malgré eux par la force arbitraire d’une dynastie, — comme l’Autriche par-exemple, qui n'existe que par ses souverains, — est un fidéi-commis qui a une existence propre en dehors de ses administrateurs actuels. Paris aurait eu beau, en 187r, voter à une énorme “majorité! sà constitution en commune libre; son vote aurait été nul, non pas seulement parce qu’il aurait été en opposition avec.
le désir du reste de la France, mais parce que la France est
plus que l'association de tous les Français ; elle est une personne morale qui a été créée par la volonté persistante des siècles, et il ne nous appartient pas de renoncer à l'héritage que nos pères nous ont transmis. Je ne me dissimule pas que ma théorie me fera accuser de mysticise et surtout
de germanisme. En réalité, je crois qu’elle se rattache à la
pure tradition latine que les Allemands nous ont empruntée,
qu’ils ont naturellement faussée en l’ exagérant, et que nous EE
aurions tort de leur abandonner. De Un État en tant qu'État a des devoirs, bien que …
Treitschke et les juristes d’outre-Rhin le nient, et il a des … droits ; et d’ailleurs, droits et devoirs se confondent le plus
ITALIE, AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 195 \ | |
souvent. Il a, si l’on préfère, et pour me servir de l'expression de Montesquieu, ses lois, « qui sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ». Ces lois, il lui arrive sans cesse de les violer, et nous commençons à peine à les entrevoir. « La loi, en général, est la raison humaine », c’està-dire le résultat de l’expérience acquise. Elle nous enseigne que tout peuple qui dépasse ses limites naturelles s’affaiblit et qu’un État court à sa ruine, quand, pour assouvir une ambition malsaine, il prétend soumettre des nations trop différentes, ou trop obstinément résolues à défendre leur individualité Pour être assimilées. Mais la raison humaine nous enseigne aussi que, pour le moment, et sans doute pour de longs siècles encore, les peuples et les hommes seront sujets à des accès de fureur belliqueuse, que la fièvre de la conquête est plus difficile à supprimer que la fièvre jaune ou le choléra, et que, par conséquent, un État se doit à lui-même d’assurer à ses sujets des garanties de sécurité, c’est-à-dire des frontières qui les mettent en mesure de résister à l'invasion.
. La difficulté commence quand il s’agit de tirer des conséquences pratiques de ces considérations générales. Il y a beau temps qu’on a dit que la politique est un art plutôt qu'une science. Où s’arrêteront les conquêtes légitimes ? — Où commencera l’abus et, par conséquent, le danger ? — . La théorie du glacis militaire, qu'invoquaient Guillaume IT et de Moitke pour s'emparer de l’Alsace et de la Lorraine, est révoltante parce qu'ils dissimulaient sous un prétexte hypocrite une aveugle cupidité et qu’ils ne ressentaient pes les craintes qu'ils affichaient. L'événement a prouvé du reste qu'ils étaient hors d’état de s’assimiler les provinces annexées. Il n’y a de conquête légitime que celle qui réussit. Sous Napoléon, la prise de possession de la rive gauche du Rhin était équitable puisque sans ses folies elle se serait ai-
sément maintenue ; aujourd’hui, elle serait une absurdité
criminelle. Le partage de la Pologne et l'annexion du Ha-
novre par la Prusse sont deux actes de moralité très diffé-
rente.
À défaut de règles précises, impossibles à formuler, nous
possédons du moins certaines indications qui sont de nature
à éclairer la conduite des hommes d’État. Pour qu’une :
annexion ne suscite pas de résistances trop générales et trop durables, il faut — et, le plus souvent, il suffit — qu’elle ne
s'applique pas à des groupes trop nombreux et trop com-. pacts, de façon à ce que l'attraction du pays conquérant … s’exerce facilement ; que les intérêts matériels de la popula-
tion nesoient pas lésés ; que les traditions historiques anté-
rieures ne soient pas trop anciennes et trop fortes ; que les résistances qui suivent toujours une conquête ne soient pas . encouragées et soutenues du dehors par un appui très éner-
gique ; et enfin que l’annexion ne paraisse pas aux vaincus é
entraîner une sorte de diminution morale et de régression sur le tableau hiérarchique de la civilisation. C’est surtout
ce sentiment de dégradation civique qu’a ressenti l'Alsace quand elle a été incorporée à l'Allemagne, et c’est aussi ce
que les Allemands lui pardonnent le moins. — Il faut que 3
les peuples sachent non seulement ce qu’ils doivent désirer
mais aussi ce qu'ils ne doivent désirer dans aucun cas, et -
que les diplomates n'aient pas de lubies, qu’ils ne changent ë.
pas d’aune et de mesure comme de chemise — que leurs …
PRICE AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 197
et elle n’avait été ainsi délimitée que par la volonté de Bismarck, qui tenait à ce qu’elle restât sous le couteau de PAutriche. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte pour voir le danger que crée aux plaines lombardes et vénitiennes la présence d’une armée étrangère à Trente et à Rovereto.
La géographie est ici plus impérieuse que l’ethnographie
et le souci le plus élémentaire de son existence nationale dicte à l'Italie l'obligation de reculer ses possessions jusqu” au Brenner et au Toblach.
Sans justifier ses prétentions dans toute leur étendue, l’histoire ne les condamne pas. La domination romaine qui s'était avancée jusqu’au Danube s’est maintenue longtemps sur le versant méridional des Alpes, et les traces de l’occupation latine ont survécu plusieurs siècles aux invasions. En plein Moyen-Age, Bozen avait un caractère italien, et, quand les pangermanistes, tout en reconnaissant qu’actuellement, au sud du Brenner, les Allemands du Tyrol ne sont que 240.000 en face de 360.000 Welches, affirment que, sans la faiblesse et la complicité du gouvernement autri-
chien, le pays serait habité par 450.000 Allemands contre
150.000 Italiens, il est évident que ces considérations hypothétiques ne sauraient avoir aucune valeur politique, d’au-
-tant plus qu’elles reposent sur des faits manifestement P q P
controuvés. Il est certain qu’au début des temps modernes, les Italiens débordaient même au nord du Brenner. « Au XVIe et au xviI® siècles, ils prédominaient dans la province; sinon par leur nombre, au moins par leur influence, et sous le gouvernement de l’archiduchesse Claude-Félicité, une Médicis de Toscane, ils affluaient au point de provoquer
| les doléances des habitants autour d’Innsbruck (1) ». Leurs
(} Auersacu, Les races et les nationalités en Autriche-Hongrie, 28 éd., p. 118-119.
vignerons remontaient la haute vallée de l’Etsch, leurs ban-
quiers et leurs changeurs tenaient le commerce de Méran et.
de Bozen ; pour arrêter leur invasion, «le conseil de la ville décrète que le droit de bourgeoisie ne sera accordé qu'aux Allemands » (1). Vers le Sud, il se produit sans doute des
infiltrations allemandes, et quelques colonies tudesques
existent encore aujourd’hui en plein territoire italien ; mais ces îlots étrangers, numériquement faibles, sont nécessairement destinés à disparaître avant peu. L’invasion germanique a été naturellement plus profonde dans les régions
séptentrionales, surtout le long du haut Adige; au début.
du xv® siècle, toute la région au delà de Bozen est déjà allemande. Dans les hautes vallées des Alpes, les populations romaines résistent mieux et elles conservent leur dialecte particulier, le ladin. Les Ladins forment entre les Italiens et les Allemands une barrière ininterrompue, depuis le Rhin supérieur jusqu’à l’Adriatique par les Grisons, le Vorarlberg, la vallée de Nona et la plaine du Frioul.
Au milieu de ces fluctuations ethniques, dont nous ne connaissons pas encore très bien les péripéties et dont l’importance est probablement moins grande que ne l’af-
firment les polémistes des deux pays, un seul fait apparaît
clairement, qui est une des conséquences de la structure du sol : c’est le sentiment très profond de l’autonomie locale, qui s’allie dans le Tyrol méridional avec une prédominance marquée des influences du Sud. Les évêques de Trente et de Brixen sont de très grands seigneurs, qui, en dépit de
certaines défaillances momentanées, maintiennent d’habi-
tude assez fermement leurs droits de princes immédiats, et qui tournent le plus souvent leurs regards vers Rome et
l'Italie. Au xvie siècle, Bernardo Clesio, qui réunit les évê-
{}\ Jbidem.
Le
ITALIE, AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 109
. chés de Trente et de Brixen, fait de Trente un des centres
les plus magnifiques de la Renaissance, et ses successeurs, les Madruzzi, continuent ses traditions. En 1720, au moment où Charles VI travaille à assurer les droits de sa dynastie en faisant voter par les Diètes dés diverses provinces Ja Pragmatique Sanction, il se heurte à la résistance obstinée des princes-évêques dé Trente et de Brixen.
Ces considérations historiques ont, en elles-mêmes, assez peu d'intérêt, et elles ne mériteraient guère de retenir l’attention sielles n’avaient pas donné lieu à des luttes très âpres “qui ont passionné le débat et en rendent la solution plus difficile. Plus les titres qu’invoque un parti lui paraissent antiques, plus il lui est douloureux d'admettre la prescription de ses droits. Comme d’autre part il est bien certain que, pendant une période aussi confuse et aussi troublée que le Moyen Âge, au milieu de cet enchevêtrement de principautés ecclésiastiques ou laïques, dont l’étendue et le groupement sont sans cesse modifiés par des mariages, des achats, des contrats d’héritage ou des conquêtes, on trouve des arguments pour toutes les causes, et qui semblent irréfutables à ceux dont la conviction était faite auparavant, la lutte tend à s’éterniser sans grand intérêt. Le seul point important est de savoir quel écho ces luttes érudites trouvent dans les foules et dans quelle mesure le -souvenir d’un passé disparu est encore de nature à susciter et à entretenir une opposition populaire, dans le cas où le Tyrol changerait de maître. [A vrai dire, il n’est pas très sur que les Tyroliens dans l’ensemble nourrissent un très ardent désir d'être réumis à l'Italie]. Profondément catholiques, très soumis à l’influence du clergé, ils n’éprouvent qu’une sympathié assez tiède pour la dynastie de Savoie. Avec un peu desouplesse et d’habileté, la maison d’Autriche aurait eu en eux des sujets très fidèles. Elle a tra-
209 DU VARDAR A LA 80rCHA:
-vaillé de son mieux à s’aliéner leurs sympathies : c’est le talent spécial des Habsbourgs et ils y sont passés maîtres. Le traité de 1866, qui donnait la Vénétie à PItalie et le
Trentin à François-Joseph, créait déjà pour la population
de l’Adige supérieur une situation très pénible ; on la séparait de la plaine du P6ê qui fournissait à son industrie les matières premières et qui lui achetait ses produits; les manufactures de soie y occupaient, à ce qu'’affirment les économistes italiens, 10.000 ouvriers à elles seules : les fabriques de soie de Rovereto, connues dans le monde entier, consommaient une grande partie des cocons. de la Vénétie et de la Lombaraie ; Ala, qui n’est pour-
tant qu’un bourg, comptait onze fabriques de velours ; les
vallées de la Sarca et de la Chiesa étaient animées par dés. verreries très prospères. Coupé de son marché naturel, le
Tyrol dépérit ; des 10.000 ouvriers en soie, il n’en reste plus que 1.300 ; les papeteries, les verreries, les usines métallurgiques ont disparu. «.Les mines qui avaient”valu au
pays le nom de Californie d'Europe, et qui avaient rapporté
aux ouvriers, de 1100 à 1600, un milMard de salaires, ont été presque complètement abandonnées entre 1860 et 1870.» Le portrait que nous tracent les Italiens est certainement poussé au noir, mais il est incontestable que le pays a été très éprouvé par la rupture brusque des relations économiques fort anciennes et très actives qui le rattachaient au
royaume lombardo-vénitien. L'administration autrichienne,
au lieu de chercher à améliorer la situation, l’a aggravée par ses phobies. Les Habsbourgs ont toujours été partagés
entre deux passions difficiles à concilier, d’une part une
ambition insatiable, et de l’autre une peur irraisonnée ; leur police est célèbre et ses victimes se comptent par cer taines de mille ; mais la plus illustre, sinon la plus innocente, est la dynastie elle-même. A-peine terminée la guerre de
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PIAPIÉ AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 201.
18606, François-Joseph s’occupa de transformer le Trentin en un immense bastion retranché d’où une invasion était toujours prête à se précipiter sur Vérone, Venise et Milan, et tout fut sacrifié aux nécessités militaires.
« Les chutes d’eau, abondantes et magnifiques, représentent une force de 250.000 chevaux-vapeur, qui suffirait pour fournir à bon marché l'énergie nécessaire à deux provinces ; le Tyrol ne peut les vendre aux provinces septentrionales de l’Empire, trop éloignées ou déjà pourvues, et on lui interdit de les exporter en Lombardie. L'autorité militaire met obstacle aux communica-
tions télégraphiques et téléphoniques et s'oppose systémati-
quement à la jonction des chemins de fer des deux côtés de la frontière. « Je n’ai pas besoin de tramways entre le Tyrol et l'Italie », disait une fois François-Ferdinand. » (1)
‘Il n’est pas impossible que quelqu'un des faits que rap- porte M. Gayda soit exagéré, et surtout il se trompe, j’en suis convaincu, en voyant dans la conduite de l’Autriche un dessein nettement délibéré et systématiquement poursuivi. Ce sera pour les historiens de l’avenir un sujet de discussion de savoir si les Habsbourgs ont été plus bêtes où plus méchants. Je penche en somme plutôt pour la sottise, et je crois qu’il y a moins de calcul et plus d'inertie qu’on ne l’admet d’habitude dans leur politique et leur administration. Quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse que l’on préfère, le résultat de leur conduite demeure, et il est déplorable. Dans le Tyrol méridional, la prospérité publique a. certainement été sérieusement attei nte par la situation que lui a créée le traité de 1866. L'agriculture même a été en partie ruinée par des prohibitions absurdes : des règlements draconiens ont interdit l’entrée des troupeaux qui venaient autrefois estiver dans la montagne, parce que les bergers. pouvaient être des officiers déguisés ; on proscrivait jus-
() GAypa, Modern Austria, p. 21.
qu'aux marchands de volailles, sous lesquels se cachaient peut-être des espions. M. Gayda raconte qu’une nuit un berger, à la recherche d’une brebis égarée, s'était aventuré trop près d’un fort ; la sentinelle tire et tue le pauvre diable ; l'officier, dans son rapport du lendemain écrivit : « C'était un Italien, probablement un espion. » Il n’avait peut-être pas tort, mais ce sont là de médiocres procédés pour . rir la sympathie de la population.
Les Italiens du Trentin ont toujours protesté contre le régime qui, fort arbitrairement, les rattache à la province du Tyrol et les soumet ainsi à la domination des Allemands du Nord. Leurs plaintées se sont heurtées aux résistances insurmontables des ministres qui cräignaient évidemment
de surexciter les ambitions de l’Italie en créant une province
distincte où $a langue dominerait. Pauvre prudence qui n’aboutit qu’à aggraver les conflits et à entretenir le pays dans une perpétuelle agitation ! Le Code permet au mari dont la femme s’est enfuie de la faire.ramener par les gendarmes ; quelque respect qu’on professe pour le Code Napoléon, on jugera peut-être que cet article est vieilli et
inopérant. L’Autriche n’a jamais compris que le seul moyen de retenir les peuples est de ne pas les enfermer dans une
prison trop étroite. — Entre les deux parties du Tyrol, que le col du Brenner relie seul, le contraste est absolu. Au Sud, le paysage méditerranéen, le müûrier, le sol très morcelé, une foule de petits propriétaires paysans ; une population gaie, démonstrative, qui se plaît aux couleurs voyantes, alerte, spirituelle et nerveuse. Au Nord, les sombres forêts de pins, les terrains de chasse qui s’étendent sur de vastes solitudes, les murailles crénelées des châteaux du Moyen- Age ; des paysans renfermés, taciturnes, défiants. Comment deux populations que tout sépare, la langue, les traditions, les habitudes, ! les goûts, ne seraient-elles pas divisées par
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une instinctive antipathie ? Et quelle folie que de vouloir confiner dans une étroite union des voisins qui n’ont aucun plaisir à se trouver ensemble ! Dans la Diète d’ Innsbruck les Italiens, qui n’ont qu’un tiers des sièges, sont pratique- * ment à la discrétion des Allemands qui n’ont pas l’habitude d’user de leurs droits avec modération et qui font lourde- ‘ment sentir leur puissance à la minorité.
Pour achever, la tumultueuse poussée des sociétés pangermanistes, la bruyante propagande et l’indiscrète pression du Volskbund et de la Südmark, l'invasion des hôteliers allemands, le flot des touristes qui étalent leurs larges bottes sur le pays, les manœuvres louches des agents provocateurs, les dénonciations absurdes, les tracasseries nisises, les maladresses exaspérantes ae la presse subventionnée, tout l’appareil déplaisant d’une police qui a moins de sens que de zèle et dont la balourdise révolte la finesse native et le goût des habitants. ;
Les Habsbourgs ont préparé de leur mieux le triomphe de la maison de Savoie et les Italiens du Trentin accepteront volontiers leur nouvelle destinée. Dans les districts du haut Adige, où la majorité de la population est incontestablemente allemande, quelques îlots italiens ou ladins persistent, qui rendront plus facile l'assimilation. Il ne s’agit d’ailleurs que de groupes ethniques peu considérables, chez lesquels l’idée nationale allemande est assez peu développée et qui se résigneront très vite à leur sort nouveau pour peu que de gouvernement se garde des fautes commises par l’administration autrichienne, et qu'il ne s’avise pas de vouloir précipiter une évolution que la force même des choses amènera certainement dans un temps assez court.
IT
Le Tyrol est, en réalité, la seule [annexion] qui soit. absolument indispensable à l'Italie. Qu'on me passe une expression dont on a cruellement abusé mais qui se pré- : sente involontairement à l'esprit : il est vraiment la clé de la maison,et tant que cette clé sera entre les mains du voisin, le Royaume vivra sous la menace d’une catastrophe. La possession du T'yrol est pour l’Italie, une condition absolue et nécessaire de sécurité, — suffisante aussi. 50
Ce n’est pourtant pas de ce côté, mais vers la côte orientale de l’Adriatique que les écrivains italiens portent leur principal effort, sans doute parce qu'ici leur cause est plus