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HUM TE, AUTRICHE, YOUGOSLDAVIEÉE

lités opprimées par l’Autriche. Leurs délégations, après. avoir à l’unanimité proclamé leur volonté d'indépendance, ont été solennellement reçues par M. Orlando, le président du Conseil, qui les a assurées de la sympathie du gouvernement italien.

.‘ Les paroles du ministre ne sont peut-être pas aussi précises que nous l’aurions désiré, et il eût mieux valu qu’il se servit de formules moins vagues. Il a sans doute jugé nécessaire de préparer peu à peu l’opinion. Telle qu’elle, sa déclaration n’en indique pas moins une évolution remarquable. M. Orlando reconnaît formellement que la paix future du monde doit avoir pour base la dislocation de l'Autriche. Un semblable aveu implique fatalement une étroite collaboration avec les Yougoslaves. Le président du Conseil, dont le monde connaît la droiture et la perspicacité, sera sans doute amené dans un délai rapproché à accepter les conditions qui seules rendront cette collaboration efficace.

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LA NOUVELLE SOPP à Jacques ANCEL, L’Unité de la Politique Bulgare (1870- ‘ 1919). (Éditions Bossard, 1910, 75 p., in-12.) | di

A librairie française traverse une crise sérieuse et 1 éditeurs se heurtent à de très graves difficultés. Notre reconnaissance n’en est que plus grande pour les quelques maisons qui ne se laissent pas décourager et qui mettent une élégante crânerie à continuer leur activité. Parmi elles, il est de stricte justice de placer en très bon rang les Éditions Bossard. Personne n’aura plus contribué que 4 leurs directeurs à répandre dans le public le goût et l’intelligence des questions de politique étrangère. En même 4 temps qu’ils ne reculent pas devant les vastes entreprises, 4 telles que l’Europe au four le Four, de Gauvain, qui compte l déjà sept volumes, et qui, après avoir été pour les contemporains un guide inappréciable, demeurera, pour les historiens de l’avenir un° document de premier ordre, ils nous donnent de petits livres alertes et solides, où l’érudition n’est jamais offensante, de pensée ferme et de ton courtois, de tournure vraiment française par la franchise du

{(*) Paru dans La Revue Yougoslave, septembre-octobre 1920. ;

jugement autant que par la mcdération du langage. Ces livres, dont le succès fait honneur au public, en même temps qu'ils lui apportent la somme de renseignements qui lui est strictement nécessaire, sont singulièrement utiles aux personnes qui ont eu déjà l’occasion d’étudier les questions qui y sont résumées.

Le volume de M. Jacques Ancel, L’Unité de la politique bulgare, me semble un des mieux venus de la série. Le moindre de ses mérites, qui sont nombreux et divers, n’est pas de venir à son heure. Depuis dix-huit mois, nous assistons en effet au plus paradoxal des spectacles. C’était une croyance généralement accréditée que nous avions été attaqués-par l’Allemagne, que ses bandes de soudards avaient ravagé et dévasté nos villages et nos villes, que les Bulgares avaient razzié la Serbie, que les Croates et les Dalmates avaient désorganisé la flotte autrichienne et préparé la décomposition de la Monarchie des Habsbourgs. Des publicistes de tout poil et de tout acabit s’attachent à nous démontrer que nous nous trompions grossièrement et ils s’acharnent à nous enseigner une histoire complètement nouvelle. À les en croire, ce n'est pas la Prusse, c’est le militarisme français qui menace la paix de l’Europe ; ils nous révèlent que les Italiens seuls ont gagné la guerre et que leur héroïsme singulier a été récompensé par la plus noire des ingratitudes. Attendons-nous à apprendre un de ces jours que ce n’est pas la cathédrale de Reims qui a été bombardée, mais celle de Cologne, et que M. Troumbitch, à la tête d’une bande de comitadjis, a occupé Venise. Ces manœuvres qui finissent par troubler quelques cervelles débiles, ont un but très précis : il s’agit de nous apitoyer sur le sort de ces pauvres Allemands, de ces innocents Magyars et de ces candides Bulgares que détroussent impitoyablement des’ voisins impudents.

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Nous avons eu le tort de ne pas prendre au sérieux cette campagne de mensonges et de ne pas nous souvenir que les affirmations les plus absurdes, pourvu qu’elles soient répétées avec persistance, pénètrent dans les esprits. Une fois de plus, nous nous sommes laissé surprendre par l’offensive brusquée de l'ennemi. Hâtons-nous de réparer le temps perdu et de démasquer l’épaisse niaiserie des arguments par lesquels nos adversaires espèrent troubler l’opinion européenne. En Orient en particulier et dans la Péninsule Balkanique, il est indispensable de combattre les erreurs qu’accréditent des politiciens intéressés et qu’accueille avec une coupable légèreté une presse ignorante ou distraite. À ce point de vue, le travail de M. Ancel a le grand avantage de mettre clairement en lumière un cértain nombre de faits essentiels, qu’il importe d’avoir sans cesse présents à l’esprit.

Un point, d’abord, ressort de son récit, avec une aveuglante clarté : depuis le premier jour de son existence, la Bulgarie n’a été que l’instrument et le jouet de l'Allemagne, sa caudataire et sa complice. — Pourquoi ? — Avant tout, sans doute, par ambition et par cupidité. Aucun peuple n’est plus aveuglément dominé par ses intérêts immédiats, plus cynique dans ses convoitises, plus détaché de toute considération morale, — « Il faut traire la vache qui donne le plus de lait », dit le ministre Liaptchef. Le correspondant de la Vossische Zeitung lui écrit de Sofia (7 janvier 1917) qu’un grand homme d’État Bulgare, — je suppose qu'il veut dire un politicien qui occupe un rang élevé, — après avoir examiné les raisons qui pouvaient le pousser vers Vienne ou Pétrograd, a conclu avec une aimable désinvolture : «Pour nous, la bonne tante est celle qui nous donne le

plus grand gâteau. » — Tous les moyens sont justifiés pourvu que nous ne soyons pas vaincus. —- Qui parle ainsi ? — Le Préporetz, journal socialiste, à cheval sur les principes et grand défenseur de la morale.

La Bulgarie penche vers Berlin par calcul sans doute, mais encore plus par cette sorte d’entraînement instinctif qui naît de la similithde des goûts et de l’affinité des tempéraments. Elle revendique la gloire d’être la Prusse des Balkans, et de la Prusse elle a en effet l’incoercible gloutonnerie, la frénésie passionnée des jouissances matérielles, la brutalité impitoyable ; comme elle, elle se plaît à la servitude. Pas plus que les Allemands, les Bulgares n’ont ni le goût ni le sens de la liberté : de toutes les nations balksniques, aucune n’a supporté avec autant de calme et de résignation le joug ottoman ; les quelques hommes qui, vers le milieu du xix® siècle, bien longtemps après la Serbie et la Grèce, ont songé à l’indépendance, sortaient des écoles serbes ou russes et, sans les secousses et les exhortatiors venues de l'étranger, l’idée même de la révolte n'aurait jamais effleuré l’esprit de ces médiocres agitateurs. Quant à la masse de la population, indifférente et inerte, elle acceptait passivement son destin, et, pendant la campagne de 1877, son inertie complète stupéfiait les officiers russes. On ne trouverait sans doute pas de peuple au monde qui ait eu moins de part dans l’œuvre de sa libération.

La liberté que leur avait conquise le tsar Alexandre IT, les Bulgares s’en sont aussitôt débarrassés et ils ont accepté avec une infatigable docilité le despotisme de tous les tyrans” qui les ont fouaillés. Avec la même complaisance et la même platitude ils ont léché la main sanglante de Stamboulov et adulé l’agent général de la firme Hohenzollern-Habsbourg, Ferdinand de Cobourg. Leurs maîtres ont pu supprimer à leur guise les garanties constitutionnelles, fausser tous les

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