‹ Du Vardar à la Sotcha 1923Chapitre 26 sur 42 · LA < EL · texte numérisé non relu

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ITALIE, AUTRICHE, YOUGOSLAVIE 219

natale, et, s'ils augmentaient la richesse de l'Italie, c’est avec l’espoir qu’elle se répandrait comme une rosée fécondante sur la Péninsule des Balkans. L'Italie était la nourrice, mais la Slavie était la mère, et la pensée ne leur venait même pas qu'entre les deux ils pussent jamais être appelés à choisir. La première avait façonné leur âme, et la seconde les tenait par les fibres les plus intimes de la chair. Ils étaient tout prêts à se proclamer Italiens, à condition que l'Italie ne leur demandât pas de renier leur origine. Je sens bien qu'il est difficile de faire comprendre à des lecteurs français la complexité de ces âmes doubles qui vivent une existence multiple et qui, d’une même voix, élèvent leurs hymnes vers deux divinités différentes. Le cas dalmate n’est pas sans quelque lointaine analogie avec l’état d'âme des Alsaciens qui éprouvaient pour l'Allemagne une fidèle affection jusqu’au jour où celle-ci prétendit les séparer de la France. Ne voyons-nous pas sans cessé autour de nous des croyants sincères qui sont en même temps des patriotes convaincus et qui confondent dans un même culte Dieu et la France ? Toutes ces comparaisons d’ailleurs sont boîteuses et inadéquates. Si l’on veut saisir sur le vif l’esprit même de cette race dalmate, qui garde une éternelle reconnaissance à l'Italie, grâce à qui elle est devenue dans tout l'Orient une propagatrice de lumière, et qui s’est donnée à la Slavie avec un élan d’autant plus spontané qu’elle lui a rendu plus de services, le moyen le plus simple — et aussile plus agréable — sera de livre l’ouvrage de M. de Voïnovitch. De chaque page de ce livre qui est une défense enflammée de la cause yougoslave monte comme un psaume de reconnaissance vers l’institutrice, l’alma parens, à quiil doit son culte de la justice et sa foi dans l’humanité.Jl lui doit aussi la véhémence de sa dicussion, sa chaleur et son éloquence, l’abondance de ses démonstrations et jusqu’à l’éclat de ses métaphores

et l'audace de ses couleurs. L'Italie voudra-t-elle s’aliéner -2 porté un coup terrible à l’idéalisme. Encore faut-il s’en- é

Pologne un chef-d'œuvre d’habileté ; les nationalistes qui,

J’Adriatique une civilisation originale néo-latine, ainsi que

tain du moins que Venise n’a jamais songé à répandre les

une clientèle si fidèle et si précieuse ? La mode est aujour-

d’hui à la politique réaliste, et les folies maximalistes ont

tendre sur ce qu’il convient de regarder comme une conquête réelle. J'ai peine, pour ma part, à voir dans le partage de la

pour acquérir quelques kilomètres de terres, risquent de

transformer en adversaires irréconciliables des disciples

enthousiastes, sont de pauvres calculateurs et font un

marché de dupes. | | ze |

À partir du début du xv® siècle, la Dalmatie est défini-

tivement conquise par Venise, dont la domination durera + jusqu’en 1797. Prezzolini pense que le résultat de cette

conquête fut de hâter et de faciliter la prépondérance slave; il tendait, dit-il, à se développer sur la côte orientale de

le démontre l’existence d’un dialecte roman particulier, frère de l'italien, du roumain et du français ; elle a été étouffée par l'occupation vénitienne qui, en substituant une domination étrangère à l’élément autonome, a préparé le triomphe des Slaves. — En réalité, les Néo-Latins de

Dalmatie étaient si peu nombreux que, quels que fussent les événements historiques, ils ne pouvaient pas résister Jongtemps à la pression des campagnes voisines. Il est cer-

idées et la langue italiennes. Les polémistes qui lui attribuent des préoccupations nationales commettent un anachronisme presque grotesque. Sa politique de conquête, que ne dictait aucune préoccupation ethnique, avait pour.

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