‹ Du Vardar à la Sotcha 1923Chapitre 33 sur 42 · RE ET EL A AT ON COST NT AT · texte numérisé non relu

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général Gyulai félicite Trieste de sa fidélité. Même quand le triomphe des Schwarzenberg et des Windischgraetz rejette les libéraux dans Popposition, ils demeurent loyalistes, et Valussi, ardent patriote italien, mais observateur sincère et averti, raille les « forfanteries des journalistes qui ont exposé au ridicule notre pauvre nation en parlant d’agréger à l'Italie Trieste, l’Istrie, la Dalmatie, bref, tout pays où il y a quelqu'un qui parle l'italien. » Même la formation du royaume d'Italie ne modifie pas la disposition des esprits ; le parterre applaudit la fausse nouvelle de la victoire de Gyulai à Magenta, et François-Joseph exprime à la députation triestine qui vient le saluer après Villafranca sa reconnaissance « pour l'attitude exemplairement loyale et patriotique de la ville ».

À ce moment, sous l'influence de quelque écrivains — il est curieux de constater que, parmi ces parrains de l’irrédentisme, on né rencontre aucun Friestin de naissance, — et par réaction contre la politique germanophile des Bach et des Schmerling, la fameuse Diète de Nessuno (Personne), refuse d’élire des députés pour le Parlement de Vienne. Cette révolte n’a pas de lendemain ; la Diéte dissoute est remplacée par une assembiée docile qui envoie au Reichsrat le gouverneur, un Allemand, et l’évêque de Parenzo, un Slave. Pendant la période qui suit, le parti italien, soutenu par les appels du dehors, se démène avec quelque fracas, sans modifier sérieusement la tendance générale des esprits : la célèbre tentative d'Oberdank (1882) n’est que le suicide désespéré d’un jeune fanatique, qui espère ressusciter par son sacrifice l’irrédentisme triestin expirant.

Depuis lors, l’idée italienne a repris une certaine vigueur, et ses partisans sont devenus plus intransigeants, à mesure que les Slovènes se montraient plus redoutables. Mais ce mouvement a sa source moins dans un instinct vital nourri

par des luttes séculaires que dans l’orgueil froissé d’une aristocratie qui veut à tout prix défendre contre la marée montante du slavisme la situation privilégiée qu’eile a longtemps conservée grâce à sa langue et à sa civilisation plus avancée. Il tient moins d’une lutte nationale que d’une lutte de classes. Je ne voudrais pas dire qu’il est artificiel, parce que ce serait méconnaître, ‘contre toute justice, la sincérité et le dévouement de ses meneurs. Mais il est superficiel. Il n’a ni la spontanéité ni la continuité qui sont les caractères distinctifs des mouvements vraiment populaires. Il ne saurait en aucune manière être comparé à la Renaissance slave en Dalmatie, qui a sans doute été soutenue par des influences extérieures, mais qui est sortie directement de l’âme même de la foule, et qui ne disparaîtrait que si le peuple entier était extermuiné. Il n’en a pas non plus la précision et la clarté, l’'emportement et l’audace ; il est fuyant, timide, s’enlise dans des formules vaseuses et s’entrave dans des déclarations amphibologiques, sans cesse gêné et arrêté par des combinaisons subtiles, des possibilités lointaines et les ménagements diplomatiques que lui imposent les intérêts. de ceux mêmes qu’il prétend délivrer.Pour ne pas effrayer leurs adhérents, les plus hardis en sont réduits à dissimuler leurs desseins, et leurs audaces s ’obscurcissent d’étranges réticences ; leurs désirs les plus lointains n’osent pas rompre ouvertement avec le passé, et, quand ils lèvent contre l'Autriche le drapeau de l'insurrection, ce n’est jamais sans une secrète terreur de lui porter des. coups trop décisifs. On dépasserait sans doute la mesure en parlant à propos des irrédentistes de Trieste de l’opposition de Sa. Majesté ; il est évident, du moins, que jusqu’à la dernière heure ils ont évité les paroles irréparables. Encore une fois, il ne s’agit pas le moins du monde de mettre en doute la loyauté de leur culte pour l'Italie ; mais le patriotisme a ses

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degrés, de même que la vertu, et on a l'impression que, sinon les chefs irrédentistes, du moins beaucoup de leurs soldats accepteraient sans trop de déchirement la continuation d’un régime qu’ils combattaient surtout par amourpropre et qui leur assurait somme toute une situation matérielle fort avantageuse et une primauté morale suffisante.

Mes sympathies pour les Slaves sont anciennes et les terribles épreuves qui se sont abattues sur les Serbes m'inclinent naturellement à penser que la fortune leur doit de très larges compensations. En dépit de ma volonté d’être impartial, ne suis-je pas dominé par des impressions sentimentales ? Ce n’est nullement impossible. « Le Père Tournemine et moi, nous nous sommes brouillés », répétait volontiers Montesquieu, «il ne faudra pas nous croire quand . nous parlerons l’un de l’autre. » — Il y a fort longtemps que Pyrrhon d’Élée et quelques autres après lui nous ont appris que nous ne voyons jamais le monde qu'avec nos yeux.

Deux choses, pourtant, rassurent ma conscience. En premier lieu, l'affection très profonde que je n’ai jamais cessé d’avoir pour l'Italie, et qui ne le cède guère à celle que j'éprouve pour les Slaves. Un des souvenirs les plus splendides de mon enfance est le retour de l’armée victorieuse après la campagne de 1859 ; depuis lors, la gloire de la France et la grandeur de l’Italie sont restées inséparables dans mon âme, et, même aux heures troubles où l’Allemagne avait réussi à séparer les deux sœurs latines, je n’ai jamais douté de leur réconciliation prochaine. Dans la société future des nations, qui n’exclura pas les amitiés plus intimes, la France et l’Italie n’auront pas trop de leurs forces

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rassemblées pour maintenir, dans un monde de furibonde activité industrielle et de mércantilisme déchaîné, le respect de la tradition, le culte désintéressé du beau et cette religion de la mesure et du goût qu’ellés ont reçue de la Grèce et de Rome. Nos ennemis nous accusent souvent de manquer d'esprit pratique, etils nous reprochent de n’avoir pas le sens de l’organisation. Affirmation quelque peu ridicule adressée aux héritiers du monde romain et aux fils de cette France qui, à tant de reprises, a donné au monde ses institutions. Elle signifie seulement que les Latins ont un sens plus large ds: la vie, et qu’ils croient qu’elle vaut la peine d’être vécue non pas seulement pour l’action qu’elle permet d’exercer, mais pour le plaisir qui naît du plein développement de toutes nos facultés: À ce point de vue, il est vrai que nous demeurons, en dépit des transformations de l’Europe contemporaine, des artistes, des virtuoses, et que notre joie

suprême consiste dans l’épanouissement symphonique des

instincts supérieurs de l’âme humaine. Cette qualité, — bonne ou fâcheuse, peu importe, — créé entre les Italiens et les Français comme une harmonie préétablie, et tout désaccord durable entre nous paraît comme un scandale et une faute de goût.

Dans la question italo-slave, mon désir éminent a toujours été de trouver une solution assez équitable pour être acceptée par tous et ne laisser d’aucun côté ni amertume ni remords. Âu début de la guerre, les tentatives de concilia-

tion étaient assez mal accueillies dans le Royaume, et elles

soulevaient les protestations frénétiqués des nationalistes

extrêmes. Heureusement, ils étaient moins nombreux que

bruyants, et bien qu'ils affirmassent avec fracas qu'ils avaient derrière eux l’immense majorité du peuple, ils n’en représentaient qu’une assez minime fraction. | Leur succès momentané s’explique par des raisons assez

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diverses, qu’il serait intéressant d'analyser en détail, et que je ne puis qu’indiquer sommairement. — Tout d’abord, l'influence détestable exercée par l'Allemagne sur les hommes mêmes qui la combattaient avec acharnement. Les doctrines de ses philosophes avaient envahi le monde latin en même temps que ses capitaux et ses méthodes industrielles : beaucoup de professeurs et d'écrivains en avaient subi la contagion diffuse, et, quand ils brisaient leur . boulet, leurs pieds en traînaient Îes anneaux. — L'Italie, rivée depuis un tiers de siècle à la Triplice, menacée dans son indépendance, étouffée dans les embrassements d’une amitié chaque jour plus envahissante, tirait sur sa chaîne et avait soif de libération ; comment s’émanciper sans un brusque sursaut d'énergie ? — Pour arracher le gouvernement et la foule à la dangereuse torpeur où ils s’assoupissaient, 1] était nécessaire d’en appeler aux forces actives de l’âme, et il ny avait chance de les réveiller que si on présentait aux ambitions un but concret à atteindre. Si les adversaires de l’Allemagne s'étaient adressés d'emblée aux instincts idéalistes et qu’ils eussent uniquement insisté sur la nécessité de AProre La liberté du monde menacée par l’envahissement continu du pangermanisme, ils auraient peut-être entraîné le peuple ; il est douteux qu’ils eussent persuadé les politiques qui s’enorgueillissent de leur myopie et n’aperçoivent que les périls où se casse leur nez ; avant de les convaincre;on eût laissé passer l’heure favorable Pour leur donner le courage d’une décision qui, ainsi que les événements l’ont montré, n’était ni sans risques ni sans souffrances, 1l était urgent d’offrir aux esprits timides et aux cœurs vulgaires qui forment partout l’immense majorité un appât alléchant et un butin facile à apprécier. Par la force des choses, les chauvins prirent ainsi bientôt la tête du

parti de la guerre et, pour enflammer les concupiscences du

vulgaire, ils multiplièrent les surenchères et offrirent aux convoitises un tableau flamboyant de conquêtes nécessaires. et d’annexions indispensables. Ce fut le triomphe de'ce

qu’on appelle la politique réaliste, ainsi nommée parce

qu’elle est le contraire de la politique et ne vit que d’illusions. L'Allemagne obtint cette suprême victoire, — suprême dans le sens de dernière — que, pour un moment,

ses adversaires adoptèrent ses méthodes et prolongèrent

ses procédés.

Le résultat fut immédiat, et le réveil fut cruel. Menacés dans leurs espoirs les plus légitimes, les Slaves, à qui on ne laissait que le choix de la servitude, hésitèrent dans leurs résolutions. Le gouvernement viennois, habitué de longue date à se servir des peuples les uns contre les autres, profita adroitement de cette minute de fléchissement. Au moment de l’entrée en ligne des Italiens, si les Alliés avaient solennellement déclaré qu’ils étaient résolus à reconnaître aux

races opprimées le droit de régler désormais librement leurs

destinées, la monarchie dualiste, déjà ébranlée jusque dans ses fondements, se serait effondrée du coup. [ls ne l’osèrent pas, par crainte en partie de mécontenter l'Italie, et leurs incertitudes donnèrent aux Allemands une arme redoutable, et valurent aux Habsbourgs un répit inattendu. . L'expérience est assez claire et assez dure pour que nous ne retombions plus dans d’aussi lamentables erreurs. En dépit de quelques attardés qui s’obstinent à ne pas comprendre le sens des événements, l’Italie revient à ses meilleures traditions, et ses plus remarquables écrivains lui ont rappelé que sa grandeur, qui est comme le fruit savoureux et splendide de l’arbre de la liberté, la voue au service de la Révolution et du progrès. Tommaseo, Mazzini, Cavour, les précurseurs et les fondateurs de l’unité, n'ont jcmais varié sur ce point : son rôle n’est pas de conquérir le

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monde, mais de l’aider à s’affranchir : sa mission n’est pas de s’annexer des territoires, mais des âmes. Elle a mieux à faire qu’à continuer la politique des Habsbourgs ; il faut qu’elle en supprime jusqu’au souvenir.

« Il y a sur les terres de l'Empire », disait Cavour en 1848, dans un discours justement célèbre, « une race nombreuse, énergique, audacieuse, mais éprouvée depuis plusieurs siècles, la race slave. Elle s'étend des bords du Danube aux montagnes de la Bohême. Elle veut obtenir son entière libération, reconquérir sa nationalité. Sa cause est juste et noble, elle est soutenue par des légions encore inexpérimentées, mais audacieuses et vaillantes ; elle est donc sûre du triomphe dans ün avenir peu éloigné, »

Comme Mazzini, il revendiquait pour sa nation la direction morale et la maîtrise intellectuelle des peuples balkaniques qui s’éveillaient alors à la lumière de l'indépendance. Avec l'extraordinaire lucidité d’esprit et l’intrépidité morale qui sont les marques essentielles de son merveilleux génie, il sentait que la liberté de l’Italie avait pour condition préalable la disparition de l’Autriche : « Nous ne pourrons être tranquilles tant que l’Autriche demeurera une grande puissance.» Comme, d’autre.part, la ruine de l’Autriche suppose la fondation d’une série d'États slaves, — Pologne, Bohême, Yougoslavie, — ne serait-il pas absurde, pour des gains médiocres et qui demeureraient toujours aléatoires, de s’aliéner la sympathie de ces nations jeunes qu'il est facile de s’attacher par une politique de générosité et de justice ?

La Marmora, qu’il ne viendra à l’esprit de personne de comparer à Cavour, mais qui avait été un de ses collaborateurs de la première heure et qui s’était formé à ses leçons, n'était que le traducteur de sa pensée quand il écrivait en

« Sous le nom de possessions italiennes, je n’ai jamais songé,

— en dehors de la Vénétie, — qu’à la partie vraiment italienne

du Tyrol, jamais à Trieste... Cette ville est entourée de populations slaves et allemandes qui n’ont rien à faire avec les populations italiennes... Si, par hasard, Trieste appartenait à l'Italie, cette possession serait pour notre royaume une source. de difficultés très graves. » |

Depuis lors, la plupart des chefs de la politique italienne: sont restés, en somme, fidèles aux mêmes doctrines. Crispi a combattu avec une implacable rigueur les cercles Ober-

dank et Barsanti. « Revendiquer Trieste comme un droit »,.

écrivait M. Sonnino dans la Rasseona Settimanale du 29 mai 1881, (serait une exagération du principe des natio-.

nalités. » M. Vivante, qui rappelle ce témoignage, n'est-il.

pas autorisé à en conclure que l’irrédentisme dansle royaume

d'Italie n’a jamais eu de racines profondes, qu’il est toujours.

demeuré vague et tumultuaire, qu'il ne répond pas aux besoins instinctifs de la nation, mais qu’il a été surtout une

arme dont les partis extrêmes se sont servis pour combattre.

la monarchie ?

On affirme que, depuis quelque dix ans, la propagande irrédentiste a exercé une assez grande influence sur une: certaine partie de l’opinion. C’est possible, encore que la.

preuve n’en soit pas faite, et que cette propagande, qui ne s’est manifestée que par soubresauts, entrecoupés de longues. intermittences, n’ait pas osé le plus souvent avouer nette-

ment ses intentions. [l est vraisemblable que les véhémentes. campagnes de l’/dea nazionale et les abondantes publications des Ligues patriotiques n’ont paslaissé le pays absolu-

ment indifférent. Je ne m'étonne pas que les opinions de M. Sonnino, pour ne citer qu’un exemple, se soient modifiées, et qu’il ne se regarde pas comme lié par ses déclarations de 188r ; il n’est pas le premier homme d’État qui

ait été touché de la grâce en entrant au ministère, et il peut #

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alléguer, pour justifier ses variations, des raisons parfaitement valables. Personne ne nie que l’Italie à supporté depuis 1915 de très lourdes pertes, et qu’elle a droit de ce chef aux plus larges compensations ; l’intérêt général exige qu’elle revienne satisfaite du Congrès de la paix. Ne demandons aux peuples, comme aux individus, qu’une vertu raisonnable. Est-il impossible, même en tenant compte des passions et des faiblesses humaines, de découvrir un terrain d’entente sans imposer aux Slaves des sacrifices qu’ils ne consentiraient qu'avec la secrète pensée d’obtenir une prompte revanche ? Avec quelque bonne volonté réciproque, on finira bien par trouver le compromis qui fondera sur des bases solides l’entente italo-slave.

Quelques points essentiels du futur traité semblent désormais acquis.

Tout d’abord, les Italiens recevront tout le Tyrol méridional jusqu’au Brenner, qui est la clé de leur maison ; les événements récents ont apporté une preuve nouvelle de la nécessité d’une annexion sans laquelle l’indépendance du royaume demeurerait toujours précaire ; il serait absurde que Venise et Milan continuassent à vivre sous la menace constante d’une invasion.

. Autant les prétentions de l'Italie sur le Tyrol sont légitimes et naturelles, autant les exigences des extrémistes qui réclament pour elle la Dalmatie sont arbitraires etvaines.[Ses titres ici sont nuls, ef] son intérêt lui commande de ne pess occuper une côte qu’elle ne conserverait qu’à la condition d'étendre sa domination sur l’intérieur de la péninsule balkanique. Les arguments militaires ou géographiques qu'ont mis en avant quelques publicistes pour justifier la

saisie de la rive Est de l’Adriatique ont tout juste la même valeur que ceux des Allemands quand ils réclament Anvers

et Calais pour protéger contre l’ Angleterre la liberté des mers. Au point de vue du droit absolu, l'établissement même des Italiens à Valona donnerait lieu à de très sérieuses

objections. C’est un de ces cas où il convient de montrer quelque indulgence à la misère humaine : qui veut faire l’ange, fait la bête, a écrit un philosophe qui était pourtant

plutôt rigoriste. Après tout, l’occupation de Valona ne

blesse, en somme, aucune prétention légitime [et, puisque les Albanais ne sont encore ni un peuple ni un Etat, passons condamnation sur le fait accomph.] La prise de possession de Valona par l’Italie a d’ailleurs un avantage : elle lui assure une telle maîtrise dans l’Adriatique que [les inquiétudes qu’elle alléguerait désormais devraient paraître peu sérieuses.]

Après une telle conquête, les nationalistes les plus in-

transigeants seront pleinement autorisés à affirmer qu'ils ont réalisé leur programme et fait de l’Adriatique un lac italien.

Reste l’Istrie, le Littoral. Ici, les Slaves, qui n’ont jamais songé à réclamer ceux de leurs congénères qui habitent les environs d’Udine, ne contestent pas à leurs voisins la possession des deux rives du Bas-[sonzo, et les Italiens de leur côté semblent disposés à renoncer à la région orientale de la Péninsule, au district de Volosco qui s’étend au delà des monts della Vena et du mont Majeur, et dont les

50.000 habitants sont presque exclusivement slaves. Le pays contesté se borne donc à Trieste avec son territoire, à

l’Istrie occidentale et à la région de Goritza, où les Slaves et les Italiens se balancent très approximativement. En tout, une population d'environ 700.000 habitants. :

Avant tout partage qui, pour peu qu’il ait chance d’être

équitable, ne contentera aucune des deux parties, il sera

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DRÉPDE AUTRICHE YOUWGOSLAVIE 281 \ F t

indispensable d’édicter quelques règles générales qui, en garantissant le droit des minorités, auront pour résultat immédiat d’atténuer les haines ethniques et de rendre plus faciles les rapports entre les diverses races. En premier lieu, il faut que les Slaves et les Italiens soient sûrs d’obtenir largement et sans discussion toutes les écoles qui leur sont nécessaires. Rien n’a plus contribué à aggraver et à aigrir les conflits que la politique qui tend à transformer l’école en instrument de dénationalisation. Ces tentatives qui visent à éloigner les enfants de leurs parents sont indignes d’un siècle de liberté, et elles créent des rancunes farouches, sans compter qu'elles n’ont jamais donné aucun résultat réel ; l'expérience démontre en effet que les gouvernements et les factions s’exagèrent d’une façon ridicule l’influence de l’enseignement, et l'exemple des Allemands en Posnanie démontre assez la vanité de semblables efforts.

On renoncera de même aux systèmes compliqués par lesquels on s’évertue à fausser les élections. La liberté est une grande réconciliatrice, et, dès qu’elles ne se sentent plus victimes d’un régime de fraudes et d’arbitraire, les minorités s’inclinent sans révolte .devant le verdict des majorités.

Enfin, dans l'intérêt commun, des mesures seront prises pour faciliter les communications des ports avec l’intérieur.

En dépit des intentions les plus loyales, les gouvernements, quels qu’ils soient, feront sagement de s’attendre dans les territoires mixtes, à de sérieuses difficultés, et ils auront besoin d’un réel courage pour résister aux exigences

de leurs amis. L’héritage d’une dynastie misérable, telle que celle des Habsbourgs, qui n’a jamais su qu’entretenir les haines réciproques des peuples, imposera à ses liquidateurs une tâche difficile, et les passions qu’a savamment suscitées sa perfidie ne désarmeront pas du jour au lende-

282 pDUÜU VARDAR A LA SOTCHA main. Il est permis cependant d’affirmer, sans excès d’optimisme, qu’elles deviendront rapidement moins acerbes.

Les partis seront progressivement rapprochés par la com-

munauté fondamentale de leurs intérêts, et, en dehors des meneurs, qui demeuréront irréconciliables, parce que leur intérêt personnel les condamne à envenimer les débats, la grande masse des habitants sera heureuse d'échapper à des. querelles mesquines et stériles pour se consacrer à la prospérité du pays. Déjà avant la guerre, des symptômes heureux révélaient la naissance d’un nouvel esprit, et des tentatives de conciliation s’étaient produites. Depuis lors, autant que mes renseignements me permettent de l’affirmer, les souffrances communes semblent leur avoir donné plus d'intensité, et, tout récemment encore, une entente a été obtenue entre quelques-uns dés représentants des groupes slovène ou italien. Une administration bienveillante et adroite saura mettre à profit ces dispositions, et elle y réussira d'autant plus facilement que les plaies de la guerre sont plus profondes et qu’il ne faudra rien de moins que le dévouement de tous ses enfants pour rendre à l’Istrie sa prospérité si gravement compromise.

Sous la réserve de ces garanties générales, le partage nécessaire sera moins douloureux, à condition que l’on n’exige d'aucune des races en présence des sacrifices excessifs. M. Salvemini, qui travaille dans unsi noble esprit à convaincre ses compatriotes de la nécessité d’une politique de: conciliation, réclame cependant pour eux Goritza, Trieste et l’Istrie occidentale. Sur un pareil programme [entente avec] les Yougoslaves [serait problématique et ils] seraient difficilement convaincus par les raisons qu’il invoque. Il est parfaitement vrai que la plupart des villes des régions:

qu’il revendique sont italiennes. Mais on voit mal pourquoi

le vote des citadins pèserait plus dans la balance que celui

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- des paysans, et 1l n’est nullement démontré que tel petit

artisan de Maggia ou de Parenzo soit animé d’un plus vif sentiment national que le cultivateur du faubourg. La nécessité de trouver une frontière militaire est aussi un de ces arguments impérialistes qu’il vaut mieux laisser aux Allemands, et il suffirait pour résoudre la difficulté de décider qu’on ne construira dans une zone déterminée ni forteresse ni travail de défense.

Il faudra sans doute que les Yougoslayes se résignent à renoncer à Trieste, mais il est juste qu’en échange de cet abandon, qui leur est singulièrement pénible, ils obtiennent

une bonne part de l’Istrie [eten particulier Goritza qui est

en grande majorité slave et] qui leur a fourni quelques-uns de leurs chefs les plus ardents et les plus remarquables.

Je n’ai naturellement le droit d'engager personne, et

aucun gouvernement slave ni aucun Comité ne m'a chargé

de faire des propositions en son nom. Je cherche seulement à trouver les termes d’un accord dont les événements ont appris à tous la nécessité.

Il est aujourd’hui établi, sans qu'aucun doute demeure

possible, que l’Allemagne a voulu la guerre et qu’elle l’a

délibérément recherchée, non pas pour accaparer tel ou tel territoire, mais pour écraser ses rivaux et pour établir sa domination universelle. Il n’est pas moins évident que l'Autriche est absolument incapable de se soustraire à la domination germanique, et que Charles Ier, même s’il en avait la ferme volonté, serait hors d’état de secouer le joug de Guillaume II. En même temps, la défaillance de la Russie, même si on espère comme nous une réaction du patriotisme russe, laisse à nos ennemis une pleine liberté

d’action vers l'Ouest et le Sud. Pour briser leurs ambitions \ 0

et museler leurs fureurs, l’union de tous les peuples libres du monde est indispensable. Aucun de ces peuples n’est plus menacé par la mégalomanie teutonne que l'Italie ; Rome a toujours excité les convoitises des Césars tudesques, et la victoire de Guillaume II aurait pour conséquence immédiate de réduire à une demi-servitude et à une complète impuissance politique l’imprudente nation qui a osé secouer les chaînes qu’il lui avait passées autour du cou.

Que les Italiens et les Slaves y songent : de leur désunion, l’Allemagne seule bénéficierait. Pendant qu'ils se disputeraient une proie imaginaire, elle mettrait la main sur le gage convoité. Pour que l’Adriatique ne devienne pas une mer germaine, il faut que les races qui habitent ses rives se coalisent pour en barrer l’accès aux Barbares du Nord.

L'Italie a la juste fierté de son passé. Qu’elle s'inspire des Antonins, qui, par leur sagesse, réconcilièrent l’univers avec le peuple-roi. Laissons les Allemands hurler qu'il n’y a de droit que la force, et que seules les conquêtes. comptent qui se chiffrent par milles carrés de territoires et par millions de têtes humaines. La justice et la générosité préparent les grands États et fondent les dominations durables. À plusieurs reprises déjà, l’Italie a porté la lumière

de sa civilisation parmi les populations des Balkans. Elles .

sont toutes prêtes à se mettre à son école et à accepter sa direction. Elle ferait un triste marché si elle préférait aux sympathies qui ne demandent qu’à venir à elle quelques lambeaux d’un sol où elle ne-trouverait que des embarras et des ennemis. nus

P.-S. — Au moment où nous imprimons ces lignes, nous recevons les comptes rendus des conférences où se sont réunis à Rome les représentants des diverses nationa-

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